Municipales 2020 : “plus la ville est petite, plus le travail est lourd”, le maire de Sorbs ne se représente pas

Sorbs, dans l'Hérault, village sur le plateau du Larzac divisé en 4 hameaux, à 1 heure 20 de route de Montpellier. / © C.Alazet
Sorbs, dans l'Hérault, village sur le plateau du Larzac divisé en 4 hameaux, à 1 heure 20 de route de Montpellier. / © C.Alazet

Jean-Charles Bousquet, 75 ans, a assuré avec enthousiasme son mandat de maire du village de Sorbs, sur le plateau du Larzac. Mais même -ou surtout - pour 35 habitants, c'est une tâche tellement prenante qu'il n'est pas sûr d'avoir l'énérgie nécessaire pour 6 ans de plus. 

Par Carine Alazet

Sur le plateau du Larzac, le village de Sorbs paraît au détour d'une longue route à travers la campagne, entouré ce jour-là de brumes dignes des landes d'Ecosse.

Ses maisons en pierres sombres s'éparpillent en quatre hameaux : le village, le mas de Villevieille, le hameau de Latude et le camp d'Alton.

Avec ses 35 habitants, Sorbs est l'une des plus petites communes de l'Hérault.
 
Sorbs - le village, l'un des quatre hameaux de la commune - janvier 2020. / © C.Alazet
Sorbs - le village, l'un des quatre hameaux de la commune - janvier 2020. / © C.Alazet

Pendant longtemps, ce paysage rude était synonyme de vacances pour Jean-Charles Bousquet.

Une fois retraité, c'est ici que ce citadin, ex-cadre dans les télécommunications, a choisi de s'installer.

Il a été élu maire sans étiquette en 2014, avec toute sa liste, 7 conseillers, dès le premier tour.
 
Jean-Charles Bousquet, maire de Sorbs depuis 2014, ne se représente pas en 2020. / © C.Alazet
Jean-Charles Bousquet, maire de Sorbs depuis 2014, ne se représente pas en 2020. / © C.Alazet

"Il y a des trucs "chiants" et d'autres super sympas. Il y a des gens intéressants, très différents aussi, des rencontres. Et puis j'aime ce pays même si je n'y suis pas né, si je suis un "estranger" dit-il en souriant.

Dans ce village très dispersé, les rues ont des noms mais pas encore de numéros. En installer a été l'une des premières tâches de l'équipe municipale. 

Montrant de jolies plaques en terre cuite, "ça a été fait par le potier de La Couvertoirade (une commune voisine située dans l'Aveyron)" explique Claudine Fontin, adjointe au maire de Sorbs, "Elles vont être placées par l'employé intercommunal."

Une tâche inattendue pour eux mais pas du tout anecdotique.

"Dans un petit village, la numérotation n'est pas obligatoire mais elle est vivement conseillée, précise Jean-Charles Bousquet, pour les services de secours par exemple ou pour le déploiement de la fibre sur tout le département de l'Hérault l'installation de la fibre optique, si tout va bien on sera équipé en 2021."

Dans les zones rurales, la fibre optique peut faciliter le télétravail par exemple... Et pourquoi pas, attirer de nouveaux habitants, plus jeunes.

Une réflexion qui a guidé le travail des 7 élus de Sorbs tout au long de leur mandat. Ils ont fait rénover deux logements communaux pour les mettre aux normes et au goût du jour.

"L'idée, c'est d'avoir des locataires à l'année, en résidence principale, des jeunes avec enfants par exemple, pour donner un peu de vie au village."

Ici la moyenne d'âge actuelle, je ne l'ai pas calculé mais ce doit être un peu catastrophique.

"C'était l'ancienne église de Sorbs au 9ème siècle, le mur mesure un mètre 20 d'épaisseur", explique le maire, fier de la réalisation de son équipe, en visitant le chantier presque terminé des deux appartements familiaux.

Il a fallu 6 ans pour monter les dossiers, trouver le financement, faire les appels d'offre et enfin les travaux.

"Je comprends mieux pourquoi les maires inaugurent beaucoup en fin de mandat", plaisante Jean-Charles Bousquet, "ce n'est pas pour être réélu, c'est parce que tout est long à se mettre en place".
 


10 000 kilomètres par an pendant son mandat

Pour financer les projets du village, le maire frappe à toutes les portes :  l'Etat, la Région Occitanie, le département de l'Hérault, la communauté de communes.

C'est la communauté de communes Lodévois et Larzac qui finance par exemple les deux employés du village. Ainsi la secrétaire de mairie partage son temps de travail entre cinq communes, tout comme l'employé de la voirie.

Pour Jean-Charles Bousquet, concrètement, cela signifie participer à de nombreuses réunions et autres assemblées.

"J'ai des réunions au Vigan, à Mende, à Carcassonne, Montpellier, Toulouse aussi mais heureusement plus rarement"

Il participe aussi à un maximum de structures intercommunales ou d'associations qui œuvrent sur le territoire de son village. Toujours pour la même raison : faire exister son village au-delà des limites de la commune.

"Je pense qu'une petite commune existe si elle est visible et où est-ce qu'elle peut être visible dans les structures si ce n'est en siégeant dans les communautés de communes, les services intercommunaux, les associations. C'est plus simple d'obtenir l'aide des services juridiques du département par exemple si on vous identifie comme le maire de Sorbs"

Jean-Charles Bousquet a fait les comptes : 10 000 kilomètres par an, 60 000 pour l'ensemble de son mandat de maire, parcourus le plus souvent seul au volant de sa voiture.

Avec le recul, l'homme en est sûr : la charge de travail d'un maire est d'autant plus lourde que la commune est petite. Pas de services ou de techniciens pour épauler les élus, il faut solliciter les services intercommunaux ou se débrouiller avec ses conseillers.

Alors à 75 ans, il ne se voit pas repartir pour un nouveau mandat.

Le travail d'un maire c'est une chose mais je ne savais pas que les gens venaient se confier au maire comme à un curé, qu'il fallait être réparateur divers, homme à tout faire...

"Il faut beaucoup d'énergie et je ne suis pas sûr d'en avoir en approchant des 80 ans, ce n'est pas dans la logique des choses."

A la mi-janvier, aucun des 35 habitants de Sorbs n'était candidat à sa succession.

Les co-listiers de Jean-Charles Bousquet en 2014 ont lontemps hésité, tiraillés entre l'envie de poursuivre le travail entrepris et la multitude des tâches qui parsèment la route de l'édile rural.

Après quelques semaines de réflexion, Eric Ollier, conseiller municipal depuis 6 ans, a décidé de se porter candidat en compagnie d'une partie des co-listiers du précédent mandat.



 

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