Coronavirus : Une cure d'austérité pour Amélie-les Bains et le Vallespir

En 2019, près de 28000 personnes ont suivi une cure dans cette station thermale des Pyrénées-Orientales. Combien cette année avec la crise du Covid 19 ? Fermée depuis deux mois, les thermes d'Amélie-les-Bains ne rouvriront pas avant l'été et nul ne sait combien de malades reviendront.

Les Thermes d'Amélie-les-Bains représentent  deux cents emplois directs
Les Thermes d'Amélie-les-Bains représentent deux cents emplois directs © P. Georget/FTV
Parking désespérément vide et portes closes. Les thermes d’Amélie n’assurent plus de soins et ne reçoivent plus de curistes depuis le 16 mars. Et ce jusqu'à nouvel ordre. Sur le site Internet des chaînes thermales du soleil, on avance la date du 13 juillet, mais uniquement comme « date de référence », explique la directrice de l'établissement. Cela ne saurait être une promesse d'ouverture. Jointe par téléphone, Sylvie Espérou-Cousin ne nous en dira pas plus. « Trop de flou pour l'instant ». Elle ne souhaite pas communiquer sur « cette période difficile ».

Difficile pour les Bains, certes, mais également pour une ville, voire pour toute une vallée.
Aucune date d'ouverture fixée
Aucune date d'ouverture fixée © P. Georget/FTV
    
Les Thermes d'Amélie représentent deux cents emplois directs, « huit cents emplois induits également », précise le maire Alexandre Reynal. Pas mal pour une commune dont la population plafonne depuis des années autour de trois mille six cents habitants.
 

   
Les loueurs à la peine

Premiers touchés : les loueurs d'appartement. Mille deux cents logements sont proposés chaque année à la location. Selon le président de l'association des loueurs d'Amélie, cela représente un chiffre d'affaires de près de quinze millions d'euros pour les agences immobilières -elles sont cinq dans la commune- mais aussi pour plus de deux cents loueurs privés.
Les professionnels vont bénéficier d’exonérations de charges et de quelques aides de l’Etat. « C’est très léger, constate François Sitja, propriétaire d’un appart-hôtel à une centaine de mètres des thermes. Ca ne paiera même pas l’électricité et le chauffage. On attend aussi un soutien du département et de la région». «En revanche, les particuliers, eux, n’auront rien », déplore une retraitée qui préfère garder l'anonymat. Les deux appartements qu’elle loue lui ont rapporté douze mille euros de loyers environ l'an passé.
 

Je vais devoir faire attention à tout cette année, ça va être dur, comme pour tous les gens d'Amélie.


Retraitée elle aussi, Monique Merlier loue depuis des années un appartement juste à côté du sien. « On l'a acheté pour nos enfants qui viennent deux fois dans l'année. La location nous permet de payer les charges de la copropriété, les travaux d'entretien et les abonnements, eau, électricité, Internet ». Monique Merlier estime que 2020 sera une « année blanche ».
 
Monique Merlier : 2020 sera une année blanche
Monique Merlier : 2020 sera une année blanche © F. Savineau/FTP

Car si la location s'est arrêtée le 17 mars avec le confinement, rien ne dit qu'elle repartira lorsque la station thermale pourra enfin rouvrir ses portes. Les annulations sont déjà nombreuses pour les réservations de l'automne et même pour certaines du début de l'année prochaine. « J'ai un couple qui vient chaque année en mars depuis sept ans, raconte Céline.
 

Les gens ne sont pas venus cette année et ils m'ont déjà précisé que ce n'était pas la peine que je leur réserve l'appartement pour l'année prochaine.

Une année blanche, c’est ce que craint tout le monde à Amélie.« Tous les jours, j’ai des annulations pour septembre et octobre », confirme le professionnel François Sitja qui estime qu’après une chute de son chiffre d’affaire de 80% au premier semestre, la baisse devrait être encore de 60% au second.
 
Touchés également : les hôteliers et les restaurateurs. Pour l'instant, ils sont logés à la même enseigne que tous leurs confrères français : leurs établissements sont fermés depuis deux mois et ils attendent avec impatience de savoir quand ils auront enfin l’autorisation de rouvrir leurs portes et de faire retravailler leurs employés. Mais pour la suite, ils sont sans doute beaucoup plus inquiets que les autres.


Des curistes frileux


Amélie-les Bains compte une vingtaine de bars-restaurants et une dizaine d’ hôtels qui ne pourront pas compter sur une clientèle locale pour survivre. «Les curistes sont frileux, à juste titre, ils ont peur » constate l’hôtelier Jean Glazère. Les curistes sont en effet le plus souvent des personnes âgées et/ou des malades.
Une population fragile qui ne prendra aucun risque pour sa santé et qui ne se précipitera certainement pas dans les bains de la station thermale, même si celle-ci reprend, comme espéré, son activité cet été. « Des gens m'ont dit que leur médecin leur avait déconseillé de faire une cure dans les conditions actuelles», raconte Cindy Dubois.
 
Notre clientèle est composée à prèsde 80% de curistes
Notre clientèle est composée à prèsde 80% de curistes © P. Georget

Cette gérante de deux hôtels-restaurants est très inquiète pour la suite. Elle et son mari ont fait beaucoup d'investissements ces dernières années et jusqu'au mois de mars, ils étaient confiants. La saison débutait à peine et ils se réjouissaient d'une nette hausse des réservations.
 

Notre clientèle est composée à près de 80% de curistes », explique l’hôtelière avant d’ajouter : Si les thermes ne rouvrent pas cet été, on est mort.


Le plus difficile actuellement pour les habitants d'Amélie est de n'avoir aucune perspective précise. Le déconfinement ne modifiera en rien la donne et l'autorisation de rouvrir pour les hôtels et les restaurants – début juin peut-être – ne suffira pas, de toute façon, à relancer la machine. D’autant que la frontière avec l’Espagne reste fermée et qu’Amélie ne peut donc compter pour l’instant sur les touristes de Catalogne-Sud pour compenser l’absence des curistes. Construite sous l’Antiquité autour des thermes romains, Amélie-les bains ne doit pas seulement son nom aux « aquae calidae » qui jaillissent de son sous-sol, elle lui doit aussi son existence.
Deux mille ans après, la situation, finalement, n’a guère changé : le sort de cette petite ville du Vallespir dépend toujours autant de ses eaux chaudes.
 
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