Patrimoine. La maison de Jean Jaurès, oubliée pendant des décennies, sur le point de renaître

Une maison dans le département du Tarn a occupé une place centrale dans le vie de Jean Jaurès. Mais elle est laissée à l'abandon depuis des décennies. Des élus locaux veulent faire sortir de l'oubli ce patrimoine historique.

Les deux bâtisses sont labellisées "bâtiment historique". La maison natale de Jean Jaurès, située au centre-ville de Castres (Tarn), et le domaine familial dans lequel le tribun a passé sa jeunesse - la Fidéal - bénéficient d'une reconnaissance. En revanche "Bessoulet" a glissé dans l'oubli et l'abandon. La propriété est un "haut lieu" jauressien, berceau d'écrits (tribunes et livres), de rencontres politiques et de moments de vie. Mais, après avoir été transformé en colonie de vacances, le site s'est refermé derrière des volets clos et un parc en friche.

Un patrimoine délaissé

En bordure d'une route départementale, la seule trace visible se réduit à un portail rouillé. Il faut avoir le coup d'œil et être un habitant du coin pour s'arrêter devant la bâtisse à la façade blanche. Situé à une dizaine de kilomètres d'Albi, en bordure de la commune de Villefranche d'Albigeois, le domaine passe totalement inaperçu. 

Et, pourtant, il appartient au patrimoine historique. Entre ces murs et dans la châtaigneraie, un des "monuments" du XXe siècle a reçu, écrit et vécu. Bessoulet a été la résidence de Jean Jaurès.

Le député socialiste, "Panthéonisé" en novembre 1924, a trouvé en ce coin de campagne tarnaise son "refuge". Entre ses déplacements toulousains, parisiens et albigeois, de 1886 à 1914, Jean Jaurès laissera toujours une place et du temps pour Bessoulet. 

La vie de l'homme politique est étroitement liée à ce domaine acheté par la famille de sa femme. Sa mort aussi. C'est à Bessoulet que la femme de Jean Jaurès apprendra l'assassinat de son mari.

Un lieu transformé en colonie de vacances

Mais, avant le drame, il y a eu des heures et des journées passées, notamment dans le bureau du rez-de-chaussée. Une pièce dessinée par Jaurès et dans laquelle il rédigeait, face aux arbres du parc, les "éditos" du journal pour lequel il tenait la plume, La Dépêche du Midi. Son livre, "L'armée Nouvelle" serait également sorti de ce bureau aux larges fenêtres.

Dans les années 50, la fille de Jean Jaurès, Madeleine, cède le domaine. À partir de 1970, il deviendra une colonie de vacances. L'héritière du député du Tarn précisera, lors de la vente, qu'elle souhaite la création d'un musée. Il ne verra jamais le jour.

Pendant des décennies, le bâtiment, devenu propriété du département du Tarn, servira de centre de loisirs. Au premier étage, celui des chambres des parents Jaurès et de leurs deux enfants, des batteries de lavabos et de la moquette sur les murs vont remplacer le mobilier familial. 

Dans les années 80, un logement de fonction va être créé pour héberger un...gendarme. Conscient de la valeur symbolique du lieu, François Mitterrand, alors président de la République, va faire "garder" Bessoulet.

Le temps va ensuite faire son œuvre. Des générations de têtes blondes ou brunes ne vont plus profiter des charmes de Bessoulet. La colonie de vacances disparaît et le bâtiment va se refermer sur lui-même. Portes et volets sont "claquemurés".  Une tempête décapite une partie du parc. Portes et volets. Mais des élus veulent faire revivre les lieux.

Le début du commencement d'une renaissance 

Depuis l'été 2023, Bessoulet se réveille un peu de son très long sommeil. Un coup de tondeuse a redonné un coup de frais au parc. Mais, surtout, des travaux de rénovation ont été entrepris. Le rez-de-chaussée a été rénové. La salle à manger et le bureau de Jean Jaurès ont retrouvé leur "jeunesse".

Il reste encore beaucoup de travail. En plein milieu du couloir qui relie les deux pièces, "trône encore les reliques de l'ancienne colonie de vacances : une cuisine style restauration collective, friteuse comprise.

Venue d'un président de la République

Le chantier a été financé par la commune de Villefranche-d'Albigeois. Une commune qui bénéficie de l'usufruit de Bessoulet. L'enveloppe était modeste. Aux alentours de 5000 euros. Mais c'est déjà beaucoup pour le budget municipal. D'ailleurs, il a fallu convaincre certains élus que l'argent n'était pas jeté par "les fenêtres". 

Aussi, avec les collectivités de Carmaux et de Saint-Benoît-de-Carmaux (propriétaires des lieux), le maire de Villefranche, Bruno Bousquet, cherche du financement. Un dossier a été déposé, en février dernier, pour obtenir le label "Maison des illustres". Le dossier est toujours sur le bureau du ministère de la Culture.

L'idée est de faire renaître Bessoulet autour d'un "musée vivant" mais aussi un lieu d'échange et de débat. Ce mardi 19 septembre, Bruno Bousquet a rencontré François Hollande. L'ancien président socialiste n'a pas caché son intérêt pour le projet. Il pourrait d'ailleurs se déplacer prochainement pour visiter les lieux. 

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