Travailleurs sociaux : les invisibles de la crise du Coronavirus à Toulouse

Publié le Mis à jour le
Écrit par Nathalie Fournis
Des jeunes du Centre Éducatif Albatros de Cornebarrieu (31) découpent des masques en tissus.
Des jeunes du Centre Éducatif Albatros de Cornebarrieu (31) découpent des masques en tissus. © Centre Éducatif Albatros

Depuis le début du confinement, ils sont toujours présents auprès des enfants, des adolescents ou des adultes en difficulté. Les travailleurs sociaux, invisibles mais plus indispensables que jamais.
 

Ce sont les travailleurs de l’ombre, investis auprès de populations fragiles, dans les foyers de l’enfance ou encore les centres éducatifs. Les éducateurs sont aujourd’hui encore plus mobilisés que d’habitude.
Si depuis le 17 mars les écoles, les formations, les apprentissages se sont arrêtés pour les jeunes des centres éducatifs, la mission des éducateurs, elle, ne s’est pas interrompue pour autant. 
Le télétravail, préconisé en cette période de confinement est incompatible avec l’obligation de présence auprès des mineurs en danger.
Les jeunes sont désormais enfermés 24 heures sur 24 dans les structures qui ne les accueillent généralement pas toute la journée.

"On aimerait bien qu'on nous dise merci à nous aussi"

« Leur quotidien est chamboulé » nous confie Maëlle Duan, jeune éducatrice spécialisée au Centre Educatif Albatros de Cornebarrieu (31).
Depuis deux ans, Maëlle est en charge de 8 adolescents de 15 à 21 ans. Il a fallu s’organiser pour gérer les activités à l’intérieur du centre et trouver des occupations dans un contexte de confinement.
Son métier elle l’exerce avec passion et beaucoup d’énergie.  
" Les journées sont longues alors quand arrive le soir on est fatigué et on a aussi du mal à couper avec le travail, raconte Maëlle. Heureusement qu’on travaille dans un groupe soudé, malgré la fatigue on garde le sourire. C’est un métier qu’on fait par envie, pas pour le salaire qui est assez bas, ni pour la reconnaissance."

Maëlle a le sentiment de ne pas être reconnue pour son travail. Dans son équipe, les travailleurs sociaux sont impliqués auprès de jeunes délinquants qu’on a peut être envie d’oublier, nous dit-elle, donc on travaille nous aussi dans l’oubli.

On pense assez peu à nous et on aimerait bien qu’on nous dise merci à nous aussi.

"On ne parle pas de nous"

"On vit les uns sur les autres, il faut se battre pour des masques, du gel... ", nous confie, Anne Dufour, la directrice.
Dans son équipe, des éducateurs et des personnels de soutien sont absents pour cause de vulnérabilité au Covid-19. Ils ont été remplacés mais la présence permanente des adolescents sur le centre oblige à des modifications des horaires de travail. Les journées sont désormais de 12 heures au lieu de 8 heures consécutives.
Entre le manque de moyens et les journées chargées, la frustration du personnel s’installe peu à peu.
"On ne parle pas du tout de nous, on n’est pas reconnu, pas valorisé. Le personnel est affaibli, il y a une baisse de moral mais il faut tenir dans le temps ", souligne Anne Dufour.

Dans l'ombre

Dans une autre structure d’accueil sur Toulouse, le constat est le même.
Un effectif en personnel réduit de moitié, des roulements jours/nuits compliqués à gérer, le sentiment d’injustice est aussi présent chez ces travailleurs de l’urgence sociale.

Pourtant ils sont importants, ils prennent soin des autres eux aussi,

nous confie Nicolas Gaddoni, directeur d’Ades Europe, une structure de douze établissements dédiés à la protection de l’enfance.

" Les gens sont fatigués parce qu’ils travaillent dans l’ombre avec peu de moyens".

Ils accompagnent, ils font face, ne baissent pas les armes mais ces professionnels engagés auprès des plus démunis ont l’impression de figurer parmi les grands absents des remerciements.
 

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