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Philippe Saurel et sa nouvelle politique à l'épreuve des départementales

Philippe Saurel lors de la présentation des candidats à la presse le 25 février 2015 / © France 3 LR
Philippe Saurel lors de la présentation des candidats à la presse le 25 février 2015 / © France 3 LR

Philippe Saurel, le maire divers gauche de Montpellier, ancien socialiste, va mesurer l’adhésion à son projet lors du prochain scrutin. Les départementales sont l’antichambre des régionales. Saurel entre coup de poker et reconstruction durable. 

Par Stéphane Ratinaud

Le « Saurélisme », un laboratoire pour une future recomposition politique ?


Le cas montpelliérain est intéressant. Il est une bonne mesure de la déflagration qui traverse la vie politique. D’un processus incertain, d’un moment transitoire dont ignore encore la forme que prendront ses résultats définitifs en termes d’organisation de la société politique. Ce n’est pas là une mince affaire tant la politique est cette matière à « tisser du commun » pour plagier la philosophe Anna Arendt. Le décor de la préfecture régionale offre mille et une nuances : un nouveau maire élu sans appareil politique préalable si ce n’est une pratique du terrain et une critique d’un « fonctionnement » du PS. Un PS qui doit se reconstruire confronté à une évasion de sa force militante. Une droite orpheline d’un leader et un FN qui, favorisé par l’abstention, obtient des résultats jusque-là inconnus. Bref, un terrain fait d’un magma en fusion.

Municipales 2014 : de l’impossible à l’improbable !

Philippe Saurel est désormais le centre de l’activité politique locale. En gagnant la ville, il a réussi un pari insensé dont il doit la réussite, en premier lieu,  à sa capacité personnelle d’affronter les chausse-trappes du combat politique. Cette croyance en soi-même, une sorte de maïeutique,  est un réel viatique pour les compétitions électorales. 
En second lieu, la mise en récit de sa trajectoire, sa capacité à transcender les frontières partisanes –libéral entrepreneur d’un côté et  solidarité responsable de l’autre- ont été possibles grâce  à l’affadissement de la machine frêchienne. Ainsi, malgré 20 ans d’activité publique, l’actuel maire de Montpellier a représenté « la rupture générationnelle ». Un goût du nouveau qui titille l’électeur quand en tant que citoyen il se sent, à tort ou à raison, exclu d’une organisation qui distribuerait des privilèges seulement à ses affidés. Ainsi, nous sommes passés de l’impossible à l’improbable. Philippe Saurel n’a jamais douté !

Cette dimension du vote aux municipales de l’an passé va être, à nouveau, interrogée lors des départementales. Dans une configuration cependant différente. Philippe Saurel n’est pas candidat et a labellisé ses binômes. La plupart d’entre eux  est déjà membre du conseil municipal. La question est simple : le « Saurelisme » peut-il devenir une « franchise politique » ?

Les partis sont moribonds !

Tout d’abord, notons que cela n’est pas la première fois que des leaders locaux en Languedoc-Roussillon tentent de créer leur label. Aux lendemains de son élection grâce à un accord technique avec le Front National en 1998, Jacques Blanc avait lancé son mouvement en réponse aux oukases de Paris. Plus près de nous, en 2010, Robert Navarro, sous la houlette de Georges Frêche, avait fait de même. Les deux expériences ne furent qu’évanescences. Ces précédents peuvent-ils signifier un projet sans lendemains ? La réponse mérite d’être nuancée.
En effet, Philippe Saurel a gagné hors de tout appareil partisan. Seul contre le reste du monde et surtout des partis politiques, principalement le PS, dont la culture de l’entre-soi et les difficultés d’un militantisme quotidien ont affecté ses capacités. La faiblesse des uns fut sa force.

