Jeu vidéo à Montpellier : interview vérité de Zerator, joueur, animateur et commentateur sacré "Personnalité de l'année"

Dans l'univers du jeu vidéo, le Montpelliérain Adrien Nougaret s'est imposé depuis 10 ans comme Zerator, l'un des plus célèbres joueurs, animateurs et commentateurs français. Lauréat du Pégase de la "Personnalité de l'année" pour son marathon caritatif ZEvent, il répond à nos questions.

A gauche de la photo, le streamer, animateur et commentateur de jeu vidéo montpelliérain Zerator, alias Adrien Nougaret, pose avec ses fans lors du Montpellier Esport 2017
A gauche de la photo, le streamer, animateur et commentateur de jeu vidéo montpelliérain Zerator, alias Adrien Nougaret, pose avec ses fans lors du Montpellier Esport 2017 © France 3 Occitanie

Dans la vraie vie, Zerator s'appelle Adrien Nougaret et il vit et travaille à Montpellier. C'est l'un des plus célèbres joueurs et organisateurs de compétitions de jeu vidéo de France. Il vient d'être sacré "Personnalité de l'année 2021" par l'académie des Pégase, l'équivalent des César pour les professionnels de cette industrie. Réaction à ce prix, projets et réflexion sur l'évolution de ce métier dont il a été l'un des pionniers : il répond sans détour à nos questions.

Que représente pour vous ce Pégase de la "Personnalité de l’année dans l’industrie du jeu vidéo" ?

Les récompenses, je ne cours pas après d’habitude. Mais cette fois, quand on m’a appelé pour me dire que j’étais lauréat, j’ai trouvé que c’était une reconnaissance forte, parce qu’elle est décernée par les professionnels. L’an dernier, le prix est allé à Yves Guillemot, le co-fondateur d’Ubisoft, avoir été choisi après lui, c’est flatteur !

Ce prix peut-il avoir des répercussions positives sur votre carrière et vos projets ?

Les Pégase, c’est tout nouveau, ça a à peine deux ans. Franchement, je n’en attends pas grand-chose pour moi-même, mais si ça peut mieux faire connaître la cérémonie et l’industrie du jeu vidéo, tant mieux.

Dans votre discours de remerciement, vous avez salué le travail difficile des développeurs. Vous aviez en tête vos projets avec votre société Unexpected ?

En tant que streamer [joueur qui diffuse et commente sa partie en direct sur Internet, NDLR] j’ai vu beaucoup de studios avancer sur des jeux. Dans ma société de développement de jeu Unexpected aussi. Et j’ai vraiment pris conscience de la difficulté à mettre en avant les créations : pour un jeu qui a du succès, il y en a mille qui ne sortent pas. Un bon jeu ne va pas forcément se vendre, parce que quand on commence, on n’a pas forcément l’argent pour se payer de la visibilité. En même temps, il y a 100 jeux qui sortent chaque jour, on ne se rend pas compte de la réalité de ce marché, où la concurrence est extrêmement forte !

Chez Unexpected, grâce à notre dernier jeu "As Far As The Eye", on a réussi à financer deux ans de fonctionnement du studio. Mais nous sommes une toute petite équipe : il y a 3 postes et demi. Le reste, ce sont des prestataires occasionnels. On travaille déjà sur d’autres projets qui n'en sont qu’à la phase de développement d'un prototype. Il n’y aura pas de sortie commerciale avant 2022 ou 2023 minimum.

Cette année 2020, que l'on vient de passer sous la menace de la Covid, a été particulière pour tout le monde. La pandémie a-t-elle compliqué votre travail ?

En tant que streamer, cela a été plutôt positif. Les gens sont chez eux et peuvent me suivre sur la plateforme Twitch, où mes audiences ont augmenté. Mais la plus-value de ma chaîne, ce sont les événements physiques où on rencontre le public et qui n'ont plus lieu. Alors, il a fallu que je me réinvente en restant seul chez moi : j’ai organisé des événements en ligne. Ce sera sans doute le cas encore cette année pour la ZrT Trackmania Cup, une compétition d’Esport autour du jeu Trackmania. Sinon, il faudra attendre 2022.

Pour d’autres événements, je les ai organisés avec des participants présents physiquement sur un même lieu, mais sans public. C’était le cas cette année pour la ZLAN à Lyon, qui a réuni 178 joueurs concourant sur 10 jeux et une épreuve de calcul mental, pour un prix doté de 50000 € [Une LAN ou  "Local Area Network party" rassemble des joueurs de jeu vidéo dans le but de réaliser des parties multijoueurs sur un réseau local au lieu d'Internet, NDLR].
C’était le cas aussi pour le marathon caritatif ZEvent à Montpellier, à l’automne dernier. Chaque fois, on a réussi à se réunir sans créer de cluster. Et en plus, le succès a été au rendez-vous !

