INTERVIEW. En visite dans les Pyrénées-Orientales, Jean Castex répond aux questions de France 3 Occitanie

Le Premier ministre est l'invité du journal de 19h de France 3 Languedoc-Roussillon. Ce vendredi 22 octobre, Jean Castex est en visite dans les Pyrénées-Orientales, notamment pour assister à la remise en service de la ligne de fret ferroviaire reliant Perpignan à Rungis, le "train des primeurs".

Ce vendredi 22 octobre, le Premier ministre Jean Castex était en visite dans les Pyrénées-Orientales. Après avoir visité le chantier de la passerelle du Têt à Prades, son fief, puis le terminal ferroviaire du Boulou, le Premier ministre a assisté au redémarrage du "train des primeurs" acheminant fruits et légumes de Perpignan à Rungis.
La ligne avait été suspendue à l'été 2019 en raison de sa vétusté et de son manque de rentabilité.

Jean Castex a accordé une interview à France 3 Occitanie. L'occasion d'aborder plusieurs dossiers transports qui intéressent l'Occitanie, comme le train des primeurs, l'autoroute ferroviaire ou encore la ligne TGV entre Montpellier et Perpignan.

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Perpignan - Jean Castex, invité du 19/20 de France 3 Occitanie ©France 3

La remise en route du train des primeurs reprend en douceur et sous perfusion de l'Etat jusqu'en 2024... Cela ressemble à une demi-victoire ?

Jean Castex : C’est une victoire complète, pardon de le dire ! Je fais partie de celles et ceux, élus des Pyrénées-Orientales, qui ont été traumatisés par la fermeture en juillet 2019 de ce train des primeurs. Comment expliquer à l’heure du réchauffement climatique qu’on renvoie vers la route des tonnes de marchandises ? C’est inexplicable, c’est une atteinte au bon sens.

Donc, dès ma nomination comme Premier ministre, je me suis promis – dans un cadre beaucoup plus large qu’est celui de la relance du fret ferroviaire – de rouvrir cette ligne. On a lancé un appel à concurrence, et c’est un ensemble d’offre qui a été lauréat. C’est non seulement le train des primeurs qui redémarre aujourd’hui, mais également une autoroute ferroviaire qui partira du Boulou, et qui ira à Gennevilliers. C’est cet ensemble qui est extrêmement ambitieux, puisqu’il permettra de remettre sur la voie ferrée l’équivalent de 26.000 camions. On peut dire aussi que 25.000 tonnes de CO2 seront économisées pour la planète.

Il y a deux ans, le train des primeurs est mis sur une voie de garage. Le patron de la filiale fret de la SNCF a expliqué que les prix de la route sont imbattables. Seuls les cheminots disaient le contraire. La SNCF a-t-elle vraiment joué le jeu ? 

Ce qui est clair, c’est qu’effectivement, la concurrence n’est pas complètement égale entre le rail et la route. C’est là le rôle de la puissance publique et de la volonté politique : c’est ré-égaliser les conditions de concurrence dès lors que l’intérêt général est en cause. Et l’intérêt général, c’est celui de la protection de l’environnement. Donc, nous avons dégagé des moyens, effectivement, pour subventionner ce train des primeurs. C’est indispensable.

Nous lui donnons jusqu’à 2024 pour se développer. Votre première question disait « c’est un début, on peut mieux faire »… Evidemment qu’on peut mieux faire. Nous lui donnons jusqu’en 2024 également pour trouver son équilibre économique, pour savoir s’il faut que les aides de l’Etat se poursuivent.

En tous cas, la volonté politique et la détermination sont claires. C’est une victoire aussi pour la communauté cheminote. La SNCF, je vous le confirme, a parfaitement joué le jeu, depuis qu’en juillet 2020, avec mon arrivée comme Premier ministre, je lui ai demandé de rouvrir ce train hautement symbolique.

Ce train des primeurs reste tout de même anecdotique comparé aux milliers de camions qui transitent sur l'autoroute A9... D'où l'intérêt de l'autoroute ferroviaire que vous êtes venu présenter à Perpignan et au Boulou. Quand cette autoroute sera-t-elle mise en service ?

Elle sera mise en service au mois de décembre, j’en ai obtenu l’engagement de l’ensemble des opérateurs. Vous avez parfaitement raison, c’est un chantier titanesque qui est devant nous depuis l’an 2000. 45%, c’est la perte de part de marché du fret ferroviaire au profit de la route.

Nous devons impérativement inverser cette tendance. Et le plan de relance, le fameux plan de relance que les Français connaissent bien désormais, et qui produit tous ces effets, le prendra en compte, il prévoit des crédits très importants, inédits en montant, pour réinvestir le fret ferroviaire. Il y aura d’autres projets comme ceux-là qui verront le jour dans les mois et les années à venir.

J’ai signé au Boulou des conventions d’application. Le montant de l’investissement pour le fret ferroviaire, c’est 1 milliard d’euros. C’est à la hauteur des enjeux.

Concernant cette fois un serpent de mer : la LGV nouvelle Montpellier-Perpignan. Un projet à 8 milliards d'euros. Les collectivités locales ont finalement accepté d'en financer 40%, c'est-à-dire plus de 3 milliards d'euros... Comment vont-elles trouver l'argent ?

​​​​​​Je voudrais d’abord saluer le sens des responsabilités des collectivités territoriales. Nous sommes parvenus à un accord, qu’il s’agisse de la ligne Bordeaux-Toulouse ou de la ligne Montpellier-Perpignan. Vous comprenez que je suis attaché aux deux, étant natif du Gers et élu des Pyrénées-Orientales. Là aussi, c’est un symbole majeur, comme le train des primeurs.

Notre région, tous les territoires – je suis le Premier ministre des territoires – méritent d’être desservies et d’être considérées. Evidemment, cela se fait par un accord entre l’Etat et les collectivités territoriales. Donc, pour répondre à votre question, nous allons monter des sociétés de financement. Nous sommes en train de travailler avec les collectivités, à commencer par la région Occitanie, dont je salue publiquement l’engagement. Nous devons montrer à nos concitoyens que nous savons travailler ensemble. Ces sociétés de financement devraient être opérationnelles et organisées pour la loi de finances pour 2022, qui devrait être votée d’ici à la fin de la présente année.

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