Une jeune femme se défenestre avec son bébé à Montpellier : son avocate parle d'un “suicide provoqué”

Emilie s'est suicidée le 3 février 2019 en sautant du 5ème étage de son immeuble avec son fils. Son bébé à survécu / © DR
Emilie s'est suicidée le 3 février 2019 en sautant du 5ème étage de son immeuble avec son fils. Son bébé à survécu / © DR

Céline est décédée en février dernier après s'être défenestrée avec son bébé de 3 mois, qui a survécu. Plusieurs éléments indiquent que son compagnon la battait régulièrement. L'avocate de la famille, Me Christol, parle de "coups mortels" et demande que la responsabilité pénale du père soit engagée.

Par Emma Derome

Céline est décédée, le 3 février dernier, après avoir sauté du 5ème étage de son immeuble à Montpellier. Elle a chuté avec son fils de 3 mois dans les bras. L'enfant a heureusement survécu à ses blessures.

Aujourd'hui, les proches de Céline et l'avocate de sa famille souhaitent que la responsabilité pénale de son compagnon soit enagagée. 

En effet, de nombreux éléments du dossier attestent que son compagnon, Sylvain, la battait régulièrement. Ce qui, selon les parties civiles, pourrait expliquer le fait que la jeune femme de 38 ans ait sauté dans le vide avec son bébé dans les bras. 

Soupçonné de l'avoir poussé, son compagnon a dans un premier temps été mis en examen pour assassinat. Il a ensuite été libéré, des expertises ayant conclu à un suicide. 

En garde à vue, il a reconnu avoir eu des comportements violents réguliers envers elle. L'autopsie a également révélé des ecchymoses, des traces de coups antérieures à sa chute. Les conversations SMS qui ont été retrouvées sont troublantes, comme par exemple ce message envoyé par Sylvain à Céline : "Je vais rentrer et je vais te cogner". Des témoins, des amis ou la belle-mère de la victime, confirment des accès de violence de la part de l'homme de 39 ans. 

"Ses coups ont provoqué son suicide"

Sylvain a finalement été mis en examen pour "violences habituelles", ce qui signifie que les violences commises ont été répétées. Un délit passible de 5 ans d'emprisonnement.

L'avocate de la famille de la victime, Me Chrisol, ne compte pas en rester là. Elle souhaite obtenir la requalification de sa mise en examen en "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". La peine encourue serait de 20 ans maximum. Et l'affaire serait alors jugée devant une Cour d'assises.

Il y a eu des coups réguliers, qui se sont révélés mortels. Ce sont ces violences habituelles qui ont provoqué la mort de cette femme, qui l'ont conduite à se suicider. 
- Maitre Iris Christol, avocate de la victime


Sa démarche est appuyée par le procureur en charge du dossier, et bientôt peut-être, par le CIDFF (centre d’information sur les droits des femmes et des familles) de l'Hérault, qui souhaite se porter partie civile.

Ce serait une première nationale pour cette institution, l'un des acteurs les plus importants de la lutte pour les droits des femmes.

Ça a déjà été fait pour des chefs d'entreprises qui ont été jugés pour homicide involontaire parce qu'ils avaient harcelé moralement leurs employés, ce qui peut conduire à une dégradation de l'état de santé mentale et au suicide.
-
 Me Christol

"Pas de preuve" pour la défense


L'avocate met également en avant le bien de l'enfant. En effet, l'autorité parentale du père ne sera pas questionnée s'il est jugé pour un délit. "Comment justifier qu'un homme qui pousse sa femme au suicide puisse récupérer son fils ? On nous explique qu'effectivement il a pu être un très mauvais mari, mais qu'il peut aussi être un très bon père ? Ça suffit", tonne l'avocate.

L'avocat du suspect, Me Abratkiewicz, de son côté, estime dans une interview à Midi Libre qu'"il n'y a pas de preuve pouvant carractériser cette infraction" et qu'on ne peut pas connaître les raisons du suicide de cette femme. 

Le Grenelle se penche sur la question du "suicide forcé"


Cette affaire fait écho au débat actuel sur les violences faites aux femmes. En effet, l'un des groupes de travail du Grenelle sur la question porté par Marlène Schiappa propose de criminaliser le "suicide forcé", soit le suicide poussé par des violences psychologiques.

Dans ce cas précis, où la violence physique est également de mise, Me Christol préfère parler de "suicide provoqué". L'affaire est toujours en cours d'instruction.

 

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