"Tout homme a le droit d'être défendu" : Me Roux, avocat de Douch, réagit à la mort de l'ancien Khmer rouge

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Écrit par Isabelle Bris
François Roux, avocat international de Montpellier et son client "Douch", lors du procès de l'ancien tortionnaire Khmer rouge, à Phnom Penh, en 2007.
François Roux, avocat international de Montpellier et son client "Douch", lors du procès de l'ancien tortionnaire Khmer rouge, à Phnom Penh, en 2007. © TANG CHHIN SOTHY / AFP

L'ancien Khmer rouge "Douch", chef de la terrible prison centrale de Phnom Penh, est décédé mercredi à l'âge de 77 ans. Condamné à la perpétuité, il avait été défendu par l'avocat Montpelliérain François Roux avant de le congédier.

Défenseur de l'ancien Khmer rouge Douch, mais aussi de José Bové ou encore de Zakarias Moussaoui (condamné pour les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis) et organisateur du procès symbolique du loup, l'avocat international montpelliérain François Roux a souvent plaidé en faveur des personnages célèbres et controversés.

Ce mercredi, depuis sa ferme cévenole où il cultive désormais des tulipes, cet avocat honoraire du barreau de Montpellier affirme être touché par la mort de l'ancien tortionnaire dont il a été l'avocat pendant deux ans de 2007 à 2009, lors du procès international intenté contre le régime des Khmers rouges, au Cambodge.  
 

Douch a rejoint ses victimes.

François Roux, avocat de Montpellier

Kaing Guek Eav, alias Douch, a dirigé le plus redoutable centre de détention sous le régime cambodgien des Khmers rouges.
15 000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées par les Khmers rouges dans cette prison.

Décrit comme "méticuleux, consciencieux, attentif à être bien considéré par ses supérieurs" par les psychiatres lors du procès international, le tortionnaire avait tenu une administration rigoureuse des activités de la prison. Selon l'accusation, il était même "enthousiaste, fier de diriger le centre de torture et indifférent à la souffrance d'autrui." 

Un procès majeur pour les victimes des Khmers rouges


Condamné à la perpétuité, il est décédé à l'hopital ce mercredi à l'âge de 77 ans, selon l'AFP. François Roux, qui avait été commis d'office pour devenir son avocat, ne se réjouit pas de sa mort mais elle le touche car pendant deux ans il a plongé dans ce terrible épisode du Cambodge. 

"J'ai accepté de défendre Douch car il reconnaissait sa responsabilité et sa culpabilité. Ce procès international était très important pour les victimes, il permettait aussi d'avancer dans la compréhension historique des événements". explique François Roux.

Au départ, Douch prétendait n'être qu'un rouage du système Khmer, mais petit à petit François Roux affirme être parvenu à lui faire accepter sa part de responsabilité. 

Pendant le procès entre 2007 et 2009, il y a eu une reconstitution dans les deux camps où Douch avait sévit.  Une reconstitution 30 ans après les faits. "Douch nous a conduit dans les différents lieux en expliquant ce qu'il s'y était passé. Nous avons plongé dans l'horreur la plus totale, le pire de ce que peut faire l'être humain" se souvient l'avocat héraultais.

"A la fin, il a demandé aux survivants non pas de le pardonner, mais de laisser une porte ouverte au pardon. Seules trois personnes ont survécu au S21. Deux d'entre ont pris la parole et affirmé que c'était ce qu'ils attendait depuis 30 ans. Que désormais, ils étaient en paix".
 

Revirement et trahison


Le crédo de François Roux est resté le même durant sa carrière d'avocat : agir contre la peine de mort et militer pour que tout homme, quelque soit son crime, ait droit à un procès en justice.

Son grand regret est que, à la fin du procès, Douch et son avocat cambodgien l'ont trahi. Alors que l'avocat français s'apprêtait à plaider les circonstances atténuantes pour un "repenti" converti au christianisme depuis plus de 10 ans et qui acceptait d'être condamné à la peine la plus stricte, l'avocat cambodgien a finalement réclamé l'aquitement pur et simple en qualifiant Douch de simple secrétaire du régime communiste, arguant que ce tribunal avait été créé pour juger les plus hauts dirigeants des Khmers rouges.

Premier Khmer rouge condamné par un tribunal pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité

Ce professeur de mathématiques, qui avait rejoint les Khmers rouges en 1967, s'est caché pendant des années avant d'être démasqué en 1999 par un photographe irlandais, puis arrêté.

En 2010, il avait été condamné en première instance à 35 ans de prison. Douch avait fait appel deux ans plus tard : là, ce fut une condamnation à perpétuité.
 
Près de deux millions de Cambodgiens -un quart de la population- sont morts sous la torture, d'épuisement ou de malnutrition avant que le régime des Khmers rouges soit renversé par les forces vietnamiennes. 



 

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