Pyrénées-Orientales : une nouvelle organisation de la police et de la sécurité testée en 2021 à Perpignan

L'objectif du Livre blanc de la sécurité intérieure dévoilé par Gérald Darmanin est une réforme de structure et d'organisation des forces de l'ordre et une meilleure répartition des effectifs sur le territoire. Les Pyrénées-Orientales doivent expérimenter un de ces nouveaux dispositifs en 2021.

L'hôtel de police de Perpignan - archives
L'hôtel de police de Perpignan - archives © France 3 LR
Réformer la police et la gendarmerie, c'est toujours un projet à haut risque pour un gouvernement. Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, souhaite que ce projet de restructuration soit mis en oeuvre en 2022.

D'où l'expérimentation, dès le 1er janvier 2021, d'une "direction départementale de la sécurité unique" qui aura sous ses ordres "la sécurité publique, la police aux frontières et la police judiciaire". Elle se fera dans 3 départements transfrontaliers, le Pas-de-Calais, la Savoie et les Pyrénées-Orientales, avant une généralisation nationale du modèle en 2022.

Le Livre blanc de la sécurité intérieure, un document de 350 pages, est le fruit d'un travail d'un an associant gouvernement, syndicats et grands corps de la police et de la gendarmerie. Il a été initié par le prédécesseur de Gérald Darmanin place Beauvau, Christophe Castaner, et son secrétaire d'Etat de l'époque, Laurent Nunez.

Les syndicats de policiers sont unanimes pour estimer que la publication de ce document très attendu n'est pas la fin du processus, tout en saluant la méthode "très participative" du ministre de l'Intérieur.
Durant le premier semestre 2021, les discussions vont ainsi continuer avec l'objectif de préparer une Loi d'orientation et de programmation de la sécurité intérieure (LOPSI) pour 2022.

Un seul policier "patron" de la sécurité par département

Pour la police, le ministre annonce la création d'une "direction départementale unique dans chaque département".
Elle aura sous ses ordres "la sécurité publique (DDSP), la police aux frontières (PAF) et la police judiciaire (PJ)". Et donc, un directeur départemental à sa tête pour gérer et coordonner les actions et les enquêtes des 3 directions, PAF, DDSP et PJ. Ce sera le cas à Perpignan.
Ce nouveau schéma correspond à l'organisation actuelle de la gendarmerie et est expérimenté aux Antilles, en Guyane et à Mayotte.

Cette organisation sera mise en place et testée dès le début de l'année prochaine dans les Pyrénées-Orientales. Cela durera un an.

790 à 800 policiers nationaux catalans sont concernés.
Environ 385 à la police aux frontières, 380 à la sécurité publique et 30 à la police judiciaire de Perpignan qui est une antenne du SRPJ de Montpellier.
 
Effectifs police nationale dans les Pyrénées-Orientales
 Police aux frontières Sécurité publique Police judiciaire
Gardiens et gradés           300           285          20
Officiers            14           18          10 
Adjoints de sécurité            40           30 
Administratifs            30           30 
Scientifiques            15 

Le département des Pyrénées-Orientales a été choisi pour sa situation géographique, frontalier avec l'Espagne et l'Andorre, sa façade maritime, ses trafics (cigarettes, drogues, alcools, main d'oeuvre saisonnière, argent, produits agricoles, véhicules d'occasion...) et l'immigration en provenance d'Afrique du nord et occidentale sur fond de terrorisme. "Cela va dans le bon sens. Il faudra regarder si c'est efficace au terme de l'expérimentation mais cela va demander du temps", a estimé Fabien Vanhemelryck du syndicat Alliance police.
Au nom du syndicat des commissaires, David Le Bars s'est lui aussi réjoui de cette initiative, persuadé de la "nécessité de réorganiser la police nationale en interne".
"Un seul patron dans le département ? Cela ne changera pas le quotidien des gardiens de la paix mais si cela permet de mieux coordonner et de fluidifier, alors d'accord", a jugé de son côté M. Joron.

Certains craignent néanmoins que selon l'appartenance du directeur à telle ou telle filière, celui-ci privilégie la sienne au détriment des autres. Une vieille rémanence de la guerre des polices !

Une nouvelle répartition territoriale entre policiers et gendarmes ?

Il y a 11 ans, une première réorganisation des compétences entre les deux corps avait suscité des réserves auprès des élus, les uns voulant conserver leur commissariat, les autres leur gendarmerie.
A l'approche des élections départementales et régionales en 2021 et de la présidentielle en 2022, le sujet est donc sensible politiquement.

Cette réforme à venir inquiète aussi au sein des forces de sécurité. Même si policiers et gendarmes s'en défendent, chacun revendique sa supériorité et dénonce par avance une volonté hégémonique de l'autre.

Il est hors de question de toucher à notre modèle, qui voit agir deux forces complémentaires. Mais il y a une mauvaise répartition entre police et gendarmerie sur le plan national.

Gérald Darmanin.

"Il faut sans tabou aller vers une organisation plus efficace", ajoute-t-il, en évoquant la notion de "bassin de délinquance comme ceux autour des transports en commun ou des axes autoroutiers".
Le ministre plaide en outre pour une coopération accrue entre la gendarmerie et la police dans "le maintien de l'ordre", "la police technique et scientifique (PTS) ou le Cyber".

Il écarte en tous cas une fusion des deux forces qui serait, selon lui, "une funeste erreur".

Dans ce contexte délicat, le ministre a prudemment décidé de confier une mission de réflexion sur ce sujet aux trois inspections générales de la police, de la gendarmerie et de l'administration.
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