Perpignan : quel avenir pour “Visa pour l'image” si le FN gagne la ville ?

Spectatrice devant une photo d'Eric Bourdet à Visa pour l'image 2013 / © France 3 LR
Spectatrice devant une photo d'Eric Bourdet à Visa pour l'image 2013 / © France 3 LR

A Perpignan, le fondateur du festival de photo-journalisme "Visa pour l'image", Jean-François Leroy,  juge de son "devoir de ne pas se prononcer" avant les résultats du scrutin municipal.

Par Avec AFP


Si Jean-François Leroy "a eu la tentation de faire comme Olivier Py, le directeur du Festival d'Avignon, qui a annoncé qu'en cas de victoire du FN, le festival pourrait partir ailleurs, mais il préfère attendre.

Néanmoins, le fondateur de "Visa" s'interroge sur l'attitude du candidat FN Louis Aliot s'il l'emportait dimanche prochain au second tour des municipales à Perpignan :

"Il me semble évident que les valeurs de M. Aliot et celles que partagent Visa pour l'Image, son public et les photojournalistes qui parcourent le monde pour nous informer, sont pour le moins éloignées. Pourquoi ne pas la poser à M. Aliot ? Quelle serait sa décision s'il était à la tête de la ville ? Souhaiterait-il maintenir un festival comme Visa pour l'image sans le museler et en lui laissant une totale liberté d'expression comme cela a toujours été le cas sous les trois municipalités qui nous avons connues?"











Réponse de Louis Aliot dans un communiqué daté de jeudi après-midi

J’ai lu avec une très grande attention le communiqué du directeur du festival «Visa pour l’image».

J’affirme, je dis et le répète que la diversité et l’offre culturelle sont des atouts pour notre ville et notre région et que je ne compte pas m’immiscer dans les affaires culturelles déjà existantes. Elles ont leurs publics, leurs habitudes, leurs organisations et bénéficient d’une totale liberté d’expression, liberté à laquelle je suis totalement attachée. Il faudra compléter cette offre par d’autres initiatives ou créations.
Je ne vois pas pourquoi je viendrai donner des directives à des professionnels qui font vivre avec réussite la culture à Perpignan. Je ne suis pas dans cet état d’esprit.
Rendre Perpignan plus attractif, plus dynamique et donner à nos jeunes une perspective est notre seule ambition.




Une dizaine de villes pourraient basculer dimanche prochain vers le Front national, de quoi susciter l'inquiétude des milieux culturels qui gardent en mémoire les censures dans les bibliothèques et la suppression brutale des subventions aux associations culturelles opérées en 1995 par les municipalités frontistes.

Le directeur du Festival d'Avignon, Olivier Py, a le premier poussé un cri d'alarme, annonçant qu'en cas de victoire du FN, "le festival d'Avignon pourrait partir pour une autre ville". Un déclaration jugée "indigne" par Marine Le Pen, qui soulignait jeudi sur France Inter que "M. Py n'est pas propriétaire du festival d'Avignon" et "qu'il y aura sûrement des tas d'artistes ravis de prendre sa place à la tête du Festival".

La position d'Olivier Py ne fait pas l'unanimité. Greg Germain, qui dirige le "Off" d'Avignon, prône la résistance. "Devrions-nous, après l'emblématique Cité papale, abandonner Hénin-Beaumont, Perpignan, Béziers, Fréjus,Saint-Gilles? Puis, pourquoi pas, ville par ville, les quartiers mal-votants?" interroge-t-il. "Nous, artistes, devons nous engager à assumer, résolument, le défi que nous poserait l'arrivée du Front National à la mairie d'Avignon".

Les expériences du FN à Toulon, Vitrolles, Marignane et Orange ont montré une "redoutable vision du monde culturel structurée par quelques grandes obsessions", affirme le Syndicat des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac): "attaques contre l'art contemporain, éloge du traditionnalisme, dénonciation des réseaux parisiens et de l'élitisme culturel, rejet du multiculturalisme et défense du patrimoine historique et religieux".

A Toulon, où il a été maire de 1995 à 2001, le FN Jean-Marie Le Chevallier a repris en main la Fête du livre et inauguré en 1996 une "fête de la liberté du livre" faisant une large place aux auteurs du Front national.

A Orange, Jacques Bompard (ex FN, aujourd'hui "Ligue du Sud"), faute d'avoir pu s'imposer à la présidence des Chorégies, prive le festival de subventions pendant deux ans (1996-1997). Aujourd'hui, "les relations se sont normalisées", constate Raymond Duffaut, directeur du festival lyrique. M. Bompard a siégé pour la première fois au Conseil d'administration du festival en février. Il est vrai que les Chorégies sont sur le fil du rasoir avec des subventions inchangées depuis 10 ans, et un "trou" de 600.000 euros.
Jeudi matin, Marine Le Pen assurait que "les Chorégies d'Orange ne se sont jamais aussi bien portées et l'offre culturelle n'a jamais été aussi importante que depuis que le FN a gagné la ville en 1995". Les Chorégies sont l'unique manifestation d'importance de la ville de 30.000 habitants, dont le théâtre municipal propose des conférences sur l'aromathérapie ou la fabrication du pain et des pièces de boulevard. Le maire défend "l'émergence d'une contre-culture populaire" et fustige dans Télérama (12 mars) "le financement public du pipi-caca des spectacles d'Avignon, qui choquent le petit peuple de France et ravissent l'intelligentsia".
L'inspection générale des bibliothèques avait révélé en 1996 le retrait de la bibliothèque municipale d'Orange de livres taxés de "mondialisme" ou d'"atteintes aux bonnes moeurs".

"Je crois que tout ça c'est de la politique d'hier", a déclaré Marine Le Pen jeudi, assurant que "les bibliothèques des villes dirigées par le Front national ne se verront pas expurgées de livres quelconques". "Nous serons extrêmement vigilants", a promis la ministre de la Culture Aurélie Filippetti au Salon du Livre.

 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus