Elus, candidats et électeurs face à la hausse des impôts locaux

illustration / © maxppp
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Dans de nombreuses villes de France, comme Montpellier ou Nîmes, les impôts locaux ont augmenté, parfois très fortement, ces dernières années. C'est un motif de ras-le-bol pour les contribuables également électeurs, qui trouvent la ponction "injuste" et c'est un casse-tête pour les élus.

Par Fabrice Dubault


Montpellier : 2e ville de France où l’on paye le plus d'impôts locaux derrière Grenoble

A Montpellier par exemple, où taxes foncière et d'habitation flirtent avec les sommets, un ménage propriétaire d'un 90m2 doit s'acquitter d'un total de 3.000 à 4.000 euros, selon la mairie. "Sur le foncier bâti, je reconnais que nous sommes les plus chers de France", admet l'adjoint PS aux finances, Max Lévita.

Montant des impôts locaux à Montpellier par habitant en 2012:
  • 1.099 euros (+28,99% entre 2007 et 2012).
Taux de la taxe sur le foncier bâti à Montpellier en 2013:
  • 52,4% (+5,55 points entre 2007 et 2013).
Taux de la taxe d’habitation à Montpellier en 2013:
  • 34,57% (+4,30 points entre 2007 et 2013).
Dépenses de fonctionnement par habitant de Montpellier en 2012:
  • 1959 euros (+9,54% entre 2007 et 2012).
La maire PS, Hélène Mandroux, tempère, rappelant que la ville accorde de nombreux abattements. Surtout elle souligne qu'elle n'a pas augmenté son taux durant sa mandature, contrairement au président de l'agglomération, et candidat PS à la mairie, Jean-Pierre Moure.
Favori pour la victoire en mars, celui-ci a dû reculer fin 2012, sous la pression d'un millier de manifestants entrepreneurs, sur un taux trop élevé de CFE (cotisation créée après la suppression de la taxe professionnelle). "J'ai réagi en une semaine", rappelle-t-il.

En ville, l'addition des impôts commence à agacer, un thème peu abordé par les candidats, sauf par le président de l'UDI 34, Joseph Francis, qui promet une baisse de 230 EUR par foyer fiscal.
"Un moment, trop c'est trop", tempète Alain Simon, président de la Faduc (Défense des commerçants et contribuables du grand Montpellier), qui s'agace de travaux comme la mairie conçue par Jean Nouvel, des dépenses de communication (314.941 EUR Agglo comprise, dont 168.095 pour la ville en 2012, selon la mairie).

Nîmes : ville record pour la taxe d'habitation

A Nîmes, en tête du palmarès hexagonal de la taxe d'habitation (1.259 euros pour un "contribuable type", couple avec deux enfants, selon le Forum pour la gestion des villes), la fiscalité a explosé à partir de 1983, sous l'ère Bousquet, et crû de 14,6% en cinq ans, sous la gestion de l'UMP Jean-Paul Fournier, qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Le tram-bus "trop cher", "l'explosion" de travaux comme le pont "Paratonnerre"... alimentent les contestations des associations Aspic (Association pour les initiatives collectives de l'Agglo), AC Contributions, et Défense des contribuables (DAUC).
Les présidents d'AC et de DAUC, Éric Firoud et Jean Louis Wolber, qui présentent des "listes citoyennes" aux municipales, s'étranglent avec un projet de musée de la Romanité (80 millions d'euros), qui selon eux "entrera en concurrence avec celui d'Arles et celui de Narbonne".
"C'est le syndrome du Quai Branly. Chaque élu veut laisser sa trace", estime M. Firoud. Au terme de 13 ans de mandat, Jean-Paul Fournier, pour autant, fait figure de favori.

Les tops français de la taxe d'habitation et de la taxe foncière 2013. / © sfl forum
Les tops français de la taxe d'habitation et de la taxe foncière 2013. / © sfl forum

Les sondages nationaux placent la fiscalité parmi les préoccupations premières des électeurs aux municipales

Dans de nombreuses régions, les impôts locaux ont crû, entraînés notamment par "l'empilement" des collectivités, explique l'économiste Alain Trannoy. Pour lui, ces hausses ont trouvé leur limite et les communes ne pourront plus compter sur elles.
A Amiens, le taux de taxe foncière (27,76%) dépasse la moyenne nationale (23,07%), mais ce "n'est pas du fait de la commune", explique Jacques Lessard, adjoint aux finances (PCF), relevant que la part du département a augmenté devant les dépenses sociales croissantes auxquelles cette collectivité doit faire face.

Attention à la "saturation fiscale"

Depuis l'arrivée de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille en 1995, les impôts locaux ont progressé de 36%. Le taux de la taxe d'habitation y est parmi les plus forts de France, avec l'agglomération lilloise.
"Ces villes ont un fort taux de ménages modestes, et donc des bases fiscales moindres", avance le secrétaire général de la mairie, Jean-Claude Gondard. "Nous avons développé l'investissement et les services", ajoute-t-il, évoquant une ville "deux fois plus grande que Paris, avec ses 2.400 km de trottoir, plus compliquée et chère à gérer".
L'équipe sortante l'admet: on ne peut plus augmenter les impôts. "Il y a saturation fiscale", dit M. Gondard. "Et celui qui ne prendrait pas cet engagement serait sanctionnable par l'électeur". La ville, déjà endettée, n'aura donc d'autres choix que de tenter d'attirer des entreprises pour trouver des ressources nouvelles.

A Lille, le taux de la taxe d'habitation atteint 33,55% (contre 21,01% en moyenne). "Les bases lilloises sont très, très faibles et ne dépendent pas de la ville, mais de l'Etat. Ca fait 25 ans qu'on demande à l'Etat de revaloriser les bases pour nous permettre de baisser les taux", objecte l'adjoint aux finances de Martine Aubry, Pierre de Saintignon, qui ajoute: "Nous sommes la seule grande ville de France de plus de 150.000 habitants à ne pas avoir augmenté les impôts depuis 2001, alors que nous avons dans ce mandat doublé nos investissements", grâce à "la qualité de la gestion de la dette".
Christian Decocq, opposant UMP à Lille, concède que les communes souffrent aussi d'un désengagement de l'Etat. Ce retrait rendra "les collectivités vertueuses" et "la variable d'ajustement, ce ne sera plus les impôts, ce sera l'économie de la dépense", assure-t-il.

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