ENTRETIEN. Réutiliser les eaux usées, « une solution d’avenir incontournable » face à la sécheresse selon une spécialiste de l'université de Montpellier

De l’eau potable dans nos toilettes ou pour nettoyer les rues. Un gaspillage selon le gouvernement qui veut pouvoir utiliser davantage les eaux usées traitées. Nous en produisons 150 litres par jour et par personne. Actuellement, moins d’1% sont réemployées. Mais cette solution est-elle sans risque pour la santé ou l’environnement ? Et est-elle adaptée à l’Occitanie ?

Nom de code : « «REUT ». Comprenez Réutilisation des Eaux Usées Traitées. Une piste de plus en plus mise en avant parmi les solutions à la sécheresse. Actuellement en France, les 21 000 stations d’épuration produisent de l’eau propre mais non potable rejetée dans le milieu naturel (mer et cours d’eau). Cette ressource pourrait servir pour l’agriculture, le nettoyage des voiries, la lutte contre les incendies… Mais cette pratique, courante à l’étranger, est-elle une solution fiable et viable dans notre région ?

France 3 Occitanie a posé trois questions à Julie Mendret, maîtresse de conférences à l’université de Montpellier et spécialiste du traitement des eaux usées pour leur réutilisation.

 

France 3 : Quels sont les avantages de la réutilisation des eaux usées traitées ?

Elle est surtout intéressante sur les zones littorales où bien souvent les stations d’épuration rejettent les effluents directement en mer (exemple : la station Maéra de la Métropole de Montpellier). Et donc c’est une perte d’eau douce.

Je vois deux autres bénéfices. Ne pas rejeter en mer, cela permet de préserver la qualité des eaux de baignade ou pour la conchyliculture. Enfin, réutiliser permet aussi de moins puiser dans les nappes phréatiques, sensibles sur le littoral aux remontées salines quand leur niveau est trop bas. Si on prélève moins, ça limite ce problème.

Par contre, à l’intérieur des terres, la réutilisation n’est pas toujours intéressante puisque les rejets participent au soutien d’étiage, c’est-à-dire le maintien d’un débit minimum dans les cours d’eau.

 

En Occitanie, nous avons une grande zone littorale, le cadre idéal pour la « REUT ».

Notre région est marquée par les sécheresses en été. Nous avons aussi beaucoup de cultures. Les eaux en sortie de station d’épuration ont une valeur fertilisante et sont riches en nutriments ; elles sont très intéressantes de ce point de vue-là.

 

France 3 : y a-t-il un risque sanitaire ?

Si on utilise les eaux usées traités directement en sortie de station d’épuration, oui il y a un risque sanitaire. Parce qu’en sortie, il y a la présence d’agents pathogènes. Il est important de les éliminer.

Donc en général, il va falloir rajouter une étape de traitement supplémentaire.

C’est pour cela que la réglementation impose des normes pour garantir la sécurité.

La réutilisation peut susciter un certain dégoût. Les gens ont une méconnaissance des cycles de l’eau et quand ils entendent ça, ils confondent avec l’utilisation d’eau brutes (eau de vaisselle ou des toilettes non épurées…) comme on le faisait il y a très longtemps, à l’origine d’épidémies de choléra.

 

France 3 : est-ce une piste sérieuse face à la sécheresse inédite que nous connaissons ?  

On en parle de plus en plus car elle fait partie d’un panel de solutions.

Jusqu’ici, nous n’avions pas été suffisamment confrontés au manque d’eau, à la différence de nos voisins espagnols ou italiens qui pratiquent la « REUT » depuis plusieurs dizaines d’années (ndlr : 15% des eaux usées sont réemployées en Espagne).

C’est une solution d’avenir incontournable, il faut réutiliser.

Par contre, c’est loin d’être la seule et qui va nous sauver de la sécheresse !!

Sécheresse : et si on réutilisait nos eaux usées ?

Ce sera le thème de "Dimanche en politique" enregistré depuis les sites de retraitement pilote de Murviel-lès-Montpellier et Saint-Drézéry dans l'Hérault.

Emission diffusée sur France 3 Occitanie, dimanche 19 mars à 11h30.