De plus, la crise de la représentation politique est une réalité européenne. Il suffit de regarder l’Espagne voisine où le bipartisme -depuis la transition démocratique c’était la règle- est en train de mourir devant la montée de deux courants Podemos (gauche radicale) et Ciutadan’s (centre droit). Cette déconstruction des appareils peut donner place à pareil projet, notamment au niveau local où la maîtrise des institutions publiques offre des visibilités au moindre coût. Par ailleurs, il n’est pas saugrenu de penser que la relation entre le maire de Montpellier et le premier ministre continue d’être fluide. Manuel Valls a remis en personne la légion d’honneur à ce dernier. Nous posons cela dans l’idée de présenter le Languedoc-Roussillon comme un futur laboratoire  pour la recomposition politique. La fin des frontières étanches entre droite et gauche libère un espace pour les additions.

Ce que Manuel ne peut pas, Philippe le pourrait.

Le PS, vieille structure aux pesanteurs inhérentes à toute organisation de ce type, n’est culturellement pas prêt à pareille évolution. La pusillanimité du Président Hollande à soutenir François Bayrou à Pau pour les législatives 2012  souligne  le mythe « des mains sales » qui habite une gauche toujours soucieuse d’une pureté doctrinale alors même qu’elle a délaissé toute philosophie existentialiste. Pourtant, la menace FN autorise la reformulation d’un pacte républicain, façon « groupe central » de feu le Giscardisme. Les débats autour de la loi Macron ont montré qu’il y avait des possibilités au centre droit. Cependant Manuel Valls ne peut se permettre  un tel flirt. De manière subtile,  Saurel, oui !  Alors, ce que  Manuel ne peut pas, Philippe le pourrait. La séquence des régionales en décembre est le moment idéal. Le maire de Montpellier y songe. Au-delà de tout spectre partisan, exception faite bien sûr de l’extrême droite. Des contacts ont déjà été pris : des socialistes dissidents –notamment des maires de Midi-Pyrénées- et des élus de l’actuelle majorité régionale de Damien Alary pourraient y participer. Jean Pierre Grand, le sénateur UMP de l’Hérault élu avec les voix de la municipalité de Montpellier, voit cela d’un œil plus qu’amical. Cependant, une évidence quasi acquise : Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, n’en sera point.

Départementales : atouts et faiblesses

Ainsi, la séquence des départementales est importante. Presqu’essentielle ! Il s’agit d’un coup de poker pour Philippe Saurel. Il place des élus au département et la guerre psychologique finit de déstabiliser une partie de ses adversaires. Pas d’élus, l’entreprise régionale reste possible mais l’enthousiasme est émoussé et le récit médiatique moins positif !
Alors, la propagande électorale des candidats saurélistes insiste beaucoup sur la personne du maire. C’est une donnée essentielle d’autant que beaucoup d’entre eux, de par la centralité de Philippe Saurel dans la parole publique, ont peu de visibilité. Néanmoins, leur ancrage associatif –on songe en particulier aux candidats de Montpellier4- peut compenser l’omniprésence de leur leader. Un autre écueil est le scrutin : scrutin sur tout le territoire dont « la nationalisation » du vote est une certitude ,  ne serait-ce que par l’importance donnée au Front National. Si le message vise les élites parisiennes, le rendement sera moindre pour les candidats saurélistes. De fait, le vote illustrera à la fois  la permanence éventuelle de l’adhésion de la population au maire et la maîtrise de réseaux dont jadis Georges Frêche fut le Prince.

L’obligation de « tisser le commun ».

Toutefois, il demeurera une question ; celle de la politique dans le sens de « tisser le commun ». Car si une opération en termes d’arithmétique électorale peut être positive sur l’instant, elle ne peut subsister à terme que si elle est sous-tendue par une organisation et un corpus de pensée. Là est souvent l’écueil pour « les sans étiquettes » : ils délaissent la fonction « atelier ». Philippe Saurel ne saurait l’oublier car quand il n’y a ni militantisme ni co-création du monde avec les citoyens, le Front National s’engouffre. Et, Montpellier, l’universaliste nourrie d’une certaine manière de l’exemple de Florence et du positivisme de Comte, n’est pas une République insulaire !

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