Coronavirus : pourquoi l’épidémie est-elle plus virulente en Catalogne qu’en Occitanie?

Hôpital universitaire de Barcelone pendant Covid-19 / © ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP
Hôpital universitaire de Barcelone pendant Covid-19 / © ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Le 4 mai 2020 au soir, la Catalogne comptait 10 682 morts du coronavirus contre 424 en Occitanie. Ces deux régions frontalières vivent une intensité d’épidémie totalement différente. Plusieurs facteurs pourraient expliquer un taux de mortalité plus fort de l’autre côté de la frontière.

Par Céline Llambrich


Selon le ministère catalan de la santé, la province de Catalogne comptait lundi 4 mai au soir 57 900 cas positifs au coronavirus et l’Occitanie 7 055, soit 8 fois moins. Les chiffres les plus durs sont ceux de la mortalité : 10 682 en Catalogne dont 6 153 morts à l’hôpital, alors que l’Occitanie a un bilan de 424 morts en milieu hospitalier (source : ARS Occitanie).
 
Répartition des décès par coronavirus en Catalogne au 4 mai 2020 au soir. / © Services funéraires de Catalogne
Répartition des décès par coronavirus en Catalogne au 4 mai 2020 au soir. / © Services funéraires de Catalogne

Et en Occitanie :

Ces deux régions, liées par un projet de coopération eurorégionale, ont un nombre d’habitants quasi similaire: 7,5 millions pour la Catalogne et près de 6 millions pour l’Occitanie.  Et pourtant, l’épidémie évolue a un rythme bien plus élevé en Catalogne qu’en Occitanie.


Densités de population différentes


Un des premiers facteurs qui expliquerait cet écart pourrait être celui de la densité de la population. Le coronavirus se développerait plus facilement dans les zones où cette densité est plus importante comme en Catalogne.

Alors que l’Occitanie a une superficie de 72 700 km2 (soit plus du double de la Catalogne avec ses 32000 km2), la densité de population y est de 80 hab/km2 contre 300 hab/km2 en Catalogne.

Joan Becat, géographe et professeur à l’université de Perpignan, rappelle que "les deux villes les plus touchées par le coronavirus en Espagne sont Madrid et Barcelone. Mais la densité de population ne suffit pas à expliquer un taux de mortalité élevé."
Un taux de contamination par habitants plus important en Catalogne que dans le reste de l'Espagne, mais aussi que dans d'autres pays face au coronavirus. / © Ministère de la Santé de Catalogne
Un taux de contamination par habitants plus important en Catalogne que dans le reste de l'Espagne, mais aussi que dans d'autres pays face au coronavirus. / © Ministère de la Santé de Catalogne


Les connexions internationales de Barcelone, vecteurs de contamination ?


Dani Prieto-Alhambra, professeur de pharmaco-épidémiologie à l’université d’Oxford, a reconnu le 20 avril dernier, dans une interview accordée au média catalan RAC1, que : 

Nous n’avons pas suffisamment pris en compte les connexions qu’a la Catalogne avec le monde entier.

Le trafic de l'aéroport de Barcelone est celui d’une capitale d’envergure internationale. Même si les compagnies aériennes ont fortement baissé leur activité au mois de mars, les cas définis comme « importés » en Catalogne sont à prendre en compte dans la contagion, même s'ils ne sont pas quantifiables avec précision.
 

Aéroport international de Barcelone pendant Covid-19 / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Aéroport international de Barcelone pendant Covid-19 / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP


Avant les mesures de prévention et de confinement contre le coronavirus, le trafic aérien avec des départs et arrivées du monde entier tous les jours dans la capitale catalane a été identifié comme un facteur aggravant de contagion.

Barcelone est la sixième ville européenne la plus visitée derrière Madrid. Tourisme et activités économiques internationales pourraient donc peser, selon les spécialistes, dans la propagation de la contamination.
 


Date de confinement déterminante


En Occitanie, le 17 mars, date du début du confinement, le nombre de contaminés s’élevait à 313. Un chiffre plutôt faible que pourrait expliquer l'efficacité du confinement.

En Catalogne, le confinement a débuté deux jours avant, le 15 mars et selon le ministère catalan de la Santé, le nombre de contaminés s’élevait à 903 cas. Mais au mois d’avril, le professeur Dani Prieto-Alhembra est revenu sur ces chiffres:


Nous avons comparé la courbe de la grippe saisonnière avec celle des dix dernières années, et au début du mois de février, il y a eu une augmentation  des cas. Nous estimons entre 1 800 et 14 000, le nombre de cas diagnostiqués grippe saisonnière qui étaient au final des cas de Covid-19 !


Le confinement a donc débuté en Catalogne avec un nombre de contaminés déjà important et la propagation a été plus difficile à contenir.
 

Manifestations massives favorables à la propagation du virus ?


Aucun spécialiste n' affirme aujourd’hui que les différentes manifestations rassemblant des milliers de personnes, organisées en Catalogne et en Espagne aux mois de février et de mars, ont favorisé la propagation du virus. Mais aucun d’entre eux n’affirme non plus le contraire. Le sujet est sensible mais les faits sont là.
 

Le parking du Parc des Expositions de Perpignan s'est vite rempli le samedi 29 février pour le meeting de l'indépendantiste catalan Carles Puigdemont. / © FTV
Le parking du Parc des Expositions de Perpignan s'est vite rempli le samedi 29 février pour le meeting de l'indépendantiste catalan Carles Puigdemont. / © FTV


Le 29 février, 100 000 indépendantistes venus de Catalogne Sud se rassemblaient à Perpignan pour le meeting de Carles Puigdemont. Le 8 mars, journée mondiale de la femme, le parti d’extrême droite Vox rassemblait près de 10 000 personnes à Madrid et dénonçait les manifestations féministes. Au même moment, à Barcelone et Madrid, des dizaines de milliers de personnes défilaient dans les rues pour défendre les droits des femmes.

Ce type de rassemblement est aujourd’hui interdit en Espagne et en France jusqu’à nouvel ordre.


Assouplissement du confinement


Le confinement strict en Catalogne et dans toute l’Espagne s’est assoupli le 2 mai avec des heures de sortie à respecter.
Pour protéger les plus âgés, les moins de 70 ans peuvent se promener de 20h à 23h. Les plus de 70 ans sortent de 19h à 20h.

Mais l’épidémiologiste Antoni Plasència prévient qu’il «ne faut pas baisser la garde» et toujours respecter les gestes barrières. Il craint une deuxième vague notamment dans «les centres urbains où la concentration de la population est la plus importante».
 

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