Hommage à Samuel Paty :  "je suis professeur, j’adore mon métier et je ne veux pas avoir peur" 

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Écrit par Laurie Collinet
En hommage à Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie du collège Racine à Alès a demandé à ses élèves de s’exprimer.
En hommage à Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie du collège Racine à Alès a demandé à ses élèves de s’exprimer. © C. Astruc / FTVI

Il y a un an, Samuel Paty était sauvagement assassiné à Conflans St Honorine par un terroriste après avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Exemples de commémorations à Alès dans le Gard et Saint-Estève dans les Pyrénées-orientales.

Le 15 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, était tué pour avoir montré des caricatures de Mahomet.

Au collège de Saint-Estève, l’hommage ranime de douloureux souvenirs. « Ça m’a énormément marqué, choqué et bouleversé. Pour moi c’était incompréhensible » déclare Sylvie Lopez, professeur de SVT. Un sentiment qu’elle éprouve toujours un an après et que sa collègue Estelle Alquier partage : « on revoit des images, on entend des témoignages et on est replongés dans ce moment qui nous a tous sidérés ».

 

L’appréhension des enseignants

Pour ces deux enseignantes, aujourd’hui plus qu’hier, il faut choisir précautionneusement chacun de ses mots : « en science, on parle de choses qui peuvent froisser certains élèves comme la génétique, les caractères spécifiques ou l’évolution. Je fais encore plus attention au vocabulaire que j’utilise pour ne choquer personne » se confie Sylvie Lopez.

C’est compliqué à cet âge-là d’avoir l’esprit ouvert. Ils sont en train de se former et ont parfois l’esprit binaire, tout est blanc ou tout est noir

Sylvie Lopez, professeur de SVT collège Jean Racine à Alès

Estelle Alquier ajoute « j’essaye toujours d’être claire dans les mots que je choisis pour que les élèves se rendent compte que tout est question de point de vue, de dialogue et d’ouverture d’esprit ». La professeure de français ne se sent pas en insécurité mais constate « des situations de plus en plus tendues ».

Les deux femmes refusent de travailler dans la crainte : « je suis professeur, j’adore mon métier et je ne veux pas avoir peur » affirme la professeure de SVT. Elle souhaite « leur apprendre à être ouvert sur le monde et à tolérer». Estelle Alquier veut quant à lui « leur montrer que c’est en se questionnant qu’ils vont faire changer les choses et mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent ».

Une exposition autour de la laïcité

 

Au collège Le Ribéral de Saint-Estève, dans les Pyrénées-Orientales, lui rendre hommage était une évidence : « ça paraît essentiel et naturel que tout le monde ait pu avoir ce temps de commémoration » affirme Sylvain Roublique, le principal adjoint.

L’an dernier, l’établissement avait voulu revenir sur ce drame en s’appuyant sur différents textes. Cette année, l’équipe enseignante a fait le choix d’une exposition autour de la laïcité : « il y a un avant et un après lorsqu’on aborde ce thème. On pense à Samuel Paty, à sa famille et à ce qu’il s’est passé et on a un plus grand respect encore vis-à-vis du corps enseignant et de leur magnifique travail» ajoute-t-il.

Pour moi il faut pouvoir donner son avis sur tout, sans que ce soit mal interprété, je trouve ça normal 

Mary Lucas, élève de 3ème au collège Le Libéral à Saint-Estève (66)

Du côté collège Jean Racine à Alès, dans le Gard, cette journée revêt également une résonance particulière. Après ce tragique événement, le professeur d’histoire-géographie Gilles Roumieux a demandé à ses élèves de s’exprimer : « donner la parole à mes élèves s’est imposé naturellement pour qu’ils mettent des mots sur leurs maux ». Après une minute de silence, les élèves de 3ème  (maintenant en seconde) ont donc pu lire leurs écrits à l’assemblée présente.

On a été écouté, on a eu une voix pour une fois et on a un peu de reconnaissance 

Sabé Badarou, ancienne élève de 3ème au collège Jean racine à Alès

Sabé Badarou, ancienne élève de troisième au collège Jean Racine, se souvient de ce qu’elle a ressenti peu après le drame : « c’était un choc pour tout le monde mais ça nous fait aussi réaliser qu’il faut encore se battre, ne pas se taire et agir, défendre ce qu’on incarne et nos valeurs ». L’année dernière, les 58 participants avaient alors reçu le prix de l'initiative laïque.

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