Montauban : une étude prouve que les pesticides sont néfastes pour les habitants voisins des exploitations agricoles

 Les produits phytosanitaires sont manipulés par les agriculteurs avec précautions, mais ils impactent la santé de leurs voisins. / © maxppp
Les produits phytosanitaires sont manipulés par les agriculteurs avec précautions, mais ils impactent la santé de leurs voisins. / © maxppp

Une étude réalisée en 2018 dans le Tarn-et-Garonne, par France Nature Environnement (FNE) apporte des arguments chiffrés dans le débat : oui les produits phytosanitaires utilisés dans l'agriculture ont des effets néfastes sur la santé des habitants voisins. Risque numéro un : les cancers.

Par Yann-Olivier d'Amontloir

A l'heure où le débat fait rage sur le sujet de la distance minimum entre les terres agricoles traitées aux pesticides et les habitations du voisinage, on reparle d'une étude rendue publique en mai dernier et réalisée en 2018 par France Nature Environnement (FNE) dans le département du Tarn-et-Garonne.

Menée pendant 6 mois auprès de plus de 1000 personnes et leurs familles, dans deux villages de la périphérie de Montauban, cette étude de FNE s'est centrée sur l'arboriculture, utilisatrice importante de produits phytosanitaires.
Les pathologies considérées comme pouvant être causées par la présence de ces produits ont été réparties en 4 groupes :
  • cancers
  • hémopathies malignes
  • pathologies neurologiques
  • et pathologies endocriniennes
Le premier chiffre le plus frappant, c'est la fréquence brute des cancers : ils touchent 15% de la population interrogée, alors que la moyenne en France est de 6%.

Les cancers émergent en milieu rural

Si l'on met à part les cancers colorectaux, de la prostate, du sein et des poumons, dont la fréquence reste proche de la moyenne nationale, la surprise vient des "cancers émergents" : tumeur cérébrale, cutanée, de la thyroïde, du rein, des ovaires et surtout les cancers des ganglions (lymphome) et du sang (leucémie et myélome).
Toutes ces maladies sont habituellement beaucoup moins vues en milieu semi-rural qu'urbain.
Les pathologies neurologiques frappent aux deux âges extrêmes de la vie : troubles autistiques et comportementaux chez les enfants, maladies de Parkinson et surtout d'Alzheimer chez les personnes âgées.
Enfin les pathologies endocriniennes sont dominées par les cancers de la thyroïde et surtout par des dysfonctionnements thyroïdiens (hypothyroïdie, nodules bénins) ainsi que des pubertés précoces.
L'utilisation des pesticides à proximité des habitations a provoqué débat et manifestations ces derniers mois. / © MaxPPP
L'utilisation des pesticides à proximité des habitations a provoqué débat et manifestations ces derniers mois. / © MaxPPP

Au total l’incidence des différentes pathologies s’établit à 31,8 % :
  • cancers 14,5%
  • maladies du sang 2,7%
  • maladies neurologiques 4,4%
  • pathologies endocriniennes 8 %
  • et autres 2.2%
Cette étude statistique a aussi dégagé des profils de population qui sont particulièrement exposés aux pesticides de par leur statut de riverains :
  • selon la durée de l’exposition (moins de 25 ans et plus de 25 ans)
  • et selon la proximité des vergers (moins de 200 mètres et plus de 200 mètres)
L'intérêt de ces données réside dans le fait que, jusque là, on ne s'était intéressé qu'aux utilisateurs eux-mêmes de ces produits, les agriculteurs et non leurs voisins les plus proches.
Les arbres fruitiers sont de gros consommateurs de produits phytosanitaires. / © MaxPPP
Les arbres fruitiers sont de gros consommateurs de produits phytosanitaires. / © MaxPPP

Il ne faut pas oublier également de rapprocher les effets néfastes des produits phytosanitaires avec l’exposition à la pollution atmosphérique, l’utilisation des antibiotiques (vétérinaires notamment) et d'autres nombreux facteurs (alimentation, stress…).
 

Mesures préventives préconisées par l'étude

  • Mieux évaluer la toxicité des produits phytosanitaires.
  • Mieux réglementer et contrôler leurs usages en favorisant, a priori, les moins impactants.
  • Réviser les conditions d’autorisation de mise sur le marché (AMM).
  • Encadrer pour mieux former les utilisateurs.
  • Combattre l’habitat linéaire et dispersé.
  • Prévenir les riverains, population que l'on peut désormais considérer comme très fragilisée.

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