Policiers menacés dans leur vie privée, nouvelle méthode des trafiquants : "Ils veulent que la peur change de camp"

Ce vendredi 5 novembre, deux policiers de Tarbes ont été menacés sur leur téléphone professionnel. Les messages contenaient des détails précis sur leur vie privée. Un nouveau mode opératoire qui fait écho à un sentiment d'insécurité grandissant chez les policiers dans la région et en France.

"On te dit de ne pas venir à la cité sinon je te fais péter la gueule avec une grenade ou un mortier." C'est l'un des messages que deux policiers de la Bac Nuit de Tarbes ont reçu sur leur téléphone professionnel ce vendredi 5 novembre, au moment de prendre leur permanence. Au total, ils ont reçu un appel et une dizaine de SMS menaçants avec des détails précis sur leur vie privée, comme leur nom, leur adresse, ou encore des allusions à leurs enfants. "Ils ont été très surpris dans un premier temps, puis choqués, raconte Pierre Pailhon, secrétaire général du syndicat Alliance Police 65. Ça les a déstabilisés et leur famille avec."

Un évènement encore inédit à Tarbes, et très inquiétant. "Là, on entre dans la sphère privée et familiale. Ce n'est plus une attaque envers la police en tant qu'institution", déplore le secrétaire général. D'après lui, ces messages personnalisés témoignent d'une récente montée en puissance des menaces et attaques commises à l'encontre de policiers, et d'un véritable sentiment d'impunité du côté des trafiquants. 

"Ils veulent que la peur change de camp"

Un constat que partage Philippe Lavenu, secrétaire régional Alliance Police Nationale en Occitanie. "Avant, il existait des zones préservées des violences urbaines. Maintenant, les petites circonscriptions qu'on ne qualifiait pas de sensibles comme Cahors ou Tarbes sont concernées au même titre que des métropoles comme Toulouse et Montpellier. Il n'y a plus de sanctuaire", déplore-t-il. Il cite par exemple l'attaque du commissariat de Cahors par des tirs de cocktail Molotov survenue l'année dernière, ou encore le guet-apens tendu à des policiers à Carcassonne la semaine passée. Parmi les départements les plus concernés en Occitanie : l'Hérault, la Haute-Garonne, le Gard et le Tarn.

Et plus que cette récente "escalade" de la violence dans la région, c'est le mode opératoire qui change. Désormais, les policiers sont visés personnellement dans des tags qui couvrent les murs des cités, sur les réseaux sociaux ou dans des messages envoyés sur les téléphones professionnels comme à Tarbes. "Nous entrons dans un système mafieux où l'individu est attaqué au lieu de l'institution. L'intention des trafiquants en tout genre est claire : ils veulent que la peur change de camp".

Des réponses pénales pas assez fermes

Le secrétaire national du syndicat France Police - Policiers en colère, basé au commissariat de Toulouse, parle lui d'un phénomène national dont l'Occitanie serait victime au même titre que les autres régions. "Ces menaces individuelles sont assez récentes et sont liées aux trafics de stupéfiants, déclare Cédric Dellage. Un cap supplémentaire a été franchi, et c'est inacceptable"

Si Pierre Pailhon, Philippe Lavenu et Cédric Dellage parlent tous trois d'insécurité grandissante du côté des policiers, il est difficile de trouver des chiffres officiels qui traduisent ce sentiment. La Direction Départementale de la Sécurité Publique de Haute-Garonne par exemple, n'a pu donné suite à notre demande. 

En tout cas, ils s'accordent à dire que le sentiment d'impunité des trafiquants est lié à l'absence de réponses pénales rapides et fermes. "Aujourd'hui, les auteurs de menaces envers un policier ne font l'objet que d'un rappel à loi", déplore Pierre Pailhon, secrétaire général du syndicat Alliance Police 65. Les deux agents de la Bac Nuit de Tarbes ont quant à eux déposé plainte pour menaces de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique. L'enquête suit son cours pour retrouver l'auteur des messages. 

 

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