Témoignage. Montpellier : "Des mois après le Covid, je souffre toujours de fatigue intense et de perte d'odorat"

On l'appelle le Covid long. Des mois après avoir contracté le virus, de 10 à 30% des malades en subiraient encore les effets. Témoignage à Montpellier où Stéphanie peine à se rétablir, entre fatigue, perte d'odorat, troubles de la mémoire et de l'attention.

Stéphanie Henri, cadre montpelliéraine de 46 ans, témoigne des séquelles persistantes du Covid qu'elle subit depuis 10 mois.
Stéphanie Henri, cadre montpelliéraine de 46 ans, témoigne des séquelles persistantes du Covid qu'elle subit depuis 10 mois. © F3LR

Face à son ordinateur, Stéphanie est concentrée. Elle ne joue pas. Elle est en pleine séance de rééducation attentionnelle. 30 minutes d'exercices par jour, pendant 5 semaines, pour retrouver ses capacités cognitives altérées par le Covid. Elle a commencé cette rééducation il y a deux semaines, lorsqu'elle s'est rendue compte que le temps ne lui rendait pas la mémoire.

Des exercices de rééducation attentionnelle pour retrouver le chemin de sa mémoire.
Des exercices de rééducation attentionnelle pour retrouver le chemin de sa mémoire. © F3LR

Des facultés diminuées depuis le Covid

Stéphanie Henri a 46 ans, elle est mère de deux enfants et a contracté le Covid en avril dernier, lors de la première vague. C'est lorsqu'elle s'est crue capable de reprendre son travail de cadre administrative au rectorat de Montpellier, en septembre, qu'elle s'est rendue compte de la gravité de ses troubles cognitifs : elle n'arrivait plus à finir une tâche, à se souvenir de ce qu'elle avait fait dans la journée. Des pertes de mémoire et d'attention dont elle souffre en permanence dans son quotidien.

Retenir sa liste de courses, savoir ce qu'on avait prévu de faire, se souvenir qu'on avait un rendez-vous chez le dentiste…  On ne s'en rend peut-être pas compte mais c'est vrai qu'on utilise beaucoup la mémoire et quand elle n'est plus là, on est obligé de tout noter!

Stéphanie Henri malade du Covid depuis avril 2020


"Ça sera pas mal d'arriver à retrouver un niveau correct" espère la jeune femme en retournant à ses exercices.

Fatigue insurmontable

Remuscler sa mémoire, mais aussi son corps. Tombée malade en avril et fragilisée par sa longue convalescence, Stéphanie a dû renoncer à la course à pied. Certains jours, une simple promenade l'épuise.

Même fatiguée, Stéphanie s'astreint à prendre l'air pour se remuscler.
Même fatiguée, Stéphanie s'astreint à prendre l'air pour se remuscler. © F3 LR

"Régulièrement, je peux avoir des gros coups de fatigue comme dans la phase aiguë de la maladie. Toute la journée je vais rester sur le canapé, à ne pas pouvoir faire grand-chose" analyse la mère de famille.

J'ai même des difficultés pour préparer le repas, c'est des moments où le corps dit "stop"

Stéphanie Henri, Covid depuis avril 2020

Le goût et l'odorat alérés

Face à cette fatigue récurrente, les médecins  n'ont pas encore de solution. Pas de remède non plus pour retrouver le goût et l'odorat, que Stéphanie a perdus depuis 10 mois. Il ne lui reste que le souvenir des saveurs.  Alors en cuisine, face à la perte d'appétit, elle doit se forcer.

"Certaines aliments, un jour je peux très bien sentir leur goût et un autre où je suis plus fatiguée, ou pas dans le même état, je sens le goût de façon altérée, ou plus du tout !Et mon alimentation est complètement perturbée..." avoue Stéphanie.

Avec des plats sans odeur et sans saveur, difficile de garder de l'appétit.
Avec des plats sans odeur et sans saveur, difficile de garder de l'appétit. © F3LR

Jour après jour, à force d'entrainement, Stéphanie a déjà remporté des petites victoires sur la maladie : sentir le goût des fruits ou mémoriser un numéro de téléphone. Elle espère maintenant un traitement adapté pour pouvoir retrouver une "vie normale".

A Montpellier, Pauline Sénet et Delphine Aldebert sont allées à la rencontre de Stéphanie pour France 3 Languedoc-Roussillon.

La résolution des députés pour prendre en compte les Covid longs

 La proposition de résolution a été adoptée à l'unanimité par les 120 députés présents dans l'hémicycle il y a moins d'une semaine, mercredi 17 février, sous l'impulsion de Patricia Mirallès. Cette députée LRM de l'Hérault a elle-même contracté le virus lors de la première vague et en souffre toujours.

Le texte adopté n'est pas contraignant pour le gouvernement et l'Assemblée nationale n'a pas la compétence de classer le Covid en Affection longue durée (ALD) mais la proposition de résolution pose les bases d'une plus grande réflexion  sur trois axes :

Reste que les malades souffrant de séquelles du Covid ne sont pas, à ce jour, pris en charge au même titre que d'autres pathologies lourdes. Les dispositifs de couverture sociale n'existent pas encore pour les Covid longs. Les patients ne peuvent donc ni prétendre à une prise en charge à 100% par la Sécurité sociale des analyses et autres actes médicaux nécessaires à leur suivi, ni bénéficier, lorsqu'ils sont dans l'incapacité de reprendre leur travail, d'un arrêt de travail long au même titre que les Affections longue durée. 

Une association, AprèsJ20 regroupe les malades souffrant de Covid longs pour les conseiller et les fédérer.

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