Sécurité : la carte des points de deal par département suscite beaucoup de questions

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Répertorier les lieux réguliers de trafic de drogue. Et inciter la population à signaler les dealers sur une plateforme internet. C’est le projet de Gérald Darmanin. Un projet qui interroge chez les policiers et la Ligue des Droits de l’Homme.

3952 : c'est le nombre de points de deal selon une carte établie par les services de la place Beauvau et publiée ce week-end par nos confrères du Parisien. Ces lieux de trafic ont été répértoriés cet été par les policiers et gendarmes. Le ministère appelle points de deal des "supermarchés de la drogue" : c’est à dire des points de vente quotidiens, sur la voie publique, avec présence permanente des dealers. Ces lieux de trafic se trouvent surtout dans le nord de la France, la région parisienne, autour de Lyon et Marseille.

La Haute-Garonne devant l'Hérault et le Gard

En Occitanie, un département  est particulièrement concerné : la Haute Garonne. Elle compterait entre 75 et 100 points de trafic régulier. Pour l’Hérault, ce serait entre 50 et 75 et pour le Gard, entre 25 et 50.

"Ces fourchettes sont très larges, déplore Yann Bastière, représentant syndical SGP-Police FO. Et ces chiffres sujets à beaucoup d'interprétation. On aurait pu les affiner.

Nos collègues des stups savent où sont les lieux de trafic. En fait, on ne va pas découvrir grand chose !

  Yann Bastière, représentant syndical Unité SGP Police-FO

Dans la région, un seul département n'aurait aucun point régulier : la Lozère. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de trafic de drogue, mais la vente se ferait plutôt à la sauvette ou de "bouche-à-oreille".

Une plateforme pour faire la chasse aux dealers

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, promet de donner le nombre de points démentelés chaque mois. Il veut aussi créer une plateforme internet dès 2021 pour “permettre aux habitants de signaler les nouveaux points de deal ou les déménagements des dealers, après une opération de police".

"OK, mais on fait quoi après ?"

Ces annonces interrogent côté policiers. Certains y voient le volonté de faire une politique de chiffres, sans donner véritablement les moyens de la lutte. Si pour l'heure le syndicat Alliance ne veut pas commenter ces annonces, chez SGP, on dit "OK pour la plateforme, la population a sa place dans le dispositif de sécurité. Cela peut éviter aux habitants de devoir se déplacer au commissariat. Mais après, on fait quoi ? On traite ça comment, avec quels moyens ?" 

La nature a horreur du vide

Actuellement, à la sureté départementale de l'Hérault, il n'y a qu'une dizaine de fonctionnaires pour remplir cette mission de lutte selon Yann Bastière. "Et demain, quand le dispositif sera lancé, ils seront toujours dix. Si les citoyens se mobilisent, il faut apporter une réponse. Policière et judiciaire. Sinon, nous ne ferons que déplacer le problème sans traiter le fond. La nature a horreur du vide. Les dealers bougeront de quelques mètres."

Acte citoyen ou délation ? 

Cette participation de la population questionne et inquiète aussi la Ligue des Droits de l'Homme. Pour son délégué LR Alain Doudiès, cette contribution pourrait être litigieuse. "C'est une forme de délation qui peut aboutir à des représailles." Sans nier la problématique du trafic de drogue "qui pourrit la vie de certains quartiers", la LDH sera vigilante et passera au crible ce nouveau projet du ministre de l'Intérieur s'il voit le jour.  Gérarld Darmanin en a fait l'une de ses résolutions pour 2021.