Sète : reprise des liaisons maritimes avec le Maroc qui boycotte l'Espagne

Il porte bien son nom. Le Fantastic a quitté hier Sète pour Tanger. Une première liaison maritime très attendue après de longs mois d'arrêt d'autant plus que les Marocains rentrant au pays ne peuvent toujours pas partir d'Espagne suite au conflit diplomatique entre Rabat et Madrid.

Véhicules chargés pour les 883 passagers embarquant de Sète pour cette première traversée vers Tanger.
Véhicules chargés pour les 883 passagers embarquant de Sète pour cette première traversée vers Tanger. © F3LR

Depuis mardi, on peut de nouveau se rendre au Maroc, longtemps inaccessible à cause du Covid. Après les lignes aériennes, le pays a rouvert ses frontières aux liaisons maritimes. Seul problème, pour la deuxième année consécutive, le Maroc a décidé d'exclure les ports espagnols de ces liaisons suite au conflit diplomatique qui l'oppose à Madrid. Les départs se font uniquement des ports français, italiens ou portugais. Plus compliqué et plus cher pour bon nombre d'expatriés. 

883 passagers pour Tanger

Des voitures et des camions pleins à craquer pour le retour au pays. Autour du ferry Fantastic amarré à Sète, c'est une scène que l'on n'avait pas vu depuis longtemps...Au total, quelques 883 passagers embarquent pour cette première traversée. Beaucoup d'entre eux avaient l'habitude de partir d'Espagne.

"La traversée de l'Espagne, ça faisait partie du protocole et du plaisir", explique ce Marocain habitant en France. "C'était l'excitation du voyage avant d' arriver au Maroc".

Nous, on habite près de Barcelone. Il y a des passagers qui sont venus du sud de l'Espagne alors que le Maroc est juste en face!

Marocain venu d'Espagne

La diaspora marocaine piégée par le conflit diplomatique avec l'Espagne

Le Maroc a lancé mardi son grand plan annuel de transit estival de sa diaspora, avec un dispositif excluant toute liaison maritime via l'Espagne, assorti de rabais sur les liaisons aériennes afin d'amortir la différence de coût pour les voyageurs.
L'arrivée, mi-mai, de près de 10.000 migrants à Ceuta à la faveur d'un relâchement des contrôles frontaliers côté marocain a marqué le point culminant d'une crise majeure entre Rabat et Madrid provoquée par l'hospitalisation en Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, considéré par le Maroc comme un "criminel de guerre".
Résultat, l'importante diaspora marocaine de l'étranger se retrouve piégée par un conflit diplomatique qui la dépasse et dont elle fait les frais.

J'ai payé, par rapport à l'Espagne, peut-être 11 fois le prix! On va partir parce qu'on a de la famille à voir mais on sait qu'on s'est fait escroquer...

Passager marocain à Sète

Le reportage à Sète de Laurent Beaumel et François Jobard pour France 3 Languedoc-Roussillon.

 

4 fois moins de retours au pays qu'habituellement, mais 13 fois plus que l'an dernier

Normalement, les rotations avec l'Espagne sont très nombreuses (le port d'Algésiras, au sud, est situé à moins d'une heure de traversée de Tanger). Les seules liaisons maritimes prévues partent donc de France (Sète, Marseille), d'Italie (Genes) ou du Portugal (Portimao), avec un total de 650.000 passagers et 180.000 véhicules attendus entre le 15 juin et le 15 septembre, soit quatre fois moins que d'habitude, selon les chiffres du ministère marocain des Transports.

L'attente de la diaspora est d'autant plus grande qu'en 2020, les voyages ont été très limités du fait de la pandémie. Moins de 50.000 passagers et 22.000 véhicules avaient été transbordés pendant l'été.

Conséquences économiques

En 2019, environ trois des cinq millions des Marocains expatriés en Europe étaient revenus dans leur pays natal l'été, en traversant l'Espagne puis le détroit de Gibraltar. L'exclusion de l'Espagne du dispositif représenterait des pertes de l'ordre de 450 et 500 millions d'euros, uniquement pour les compagnies de ferry assurant la traversée. Elle met aussi en péril plusieurs milliers d'emplois, notamment saisonniers, dans la région du port d'Algésiras.
En revanche l'économie portuaire de Italie, de la France et du Portugal pourrait en profiter. 

 

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