Une grande rétrospective Toulouse-Lautrec au Grand Palais à Paris

L'exposition ouvre ses portes au Grand Palais à Paris, le 9 octobre 2019. / © Ian Langsdon/MaxPPP
L'exposition ouvre ses portes au Grand Palais à Paris, le 9 octobre 2019. / © Ian Langsdon/MaxPPP

Du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020, le peintre albigeois Toulouse-Lautrec est à l'honneur au Grand Palais, à Paris. Une grande rétrospective, qui ne "limite" pas l'artiste au "folklore montmartrois" qu'il a souvent peint.

Par Marie Martin (avec AFP)

Cela fait 27 ans qu'une rétrospective n'avait pas été consacrée en France à l'oeuvre d'Henri de Toulouse-Lautrec.

Mercredi 9 octobre 2019 s'ouvre au Grand Palais à Paris une grande exposition consacrée au peintre tarnais. Pas moins de 200 oeuvres sont à (re-)découvrir jusqu'en janvier 2020. Et pas seulement les plus connues, autour de Montmartre et de sa "faune" (danseuses, chanteurs, clients de cabarets...).

Portraitiste de génie  

Aristocrate albigeois né en 1864, Henri de Toulouse-Lautrec souffre d'une infirmité (pycnodysostose) qui l'empêche de grandir (il mesure 1,52 m). Cet handicap le prive d'une vie "conventionnelle" mais c'est peut-être ce qui lui permet de vivre pleinement sa passion, la peinture, dans le Paris fin de siècle, nocturne et encanaillé. Il s'éloigne de sa famille.
    
Formé à la peinture naturaliste dans l'atelier de Fernand Cormon à Montmartre, il s'en éloigne rapidement, et s'intéresse de près aux intérieurs et lieux clos. Il croque les protagonistes de "la vie moderne", via des portraits, genre majeur dans son oeuvre, qui laisse éclater son talent de dessinateur.
    
Installé à Montmartre, il découvre cabarets, théâtres et cafés, dont il célèbre les atmosphères et les vedettes comme La Goulue qui va figurer parmi ses modèles préférés, ainsi que Jane Avril et Yvette Guilbert, représentée dans des dessins au trait épuré mettant en valeur ses longs gants noirs.
 

Des affiches comme des tableaux

Anticonformiste, Toulouse-Lautrec ne dédaigne pas les propositions qui lui parviennent de faire des affiches pour les cabarets et les cafés-concerts. Il devient ainsi un des affichistes les plus célèbres de son temps, admiré ensuite par des artistes peintres comme Pablo Picasso. Il en fera au total une trentaine et va les exposer "comme un tableau", y voyant "un substitut à la grande peinture". 
    
L'avantage est qu'il est exposé dans la rue. Une "vitrine" qui convient bien à cet homme soucieux de "coller" à son époque et à la grande culture visuelle (à la peinture notamment espagnole, s'ajoutent la photographie et le cinéma naissant). Henri de Toulouse-Lautrec ne dédaigne ni les milieux ni les arts populaires.
    
Parmi ses affiches les plus célèbres, figure celle du Moulin Rouge avec la Goulue (1891), qui apparaît la jambe en l'air, dansant "le chahut".

Ce qui frappe le contemporain, c'est la force plastique de ces images, avec les aplats de couleurs (les globes de lumière jaune notamment) et les ombres chinoises

Via les affiches, l'artiste exprimera également son goût pour les scènes de la vie moderne, du vélo à l'automobile. Il créa ainsi en 1896 une affiche publicitaire pour la Chaîne Simpson, avec une scène de vélodrome. 
 
© Ian Langsdon/MaxPPP
© Ian Langsdon/MaxPPP

Dans l'intimité des femmes 

Mais Toulouse-Lautrec n'est pas seulement "le peintre du bordel (qu'il fréquente assidûment et où il dit trouver des filles à sa taille), il n'est pas scabreux", souligne Stéphane Guégan, co-commissaire de l'exposition. Mieux, il rentre dans l'intimité de ces femmes et montre de touchants portraits, loin de la scène, dans le secret des chambres voire des lits. Son ambition est de montrer cette microsociété féminine comme avec la suite "Elles" (1896), onze lithographies en couleur évoquant les prostituées aux différentes heures du jour, qui connaîtront un succès limité auprès d'un public habitué à des évocations plus érotiques.
    
Dans ses tableaux comme le fameux "Au salon de la rue des Moulins" (1894), on voit des femmes souriantes, alanguies, parfois à l'allure souveraine, "un peu à la "Olympia" de Manet", souligne le spécialiste. Si l'on devine une femme se déshabillant à droite du tableau (pour une visite médicale ?), la seule trace d'érotisme réside dans le carré de peau apparaissant entre les bas et la combinaison de la prostituée, au centre.

Une fin prématurée

Henri de Toulouse-Lautrec a brûlé la vie par tous les bouts. Ses abus finissent par altérer son état de santé. A la demande de ses parents, il est interné à Neuilly en 1899. Il en ressortira mais mourra deux ans plus tard de la syphilis et de l'alcool. Il n'a alors que 37 ans.

Après sa mort, son ami et protecteur Maurice Joyant, entreprend de mettre en valeur son œuvre avec l'accord de la mère de l'artiste, la comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec. Ils donnent les fonds nécessaires pour qu’un musée soit créé à Albi, ville où naquit l'artiste, et offrent leur superbe collection de tableaux. Le musée Toulouse-Lautrec se trouve toujours  au palais de la Berbie, l'ancien palais épiscopal d'Albi, dans le Tarn. 

Une oeuvre immense et reconnue

Toulouse-Lautrec laisse une œuvre immense :737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies (y compris les affiches) et près de 5 000 dessins.

Artiste mondialement reconnu, ses oeuvres atteignent une grande valeur : son tableau « L’abandon » a été vendu 6,2 millions de livres à Londres, chez Sotheby’s le 4 février 2009.

On peut admirer des tableaux de l'artiste albigeois dans de nombreux musées du monde entier, parmi lesquels le musée d'Orsay à Paris, le MET (metropolitan museum of art) de New-York, la Tate Modern de Londres, l'institut d'art de Chicago ou encore... la fondation Bemberg de Toulouse, qui détient "Le maître d'équipage", une petite huile sur panneau datant de 1882 qui montre un cavalier en tenue de chasse sur son cheval, un des thèmes de prédilection de Lautrec qui en aura fait le sujet de nombreuses oeuvres de jeunesse. 

 

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