Toulouse : les bus montent sur le trottoir et frôlent dangereusement la clôture de sa maison

À Toulouse, une habitante dénonce l’étroitesse de sa rue et du trottoir qui oblige les véhicules à frôler sa maison lorsqu’ils se croisent. Une ordonnance du tribunal administratif reconnaît le danger du lieu mais ne constate pas "l’urgence de la situation".

"La voie du chemin du château de L'Hers est très étroite. Elle permet à deux véhicules légers de se croiser, mais dès qu’il y a un bus, ça devient problématique" Me Léa Laffourcade - avril 2021
"La voie du chemin du château de L'Hers est très étroite. Elle permet à deux véhicules légers de se croiser, mais dès qu’il y a un bus, ça devient problématique" Me Léa Laffourcade - avril 2021 © Lucie Lafabrie

Lucie Lafabrie habite depuis plusieurs années au chemin du château de l’Hers à Toulouse. Elle constate l’intensification du trafic routier sur cet axe, qui selon elle n’est pas adaptée. « En 2018, un courrier de la mairie fait état de sept véhicules par heure. J’ai saisi un huissier, qui lui recense maintenant plus de 150 véhicules par heure », rapporte-t-elle.

Cet axe, situé à l’est de Toulouse, relie la route de Castres à l’avenue Jean Chaubet.

Des résidences neuves ont été bâties dans le quartier, ce qui explique l’augmentation du passage de voitures. Mais pour Lucie Lafabrie, le problème est surtout que la voirie n’est pas adaptée à un tel usage. « La chaussée fait 4,60 mètres de large. À titre de comparaison, un bus en fait 3. Forcément, lorsque deux véhicules se croisent, ils montent sur les trottoirs », explique Lucie Lafabrie. Elle précise également que les trottoirs ne mesurent « qu’une soixantaine de centimètres ».

Sur les trottoirs, deux piétons ne peuvent pas se croiser, il faut descendre sur la route pour pouvoir passer à deux. J’ai été plusieurs fois accrochée par les rétroviseurs des voitures.

Lucie Lafabrie

Trois accidents ont détruit les clôtures des habitations 

Cette maman de deux enfants, handicapée, peine à sortir de chez elle et craint de se faire renverser. « Ma sécurité, celle de ma famille et de l’ensemble des piétons de cette rue sont en danger », confie-t-elle. En l’espace de quelques mois, trois accidents de la route ont eu lieu et ont détruit une partie ou la totalité des clôtures des habitations de la rue. « Et c’est sans compter les plus petits accidents qui ne nécessitent qu’un constat à l’amiable. Des enjoliveurs qui volent, des rétroviseurs qui cognent et le trottoir griffé par les véhicules, c’est très régulier ».

Lucie est d’autant plus en colère que les bus ne devraient pas être autorisés à circuler sur cette portion de la voirie. « Selon un document de Tisséo, un bus a besoin d’une chaussée de six mètres de large pour passer. Devant chez moi, il n’y a que 4,60 mètres », s’énerve-t-elle. Mais le trafic des bus ne devrait pas diminuer : la ligne douze du service Linéo prévoit de passer chemin du château de l'Hers.

Un recours en référé contre la Ville et la Métropole de Toulouse

Lucie Lafabrie tente depuis plusieurs années de dialoguer avec les collectivités. Elle demande la mise en sécurité de la voie et la création d’un accès pour son véhicule à son domicile (pour faciliter ses déplacements et ceux de son fils handicapé). « La maire de quartier Laurence Arribagé m’a carrément conseillé d’aller habiter ailleurs », confie Lucie.

Notre riveraine a alors déposé avec son avocate, Me Léa Laffourcade, un recours en référé contre la Ville de Toulouse et Toulouse Métropole. L’ordonnance a été rendue ce vendredi 28 avril : « Il résulte de l’instruction […] que la circulation intense sur cette voie étroite de véhicules, au nombre desquels figurent de nombreux autobus mais aussi des camions qui sont obligés d’empiéter sur les trottoirs eux-mêmes très étroits, est de nature à compromettre la sécurité de la circulation des piétons et en particulier des personnes à mobilité réduite ».

Cependant, aucune mesure n’a été apportée puisqu’« il n’existe pas d’itinéraire alternatif ». « Par suite, la condition d’urgence […] ne peut-être en l’état de l’instruction, regardée comme remplie ».

Une médiation proposée par le tribunal

Pour contester l’ordonnance du tribunal administratif, il faudrait déposer un recours en cassation devant le Conseil d’État. « C’est une procédure où il faut faire appel à un avocat spécialisé pouvant plaider devant le Conseil d’État. Ça coûte cher. Aujourd’hui, on va tenter d’avoir une discussion avec les collectivités, grâce au constat fait par la juge des référés de la problématique de la sécurité des piétons », explique Me Léa Laffourcade.

En parallèle, une procédure au fond a été entamé. Une décision devrait être rendue d’ici deux ans, selon Me Léa Laffourcade.

L’association 60 millions de piétons de Haute-Garonne apporte son soutien à Lucie Lafabrie. « 60 millions de Piétons 31 appellent la mairie de Toulouse et la Métropole à ne pas attendre des décisions juridiques, à faire preuve d'humanité et de responsabilité en prenant au plus vite toutes les mesures pour rendre sûre et sans danger l'entrée de la maison de cette famille et la circulation des riverains, des piétons, dont les personnes à mobilité réduite et pour éviter que de nouveaux accidents se produisent à cet endroit », rapporte Richard Mébaoudj, le président de l’association.

Lundi 3 mai, une médiation a été proposée par le tribunal dans le cadre de la procédure au fond. Lucie Lafabrie a déjà fait savoir qu’elle l’acceptait. Contactées, la mairie de Toulouse et Toulouse Métropole n’ont pour l’instant pas répondu à nos sollicitations.

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