Assassinat du gérant de Spar à Pignan : le procès s'est ouvert devant la cour d'assises de Montpellier

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Écrit par Léa Bouquet

En février 2017, Daniel Rouanet était assassiné par balle sur le parking du supermarché Spar à Pignan, dans l'Hérault, par son ancien salarié André Lescure. Les expertises psychologiques ont montré que ce dernier était apte à comparaître devant la justice. 

Le drame avait bouleversé les habitants de Pignan, dans l'Hérault. Le 2 février 2017, Daniel Rouanet avait été abattu par balle sur le parking de son magasin Spar par l'un de ses anciens salariés André Lescure. Personnalité bien connue et appréciée du village de 6 600 habitants, plusieurs centaines de personnes étaient venues à l'époque lui rendre hommage. 

Pour la première fois depuis les faits, l'accusé comparaît devant la justice. Le procès s'est ouvert ce lundi matin, devant la cour d'assises de Montpellier.

Interrogé, l'accusé, aujourd'hui âgé de 72 ans, a beaucoup grossi en détention et présente des difficultés à se déplacer. Il a répété que "la victime avait le bras long, que c'était un gitan qui corrompait tout le monde". "Moi, je suis quelqu'un d'honnête qui a toujours travaillé et payé ses impôts", a ajouté l'accusé à l'ouverture de l'audience.

Pourquoi André Lecure a-t-il assassiné Daniel Rouanet ? Selon Maître Martine Figueroa, son avocate : "Il souffre de troubles psychiatriques. Les experts qui l'ont examiné ont trouvé qu'il souffrait d'une altération importante de son discernement, qui ont entravé le contrôle de ses actes. Il a des bouffées délirantes et il était persuadé qu Mr Rouanet était à l'origine de la confiscation de ses armes quelques mois auparavant et de son permis de conduire, à l'origine de lettres anomymes et de ses mauvaises relations avec la gendarmerie, avec la poste... Les experts ont estimé qu'il n'était pas irresponsable et apte à être jugé."

Mais que va-t-on faire de Mr Lescure ? Manifestement, sa place n'est pas dans une maison d'arrêt ou une centrale car il faut qu'il soit soigné.

Maître Martine Figueroa, avocate d'André Lescure, accusé.

La famille appréhende

Une grande partie de la famille de la victime est présente à l'audience.

"Il y a du stress de notre côté : nous allons devoir revivre le passé. Mais au bout de trois ans et demi, nous avons besoin d'avancer. On est une famille très soudée et on espère que ça va aller", confie Guillaume Saintignan, neveu de la victime, avant d'ajouter :

Pour Thomas [le fils de Daniel Rouanet], qui a assisté à la scène à l'époque, il y a une grande appréhension de se retrouver face à André Lescure.

"Même si cet homme souffre de problèmes psychiatriques, il a su organiser et stucturer un assassinat quasiment parfait", ajoute Me Luc Abrakievitch, avocat de la partie civile. Cagoules, armes, munitions : ce n'est pas un crime de fou mais celui d'une personnalité paranoïaque et extrêmement agressive.

Toute la question de ce procès, c'est : pourquoi, alors que l'on saisit ses armes, se retrouve-t-il quelques jours après à nouveau en possession d'une arme, ce qui va lui permettre de passer à l'acte. C'est une catastrophe judiciaire.

Maître Luc Abrakievitch, avocat de la partie civile.

"On n'a pas su protéger Mr Rouanet. L'accusé a été condamné pour des menaces de mort envers son propre avocat. Tout le monde, sa famille, ses amis, a alerté sur sa dangerosité, son délire de vengeance... Personne n'a pris la mesure de sa dangerosité."

Les proches de l'ancien patron du Spar attendent à présent que le jugement soit à la hauteur de leur douleur et souhaitent pouvoir aller de l'avant. Quelques mois après le drame, ils ont inauguré un nouveau supermarché, situé à quelques centaines de mètres de l'ancien magasin. À proximité, une place a été rebaptisée au nom de Daniel Rouanet.

Le profil d'André Lescure

Au lendemain de l'assassinat, André Lescure, avait été mis en examen pour homicide volontaire avec préméditation. Quelques mois plus tôt, en août 2016, des armes avaient déjà été retrouvées à son domicile et saisies. À l'époque, les conclusions de l'enquête avaient montré qu'il ne présentait aucun danger.

Lors de sa garde à vue en février 2017, l'homme avait été de nouveau soumis à des examens médicaux et psychologiques : le rapport avait alors mis le doigt sur la possibilité qu'il puisse souffrir "de tendances interprétatives", relatait Midi Libre, avant d'être finalement annulé pour vice de procédure. Un autre bilan psychiatrique avait conclu plus tard que le discernement d'André Lescure était alteré mais qu'il était apte à être jugé.