Occitanie : comment la lutte contre la Covid-19 a impacté celle contre le SIDA

Le Sidaction 2021 débute ce vendredi et se poursuit tout le week-end. Avec la crise sanitaire, les manifestations régionales sont annulées. Mais le Covid n’a pas seulement perturbé le Sidaction. C’est l’ensemble de la lutte contre le virus VIH qui a été impactée.

Le Sidaction débute ce vendredi et se poursuit jusqu'à la fin du week-end
Le Sidaction débute ce vendredi et se poursuit jusqu'à la fin du week-end © MAXPPP

A 58 ans, Laurent vit depuis 33 ans avec le VIH… et depuis un an, comme tous, il vit aussi avec la menace du coronavirus. “C’était un peu comme un retour à l'époque de l’épidémie de sida”se confie-t-il. “Les réactions ont été un peu dans le même esprit : se protéger, peur de l’autre, peur du rejet, peur d’être stigmatisé. Et regardez, 40 ans après, on n’a toujours pas de vaccin et pourtant on vit”. 

Faire face à la menace d’un virus lorsqu’on lutte contre un autre

Cette épidémie de Covid est venue fragiliser encore davantage ceux qui luttaient déjà contre le virus du sida. Avec le premier confinement, ceux qui étaient soutenus au quotidien par des proches ou des aides à domicile, ont vu les visites s’arrêter… et s’ajouter son lot d’angoisses et de stress.

Les associations d’accompagnement aux personnes touchées par le VIH comme Envie à Montpellier ont vu leur activité croître et ont dû s’adapter : téléphone, visio et quelques visites à domicile pour remplacer les permanences.   

Vers une reprise de l’épidémie de VIH ?

Dans la lutte contre le VIH, les associations de prévention et de dépistage ont été principalement touchées : des permanences fermées ou réduites, un public qui ne se déplace plus.

Les campagnes de dépistage ont pris un retard considérable. “On s’attend à voir des dépistages tardifs”, se préoccupe le président de l’association Envie, Yves Dupont Redondo. “Et donc on est inquiet sur le fait que des personnes aient été contaminées et pas prises en charge.” Car pas de prise en charge, c’est un risque de contamination qui augmente et des soins tardifs pour limiter le développement du virus dans l’organisme.

Augmentation de la séropositivité chez les jeunes

Les moins de 25 ans ont été particulièrement isolés depuis le début de la crise sanitaire. Ils sont nombreux à vivre seuls, et surtout, leurs activités ont été supprimées : suspension des cours en présentiel dans l’enseignement supérieur, interdiction des regroupements ou arrêt des manifestations culturelles par exemple... Autant de lieux où les associations de prévention rencontraient leur jeune public.

Aujourd’hui, et malgré les confinements et couvres-feu, 12% de jeunes déclarent avoir été exposés à un risque de contamination au cours des 12 derniers mois. En 2019, les moins de 25 ans en Occitanie représentaient 15,3% des nouvelles séropositivités, un chiffre qui étaient déjà en hausse depuis 2014.

Une étude de l’Ifop pour le Sidaction met en évidence l’important déficit d’information sur le sujet chez les 15-24 ans pendant la crise sanitaire. Résultats : 67% des jeunes se disent bien informés sur le Sida. C’est le score le plus bas depuis 20 ans.

Seuls 67% des jeunes se disent bien informés sur le Sida selon une étude Ifop réalisée en février 2021
Seuls 67% des jeunes se disent bien informés sur le Sida selon une étude Ifop réalisée en février 2021

Autre fait inquiétant, les idées reçues, les fausses informations liées au virus augmentent. 24% des 15-24 ans pensent que le sida se transmet en embrassant (un chiffre qui augmente de 9 points cette année). 23% d'entre eux s'imaginent pouvoir le contracter en s’asseyant sur un siège de toilettes publiques et 18% en buvant dans le verre d’une personne séropositive.

Les fausses informations liées au VIH ne cessent d'augmenter selon une étude Ifop réalisée en février 2021
Les fausses informations liées au VIH ne cessent d'augmenter selon une étude Ifop réalisée en février 2021

Ce déficit d’information s’explique déjà par la place qu'a pris le coronavirus dans nos vies, dans nos discussions et bien sûr dans nos journaux. Mais c'est aussi lié à une carence dans la prévention des jeunes comme l’explique Yves Dupont Redondo : “On a eu pendant toute une époque des actions de prévention dans des collèges, dans des lycées et c’est quelque chose qui s’est réduit. On voit bien que dans les résultats, on a des jeunes qui pensent que ça ne concerne que les autres, que ce n’est plus un problème, et que finalement si ça venait à se passer, il suffit d’une pilule et tout va bien”.

Un impact sur le suivi médical

L’épidémie de coronavirus a également entraîné un décalage des rendez-vous de suivi dans un premier temps. Heureusement, de nombreux médecins se sont adaptés et proposés ensuite ces rendez-vous en téléconsultation. 

La lutte contre le covid, une opportunité dans la guerre contre le VIH

Depuis le début de la crise du covid, la recherche sur la lutte contre le VIH s’est réduite. Mais les recherches portant sur le coronavirus pourraient servir dans la lutte contre le sida, notamment concernant les traitements. “On voit bien que les pistes de recherche sont à la fois de renforcer l'immunité, et d’attaquer cet élément qui agresse l’organisme, mais aussi de travailler sur un vaccin.”, précise le trésorier du Sidaction.

Toutes ces pistes nous seront utiles et on pourra travailler là-dessus. Ce sera bénéfique pour la lutte contre le VIH mais aussi tous les autres virus.

Le VIH en chiffres en Occitanie

Sur la région Occitanie, 9.211 personnes sont atteintes du VIH, un chiffre réparti de manière égale entre homosexuels et hétérosexuels. 2.000 ignorent leur séropositivité.

Parmi les hétérosexuels, nombreuses sont les femmes issues de parcours migratoires au cours desquels elles ont contracté le VIH, un fait inquiétant : qui met en évidence les viols subit au cours de ces voyages.

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