Les restrictions sanitaires n’ont pas dissuadé vos partenaires ?

Sur la ZLAN, je pensais que ce serait dissuasif pour les joueurs. Mais au contraire, on a eu plus de participants et les gens étaient très respectueux des règles sanitaires, personne n’a râlé, ni contesté. Quant aux partenaires financiers, ils sont très en recherche d’événements qui ont lieu, car il y en a peu. Donc ils ont répondu présents.

Justement, ZEvent aura-t-il lieu cette année ?

On travaille déjà dessus, avec bien sûr l’incertitude liée à la Covid. On étudie plusieurs scénarios, mais c’est beaucoup trop tôt pour en dire davantage, sinon que maintenant c’est nous qui choisissons l’association ou l’ONG qui va en bénéficier, alors qu’avant on recevait les dossiers. Mais il y en a trop désormais.

Et en attendant, quels sont vos projets pour les mois à venir ?

En ce moment, j'organise des compétitions en ligne pendant quatre mois sur le jeu Valorant avec l’éditeur Riot Games. Je travaille aussi à une édition 100% en ligne de la ZrT Trackmania Cup et à une édition physique de la ZLAN, mais je n'ai aucune date pour l’instant à vous communiquer. Le pire serait d’annoncer quelque chose, puis de devoir repousser ou annuler. Si on l’annonce, on veut que ça ait réellement lieu.

Vous êtes l’un des pionniers dans votre domaine. Dix ans après vos débuts, d’où proviennent aujourd’hui vos revenus ?

Je ne vis pas de la création de jeux ou de l’organisation d’événements. Bien sûr, les gens qui travaillent dessus sont payés, eux. Moi, je vis de mon stream quotidien sur Internet. Pour la ZrT Trackmania Cup, je touche un cachet en tant que commentateur mais c’est tout, ça ne peut pas me faire vivre à l’année. Ce n’est pas du tout comme un producteur de spectacles. On essaie de financer chaque événement sans sortir un seul euro de notre poche : 80% du budget vient des partenaires. Sauf pour ZEvent, qui est un marathon de jeu vidéo caritatif, où on limite la participation des marques pour éviter le charity business. Il y a quand même de rares exceptions, quand les enseignes mettent en jeu de très gros lots qui génèrent des dons importants.

C’est tout de même un vrai et gros travail pour vous. Ça fait des journées à combien d’heures ?

Être chez soi sur Internet, c’est un peu le piège : c’est jamais ou tout le temps ! [Rires] Je peux faire deux semaines à 80 heures et prendre deux jours pendant lesquels je ne fais rien. Il faut apprendre à déconnecter, car c’est un métier passion, c’est pas "métro, boulot, dodo" : il n’y a pas de journée type. Heureusement, j’ai la chance d’être en couple avec quelqu’un qui comprend et qui s’adapte à mon rythme. Parce que quand vous rentrez chez vous, moi je m’y mets !

Mais vous n’êtes pas tout seul pour faire tout ça ?

Non, on ne peut pas tout faire, sinon on le fait mal. J’ai appris que pour m’émanciper, il fallait que je grandisse. Je travaille tout le temps avec Alexandre Dachary, c'est mon "homme de l’ombre". On se parle quasiment tous les jours. On est obligés d’être au moins deux : quand je streame pendant neuf heures d’affilée, je ne peux faire rien d’autre. Si j’avais un conseil à donner, ce serait : "n’hésitez pas à déléguer" !

C’est ça le secret pour durer dans votre métier ?

Aujourd'hui j’ai 30 ans et je vois bien le profil de ceux qui viennent à ma rencontre dans les conventions et les compétitions. Vous savez, on finit par avoir des fans qui nous ressemblent : les miens ont entre 20 et 30 ans, voir un peu plus. Quand dans mes commentaires, je fais référence à des jeux ou à la culture de mon enfance dans les années 1990, ça leur parle, mais pas aux plus jeunes. Pour durer, j’essaye de développer d’autres casquettes, avec ma société Unexpected pour le développement de jeux, en étant producteur/organisateur d’événements. J’ai aussi une société de merchandising pour mes produits dérivés et ceux d’autres marques dont on commercialise les objets siglés.

J’ai fait partie de ces pionniers qui ont inventé ce métier il y a à peine 10 ans. Et dans 10 ans, eh bien on sera encore là ! Car les streamers vont rester, que ce soit sur Twitch ou sur d’autres plateformes qui ne manqueront pas d’émerger : le streaming est devenu un média à part entière de l’Internet.

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