"On est des cobayes" : à Toulouse, le désarroi des étudiants en médecine face à la réforme de la première année

TEMOIGNAGES - Des étudiants en médecine à Toulouse tirent la sonnette d'alarme : la disparition de la PACES (première année commune aux études de santé) au profit de Licences santé ne se fait pas sans douleur. Rien ne se déroule comme annoncé et le découragement s'installe. 

"On n'a eu qu'une semaine de révisions, contre un mois les années précédentes".
"On n'a eu qu'une semaine de révisions, contre un mois les années précédentes". © FTV

"J'ai cours de 8 heures à midi, une heure de pause, puis je révise de 13 heures à 23 heures. De temps en temps, je sors pour prendre l'air mais globalement, je me sens isolée, perdue et délaissée".

C'est par ces mots que Lisa décrit son quotidien d'étudiante en première année de médecine, à Toulouse. La jeune femme a toujours rêvé de devenir médecin et s'est donnée les moyens d'y parvenir jusqu'ici. Seulement voilà, elle arrive en pleine réforme.

En effet, la PACES (première année commune aux études de santé) a disparu en 2020. Au profit des PASS (Parcours Spécifique Santé) & LAS (Licence accès santé). 

"On nous avait dit que cette réforme ne pouvait être que bénéfique pour nous, que ce n'était plus un concours mais un examen. Que le classement, c'est-à-dire le nombre de personnes prises, serait désormais basé sur des critères territoriaux et non comme les années précédentes, un nombre arrêté. Mais pour nous, cette année, il n'y a pas ça", explique Lisa, "On n'a plus de redoublement, on a juste une chance de passer sur une autre licence si on valide une option qu'on a dû choisir. Mais on ne sait pas si on pourra retenter le concours".

En fait, on ne sait rien et quand on demande, on n'a pas de réponses. Les profs nous ont dit qu'ils vivaient la réforme en même temps que nous. On est des cobayes, vraiment. Ils testent avec nous, si ça marche ou non.

Lisa

Programme allégé ?

Autre problème majeur : la charge de travail. Lisa explique : "On nous avait dit que le programme serait allégé. Or, non. On a eu au premier semestre 13 matières, matières que les étudiants en PACES de l'année dernière ont étudié sur toute une année ! Et on a eu qu'une semaine de révisions, quand eux avaient un mois". 

La jeune étudiante explique les professeurs devant eux aussi assurer cet enseignement sur un temps réduit "passent leurs cours rapidement, et on doit se débrouiller".

Ce ne sont pas des mensonges mais ça n'a rien à voir avec ce qu'on nous avait dit.

Lisa

Les résultats du concours blanc inconnus

Le concours a eu lieu début décembre mais  les résultats se font attendre : "On les aura mi-février soit un mois avant le deuxième concours, donc ça va avoir un effet néfaste sur les étudiants". 

Son amie Mathilde ajoute que les résultats du concours blanc n'ont pas été communiqués aux étudiants, au motif qu'ils n'auraient pas été "représentatifs". "Je n'ai aucun moyen de me situer vu qu'on a aucun résultat, qu'ils ne veulent pas nous donner de classement. Je ne sais pas si je vais y arriver, on est lâché et on ne sait pas quoi faire".

Je suis dans le flou, j'ai peur parce que c'est vraiment ce que je veux faire depuis que je suis toute petite, c'est mon rêve. Je savais que ça allait être dur mais je m'étais préparée à la PACES, pas à la réforme et c'est très dur de voir qu'eux-mêmes ne savent pas ce qu'ils font.

Mathilde

Ces incertitudes, ajoutées aux contraintes énormes qu'imposent la crise sanitaire et les études en distanciel, pèsent lourd sur le moral des étudiants. Lisa assure que certains de ses amis ont déjà abandonné, que d'autres pleurent tous les jours. "Moi, je tiens parce que ma famille est derrière moi mais certains n'ont personne. C'est très très dur..."

 

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