Coronavirus : le roi de l’ultra-trail zinzin reporter court un marathon solidaire sur sa terrasse

Curieux pour un fondu de trail de se retrouver à tourner en rond, sans aucun dénivelé / © Denis Clerc
Curieux pour un fondu de trail de se retrouver à tourner en rond, sans aucun dénivelé / © Denis Clerc

Journal de Confinement. Le journaliste et sportif Denic Clerc, alias Zinzin Reporter, a décidé de relever le défi fou de courir un marathon solidaire sur son balcon à Castelnau-le-Lez. Il en a fait plus de 700 fois le tour... et a récolté près de 2.000 euros pour la bonne cause.

Par Denis Clerc "Zinzin Reporter", ED

"L’idée m’est venue naturellement, dès le premier jour de confinement. "Et pourquoi ne pas courir sur mon balcon ?" Comme ma compagne est enceinte de 7 mois, il était hors de question que je tente le diable en trottinant à l’extérieur de mon immeuble à Castelnau-le-Lez, même pour un petit footing.

Si je veux faire du sport et m’entretenir, ce sera donc à l’intérieur ! Au début, j’étais d’ailleurs interpellé par le comportement de mes amis sportifs. C’était à celui qui allait faire le plus d'entraînements et de kilomètres, soit en courant, soit sur son vélo, avec photo à l’appui.

#Restezchezvous, c’était tout de même la consigne.
 

Deux versions différentes du confinement... / © Denis Clerc
Deux versions différentes du confinement... / © Denis Clerc


Marathon sur la terrasse


Nous avons la chance d’avoir un grand balcon, bien plus grand que notre appartement lui-même. Ses mensurations, qui m’étaient inconnues jusque là, me sont beaucoup plus familières depuis que j'ai commencé ma course folle.

Sur ma terrasse en forme de L, j’ai compté les dalles de 50 cm : 116 en tout, tout le long de ma boucle, soit 58 mètres par tour. Après une rapide règle de 3, j’ai calculé qu’il me fallait enchaîner 172,5 tours pour parcourir 10 km. Voilà pour le terrain de jeu.
 

Pour un marathon, il me faudrait accomplir 727 tours de mon balcon, soit 42,195 km. Sans un seul mètre de dénivelé. Soyons fous.


 Le rendez-vous est fixé ce dimanche 22 mars.

 


Comme un hamster

Mercredi 18 mars, je me suis lancé vers midi pour mon premier footing-balcon, après une matinée de montage de randonnées pour France 3 Occitanie.
 

C’est parti pour 1h15 de séance… chez moi, au 3ème étage de ma résidence. Curieusement, ce n’est pas désagréable. La foulée est mécanique, en relance à chaque virage. Il y a des objets à éviter comme des chaises, des pots de fleurs, un filet. Je suis concentré sur ma respiration. Les tours se succèdent et mon esprit vagabonde, comme à l'extérieur.


Au bout de 20 minutes, comme sur mes sentiers d’entraînement, je sens ma dose d’endorphine arriver. Grâce à l’exercice physique, je sors du confinement par la pensée. C’est bon de se sentir vivant.
 
Sur son balcon, on tourne vite en rond... Capture d'écran du tracé de course, mercredi 18 mars / © Denis Clerc
Sur son balcon, on tourne vite en rond... Capture d'écran du tracé de course, mercredi 18 mars / © Denis Clerc
 

Boost d'endorphine et de vie sociale


Mieux, les voisins d’en face, à qui je n’avais osé parler, m’encouragent. On tente d’engager la conversation mais c’est difficile avec la distance qui nous sépare. Je continue de courir et de sourire au voisinage. C’est paradoxal : les mesures de distance sociale me permettent en fait d’avoir des relations sociales.
 

Ainsi, j’apprends que ma voisine du 3ème joue au tennis, que celle du 1er est infirmière en clinique, et que le voisin d’en bas est en fait un aidant à domicile.

 
Le plus surpris dans l’histoire, est peut être Chatdo, notre félin tigré. La terrasse était son domaine réservé jusque-là. Ce chat d’appartement est, pour ainsi dire, confiné ici depuis 4 ans et n’a jamais vécu à l'extérieur.

Il devait se demander ce que faisait cet humain sur son territoire et après quoi il courait ! Cette question, il y a longtemps que ma compagne ne se la pose plus. Le sport fait partie de mon équilibre. Après cette séance sur mon balcon, et enfin, la douche, je me suis senti comme libéré d’un poids.
 

Faites ce que je dis, pas ce que je fais


Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un aussi grand balcon. Mais j’aurais entamé le même entraînement sur une plus petite surface. Le mental doit prendre le dessus.

Je ne le sais que trop bien. Lors de mes ultras trails de plus de 300km en montagne, quand les jambes n’en veulent plus, c’est la tête qui commande. Et ma tête a décidé de ne pas avoir de tournis et d’accepter le challenge. 
 
 

Attention, il faut faire de l’exercice gentiment. Moi, j’ai l’habitude de courir au moins cinq fois par semaine. Mon coeur est un vrai tracteur. Il bat à 42 pulsations minute au repos. Si vous n’êtes pas sportif, ne vous lancez pas forcement sur de longues séances. Il faut y aller progressivement, même dans son salon.


En période d’épidémie virale, il est contre-indiqué de faire des entraînements trop intenses. Il ne faut pas dépasser les 80% de sa fréquence cardiaque maximum, et donc oublier les fractionnés.

2.000 euros récoltés pour aider ceux qui luttent contre l'épidémie


En trottinant en rond lors de ma deuxième séance, je suis redevenu Zinzin Reporter. J'ai alors décidé de courir un marathon, mais un marathon solidaire, dès dimanche.

Ceux qui le veulent bien et peuvent financer chaque tour en misant sur une cagnotte qui ira au profit d'une société ou association locale qui fabrique des masques de protection contre le Covid-19. 
 

Au bout de 727,5 tours et 5h10 de course (pour un record de 2h59 sur un marathon classique), à jamais plus de 130 battements par minute mais les jambes cassées par un sol abrasif, j'ai réussi mon défi. Le but n'est pas de battre un record, mais de vivre une expérience, et de la partager à travers les réseaux sociaux."

Une cagnotte qui a dépassé toutes les espérances ; à 19 heures, elle atteignait quasiment les 2000 euros (ndlr).

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus