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Ysabel Baudis sur l'affaire Alègre : “Dominique s'est mis à pleurer doucement sur mon épaule”

Ysabel (en blanc), Florence et Dominique Baudis avec Philippe Douste-Blazy au premier plan à Toulouse en 2004 / © MaxPPP
Ysabel (en blanc), Florence et Dominique Baudis avec Philippe Douste-Blazy au premier plan à Toulouse en 2004 / © MaxPPP

Pour la première fois, la veuve de l'ancien maire de Toulouse évoque dans le détail l'année 2003 et l'affaire Alègre dans laquelle Dominique Baudis avait été mis en cause, dans le livre "La République des Rumeurs". Un livre qui sort mercredi et que nous avons pu lire en avant-première.

Par Fabrice Valery

Dans "La République des Rumeurs" (éditions Flammarion), le journaliste Alexandre Duyck explore ces ragots, rumeurs et complots qui ont traversé la Vème République. Affaire Markovic, compte caché de Chirac au Japon, affaire Clearstream... 
A chaque fois, il s'emploie à décortiquer le phénomène et à retrouver les témoins. Parmi ces rumeurs, l'affaire Alègre à Toulouse, où plutôt "l'affaire Baudis", celle qui a touché l'ancien maire de Toulouse de plein fouet en 2003.

Le premier (et le dernier) témoignage d'Ysabel Baudis

 / © "Pour la première et la dernière fois", Ysabel Baudis, la veuve de Dominique, témoigne dans ce livre qui sort le 3 février mais que nous avons pu lire en avant-première. Moins de deux ans après la mort de son mari, elle y raconte par le menu cette année 2003 et la manière dont Dominique Baudis a vécu ce choc.

Elle y éreinte aussi une certaine presse, particulièrement La Dépêche du Midi, mais aussi Philippe Douste-Blazy, alors maire de Toulouse et "ami" de Dominique Baudis, accusé de ne pas l'avoir informé de la rumeur. Douste-Blazy qui s'explique lui aussi dans le livre et justifie sa position.

"Tu as compris ce qui est en train de nous arriver ?"

Quand Dominique Baudis découvre la rumeur en mai 2004, il est président du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Ysabel Baudis raconte qu'il ne se rend pas compte immédiatement de ce qui lui arrive. Une rumeur parle de lui dans des séances avec des prostituées organisées alors par le tueur en série Patrice Alègre. De séances de torture sur des femmes et des enfants ! Des notables toulousains auraient ainsi protégé Alègre durant des années. Ysabel Baudis raconte au journaliste Alexandre Duyck : 

Il m’a dit : “Tu te rends compte, on me fait passer pour un monstre qui martyrise des femmes, des enfants. Pourquoi faire ça contre moi, contre nous ?” Et il s’est mis à pleurer doucement contre mon épaule. Je lui ai dit : “Tu verras, dès que tu auras dénoncé cette folie, tu te sentiras mieux.”


Le dimanche suivant, la France découvre l'affaire par l'intervention de Dominique Baudis au journal de TF1. C'est alors un déferlement. Ysabel Baudis décrit dans le livre l'attitude de journalistes, d'élus, d'organes de presse. Et éreinte certains.

Douste-Blazy "pour qui il avait tant fait"

Pour ne pas avoir alerté Dominique Baudis, son ami, de la rumeur, Philippe Douste-Blazy "pour qui il avait tant fait", a perdu l'amitié de l'ancien maire de Toulouse et de son épouse. 

Si je veux être gentille et indulgente, je me dis que c’est peut-être parce qu’il savait qu’il était cité par les prostituées et qu’il voulait se protéger… Nous lui avons demandé de venir chez nous, il est venu. Nous lui avons demandé : “Pourquoi ne nous l’as tu pas dit ? Pourquoi ne nous as-tu pas prévenus ? Et que fais-tu pour nous maintenant ?” Il a dit qu’il ferait, qu’il se battrait. Il n’a rien fait".


Dans le livre, Philippe Douste-Blazy raconte lui aussi, "pour la première fois", sa version des faits et notamment cette entrevue au domicile toulousain des Baudis. Il raconte que Dominique Baudis lui a ouvert la porte d'un glaçant "Bonjour Monsieur, que venez vous faire ?". Pour Philippe-Douste Blazy, 13 ans plus tard, cet épisode de l'affaire Alègre se résume ainsi : "Un ami qui s'est transformé en ennemi, sans pitié, cruel".  Philippe Douste-Blazy réfute que son "jeu" fut "de tout faire pour éviter qu’il ne revienne à la Mairie. Ceci est d’autant plus ridicule que j’ai toujours su que Dominique Baudis, qui était un homme de parole, avait bel et bien arrêté sa vie politique. Pire, certains ont même accrédité auprès de lui la thèse suivante : je voulais salir son image pour ne plus avoir “la statue du Commandeur” en face de moi tous les matins à Toulouse… Quelle folie ! Malheureusement, Dominique s’en est progressivement convaincu".

La Dépêche du Midi a "allumé le feu"

Pour Ysabel Baudis, le rôle de la presse dans cette affaire a été déterminant. Et particulièrement La Dépêche du Midi, dirigée par Jean-Michel Baylet. 

"Dans l’affaire des rumeurs ayant frappé mon mari, La Dépêche a allumé le feu. Pourquoi ? Je me le demande toujours. La Dépêche a allumé le feu et l’a alimenté mais d’autres l’ont aidée".



Parmi ces "autres", Ysabel Baudis cite Le Monde, qui a publié alors un article prenant pour argent comptant la rumeur d'une "chambre des horreurs" au château d'Arbas. Le Monde s'est ensuite excusé
Quant à La Dépêche du Midi, elle évoque la "guerre" entre les familles Baylet et Baudis et la décision de son mari, en arrivant au Capitole, de mettre fin "aux privilèges dont jouissait La Dépêche du Midi auprès de la municipalité : les annonces légales, les espaces publics, les contrats lors des foires, des marchés..."

"Une histoire pour tuer un homme"

Ysabel Baudis, qui dit s'être renseignée à l'époque "pour savoir si cracher sur quelqu'un était punissable mais Dominique m'a calmée". Elle ne se souvient plus avoir fêté le non-lieu dans cette affaire mais évoque en revanche son sentiment général, empreint de morbidité.

"Je me dis aujourd'hui que cette histoire était faite pour tuer un homme. Un homme politique, un homme tout court. Tuer aussi un couple, sa famille. Une histoire faite pour tuer" 


Avant de conclure sur cette théorie du boomerang, qu'elle dit avoir expliquée à Philippe Douste-Blazy : "Quand on lance un boomerang plein de merde, il vous revient toujours, tôt ou tard, en pleine face"

"La République des Rumeurs" d'Alexandre Duyck (éditions Flammarion) en librairie le 3 février 2015.

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