Troisième ligne de métro à Toulouse : la solvabilité de l'opérateur Tisséo plutôt bien notée par Moody's

Pour financer la 3ème ligne du métro toulousain, Tisséo Collectivités a fait appel à l'agence de notation mondiale Moody's, chargée d'évaluer la solvabilité des grandes entreprises et des Etats. La notation permettra au syndicat des transports d'emprunter sur les marchés financiers. Explications.
Tisséo Collectivités va réaliser la 3ème ligne du métro toulousain. D'un coût estimé à 2,67 milliards d’€ et d'une longueur de 27km, ce projet est l’un des plus ambitieux de France avec celui du « Grand Paris Express ».
Tisséo Collectivités va réaliser la 3ème ligne du métro toulousain. D'un coût estimé à 2,67 milliards d’€ et d'une longueur de 27km, ce projet est l’un des plus ambitieux de France avec celui du « Grand Paris Express ». © Patrick Lefevre / MaxPPP

C'est une première dans la vie de l'opérateur de transports en commun. L'autorité organisatrice des mobilités de la grande agglomération toulousaine, Tisséo Collectivités a obtenu sa notation par Moody's, l'agence mondiale spécialisée dans la gestion des risques financiers des entreprises. Elle lui a attribué un « A2 », correspondant dans sa grille de notation, à une note de qualité "moyenne supérieure". 

C'est une bonne nouvelle pour Sacha Briand, vice-président du comité syndical de Tisséo Collectivités, chargé de la modernisation de la collectivité et des finances. Il y a deux ans, Toulouse Métropole avait déjà demandé sa notation par l'agence Moody's et avait obtenu un AA2, une notation de haute performance, équivalente à celle de l'État français. Fort de cette assurance vis à vis de son actionnaire principal, « c'est Tisséo Collectivités qui va aller sur les marchés boursiers pour lever les emprunts obligataires », précise Sacha Briand.

Un financement colossal

Les besoins en financement sont énormes : 2,7 milliards d'€ rien que pour la 3ème ligne de métro toulousain, mais en tout, 2,9 milliards d'€ seront nécessaires pour financer à la fois la ligne et une partie du Plan de Développement Urbain (PDU) dont le coût s'élève à 4,2 milliards d'€.   

"Aucune banque ne va assurer ce niveau de risque, déclare Sacha Briand. La démarche est prudente. Nous différençons les sources de financement avec des prêts bancaires classiques auprès d'établissements français et européens et à parts égales avec le marché obligataire. Les conditions financières actuelles sont favorables à l'emprunt, avec des taux négatifs sur le marché obligataire. La stratégie d'étalement et de refinancement de la dette permet de gérer le risque de façon significative."

En 2020, une garantie a été donnée par la Banque Européenne d'Investissement (BEI) pour une première tranche de 400 millions d'€. Sacha Briand se veut rassurant, "quand la BEI se positionne sur un projet, c'est que l'emprunteur est crédible. Et de poursuivre, si on a 400 millions de la BEI et une notation de Moody’s sur un projet qui rentre dans une démarche de développement durable comme la 3ème ligne de métro, nous sommes attractifs pour les investisseurs internationaux. Les placements auprès des collectivités publiques sont recherchés car ils sont stables et sécurisants malgré une faible rentabilité. »

"En effet, c’est un projet avec beaucoup de zéros, conclue Sacha Briand, mais on est une collectivité avec un budget important. Notre expérience nous permet d’appréhender avec cohérence les équilibres financiers."

Parmis les partenaires financiers des projets de Tisséo autres que l'Europe, il y a également l'État, la Région, le Conseil départemental de la Haute-Garonne, Toulouse Métropole, le Sicoval sud-Est toulousain, le Muretain, le SITPRT et le versement mobilité des entreprises.

Un projet extrêmement coûteux pour l'opposition municipale

De son côté, Antoine Maurice, co-président d'Archipel Citoyen et conseiller municipal d'opposition à la mairie de Toulouse, s’interroge sur le risque qu’un tel emprunt fait peser sur la collectivité.

" Je n'ai pas envie de me positionner pour ou contre ce projet de 3ème ligne, car c'était leur choix (de l'actuelle majorité) mais aujourd'hui se pose la question de la réalisation de ce projet, reporté en 2028. Tant que ce projet ne sera pas financé, ils ne pourront pas le réaliser. Ma crainte c'est que l’on perde encore beaucoup de temps, car tout a été misé sur ce projet extrêmement coûteux au lieu de chercher à construire un plan mobilité plus global, avec des réponses concrètes à court terme et qui amènent des solutions aux habitants."

En juin dernier, les études d’avant-projet de la 3e ligne de métro ont été approuvées par le Comité syndical de Tisséo Collectivités. Elles permettent d’entrer dans la phase opérationnelle du projet avec la rédaction des cahiers des charges attendus pour la fin 2022. Viendra ensuite la sélection des entreprises qui réaliseront les travaux.

Dès 2023, Tisséo Collectivités mobilisera les marchés financiers.

Le projet de la 3ème ligne de métro en quelques chiffres :

 

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