Chasse et sécurité : le collectif du Lot, Un jour un chasseur, fait bouger le Sénat grâce au succès de sa pétition

Publié le Mis à jour le

La pétition du collectif du Lot, Un jour un chasseur, sur le site du Sénat afin de modifier en profondeur les lois sur la chasse est en passe de gagner son pari. Elle devrait dépasser les 100 000 signatures nécessaires dans la journée du mercredi 10 novembre. Parallèlement, le Sénat annonce le lancement d’une mission sur la sécurité.

Deux mois jour pour jour, après son lancement, la pétition du collectif du Lot, Un jour un chasseur, sur le site du Sénat, devrait dépasser, mercredi 10 novembre, les 100 000 signatures.

Les jeunes femmes à l'origine de cette action sont toutes les amies de Morgan Keane abattu dans le Lot par un chasseur en décembre 2020 à l'âge de 25 ans. Au cours des dernières semaines, leur initiative a bénéficié de nombreux soutiens, comme le journaliste Hugo Clément ou l'acteur Pierre Niney.

La mort d'un automobiliste accélère les signatures

Mais tout s'est accéléré le 4 novembre avec le décès de l'automobiliste blessé par le tir d'un chasseur sur une route entre Nantes et Rennes.

"Cette accélération des signatures est sûrement due à cette actualité récente, reconnaît Mila, l'une des fondatrices d'Un jour un chasseur. Il n'y a pas eu cette année plus d'accidents. Cela montre donc bien l'émergence, l'attente et la nécessité d'obtenir une plus grande sécurité en matière de chasse."

La pétition d'Un jour un chasseur est la deuxième à atteindre ce seuil des 100 000 signatures sur le site du Sénat. "Une fierté" pour la jeune femme qui doit permettre au collectif de "saisir le Sénat d’une demande d’inscription à l’ordre du jour d’un texte législatif ou de création d’une mission de contrôle sénatoriale."

Le Sénat crée une mission par anticipation

Mais les élus semblent avoir pris conscience de l'évolution de l'opinion sur le sujet. Mardi 9 novembre, "face à l'émotion suscité par les accidents dramatiques récents", le Sénat a annoncé la création d'une mission sur la sécurité à la chasse, sans attendre que la pétition de Mila et ses amis dépasse la barre fatidique des 100 000 soutiens.

"En créant, par anticipation, une mission conjointe entre notre commission et la commission des lois, nous souhaitons que le Sénat examine en profondeur, loin de l’émotion et de l’agitation pré-électorale, la question de la sécurité à la chasse, la réglementation relative à la détention d’armes de chasse et les sanctions qui peuvent résulter d’éventuelles infractions. Rien ne sert de jeter l’anathème sur les chasseurs, il faut étudier et mettre en place les solutions efficaces et éprouvées"  exprime dans un communiqué Sophie Primas, présidente de la commission des affaires économiques.

Une mission mise en place en décembre

Contactée par France 3 Occitanie, la sénatrice des Yvelines explique ce choix afin "de préparer au mieux cette mission." "Le chasseur fait partie du paysage, c'est l'ADN de la ruralité mais il faut travailler sur la sécurisation de la chasse, le sujet ne souffre même pas de contestation" estime-t-elle. Un audit de la loi de 2019 - "pas encore totalement déployée et dont l'efficacité n'est pas prouvée" selon l'élue - et une comparaison de la législation de différents pays devrait être lancés. La mission en tant que telle ne devrait pas voir le jour avant "la mi décembre" selon Sophie Primas. 

Mila s'avoue "surprise" de ne pas avoir été alertée de cette décision par le Sénat et préfère ne pas la commenter pour le moment. "On ne veut rien lâcher. Nous souhaitons de vraies mesures et pas un simulacre de démocratie. Nous attendons de voir. Pas question de crier victoire tant qu'il n'y aura pas une loi qui reprend nos propositions.

Cette pétition n'est pas le seul dossier sur lequel travaille Un jour un chasseur. Le collectif prépare la marche blanche du 4 décembre à la mémoire de Morgan Keane, tué par un tir de chasseur, il y a près d'un an.

La lassitude des chasseurs

Du côté de la Fédération des chasseurs d'Occitanie, ces initiatives sont perçues avec beaucoup de circonspection. "Je n'étais pas au courant, ni de cette pétition, ni de la création de cette mission par le Sénat, avoue son président, Serge Casteran. Si le Sénat dit oui à ces démarches, on ne peut pas l'empêcher."

Mais le chasseur gersois ne cache pas sa lassitude : "la sécurisation de la chasse ce n'est pas un sujet. Cela a été toujours un sujet, au coeur de nos préoccupations. Le nombre d'accidents mortels n'a pas augmenté mais il y a actuellement à nouveau un débat en raison de récents épisodes, très tristes. Mais nous sommes rassasiés de ces anathèmes à notre encontre."

Le président de la FRC Occitanie rapporte d'ailleurs qu'il travaille à la mise en place de formations de sécurité désormais obligatoires tous les 10 ans pour les pratiquants de la chasse : "C'est un gros chantier pour les fédérations. Difficile à mettre en place. Il faut trouver les lieux, les formateurs. Rien que pour mon département, le Gers, je dois former 1000 personnes tous les ans."