Tarn : divisions politiques et nouvelles élections municipales au pays de Jaurès à Carmaux

Les habitants de Carmaux devront retourner aux urnes début octobre pour les Municipales. Lâché par une majorité de ses élus, le maire actuel Jean-Louis Bousquet a provoqué ces élections avec la démission le jeudi 22 juillet, de 3 adjoints et 5 conseillers municipaux qui lui sont restés fidèles.
Carmaux (Tarn) - la mairie - archives.
Carmaux (Tarn) - la mairie - archives. © Google view

Le 3 juillet 2020, Jean-Louis Bousquet est élu maire de Carmaux. La liste "Convergences citoyennes" dispose d'une très large majorité. Quelques mois plus tard, c'est règlement de compte à OK Corral.

Jean-Louis Bousquet lâché par sa majorité

Lorsque cet ancien professeur de 66 ans prend la mairie de Carmaux, c'est un véritable séisme politique : la ville de Jaurès n'avait connu que des maires socialistes depuis 128 ans !
Novice en politique, il conduit une liste plutôt à gauche mais avec des gens de droite également. Son discours d'intronisation se veut consensuel et rassurant après une campagne électorale assez dure contre son adversaire principal : l'ancien maire Alain Espié. En fait, les différentes listes voulaient toutes faire tomber l'ancien maire après 12 ans de mandat. Mission accomplie.

Très rapidement, des dissensions apparaissent au sein du groupe majoritaire (23 élus sur 29). "Depuis plus d'un an, ce ne sont que quolibets et bisbilles entre eux et c’est bien dommage, confie l'ancien maire PS Alain Espié. Nous sommes restés ébahis devant autant de violences verbales et parfois physiques. On n’a pas vraiment su ce qu’il y avait, pourquoi ils en étaient arrivés jusque là." .

Jean-Louis Bousquet élu maire de Carmaux
Jean-Louis Bousquet élu maire de Carmaux © FTV

Selon Jean-Louis Bousquet, "ils sont venus me chercher, je les ai aidés et ils m'ont trahi.Une fois la victoire remportée, certains pensaient déjà à prendre ma place. C’est une trahison. Je ne l'ai pas vue venir car il y avait énormément de travail. Je l’ai subie mais c'est surtout les Carmausins. La ville n’avait pas besoin de ça. Les gens se sont démasqués par la suite. C’est monté crescendo avec violence et haine dans leur action. Je n’ai pas cédé. Je ne voulais pas quitter mon poste comme ça.".

Organisation du temps de travail des agents, prix de la cantine, installation d'un city parc, les élus de la majorité bloquent les projets. Le 8 avril dernier, le budget primitif est rejeté. Le budget est finalement voté le 17 avril 2021, évitant ainsi une mise sous tutelle de l'Etat. Le mal est fait : 14 dissidents de la liste du maire (23 élus) créent leur propre groupe, en rupture définitive avec le maire. Ils sont désormais majoritaires. Jean-Louis Bousquet n'a donc plus de majorité.

8 démissions tactiques de la majorité devenue minoritaire

Le 22 juillet, le maire et ce qu'il lui reste d'élus fidèles annoncent la démission de huit d’entre eux dont 3 adjoints. "J'étais conscient depuis le début qu'il fallait repasser par des élections. Pour arriver à ces élections, j'ai dû mettre en place une stratégie qui me permet d'y arriver aujourd'hui tout en préservant les intérêts de la ville. On a déclenché des démissions qui vont nous permettre de créer la situation de nouvelles élections" déclare-t-il alors à France 3 Tarn.

Le nouveau groupe majoritaire crie à la manœuvre politicienne mais le 20 août 2021, la préfecture du Tarn décide de procéder à de nouvelles élections avec 29 conseillers municipaux à élire.
Elles se dérouleront les 3 et 10 octobre prochains. Les candidatures devront être déposées à la préfecture avant la mi-septembre. En attendant, le maire et 2 adjoints administrent la ville.

Coups de Grisou et luttes politiques au pays de Jaurès ?

La préfecture a tranché en convoquant de nouvelles élections mais le groupe majoritaire qui a repris l'appellation "Convergences citoyennes" n'était pas d'accord. Les élus dissidents demandaient la démission du maire pour poursuivre le mandat sans nouvelles élections. Ils vont donc constituer une liste, à partir des 14 voire même 16 anciens colistiers du maire en juin 2020.

Jean-Louis Bousquet veut retrouver son siège et une majorité. "Je ne considère pas avoir perdu toutes ces personnes mais j’ai beaucoup gagné dans cette histoire. Je veux poursuivre sur le même programme avec une nouvelle équipe, toujours sans étiquette politique. Mon équipe est quasi constituée." Certaines rumeurs font état d'un rapprochement avec le parti présidentiel LaRem. "Je n'ai pas approché LaRem mais des gens de ce parti qui étaient sur la liste de Monsieur Fouillade m’ont sollicité pour me rejoindre. Je suis confiant pour la suite car les Carmausins ont bien vu les comportements de chacun. Surtout, je me suis engagé sur un programme et je veux le mettre en place.".

Vers qui iront les votes des Carmausins ? Et la gauche dans cette bataille ?

Le PS a officiellement investi François Bouyssié. Il figurait sur la liste d'Alain Espié lors des dernières élections. Dans un communiqué, il écrit que : "il est indispensable de proposer une alternance attendue de tous, dans la sérénité et le rassemblement de toutes les forces de la gauche autour d'un projet qui fasse connaître notre ville pour ses atouts et non plus pour ses faiblesses."

L'ancien maire PS de Carmaux (Tarn), Alain Espié (au centre de la photo) lors d'une quadrangulaire au second tour.
L'ancien maire PS de Carmaux (Tarn), Alain Espié (au centre de la photo) lors d'une quadrangulaire au second tour. © Robin Doreau - FTV

Quant à Alain Espié, il pourrait bien à son tour monter une liste ! Joint par téléphone par France 3, il s'interroge encore sur sa candidature mais la tendance est plutôt à y aller. "Les choses s’engagent bien avec des gens qui ont envie de faire des choses et qui ne sont pas belliqueux. Je n'aurais évidemment pas l'étiquette PS mais ce serait une liste Divers Gauche avec des socialistes, des communistes, des écologistes -mais certainement pas ceux de l'écologie punitive!- et des gens de bonne volonté pas forcément engagés.".

L'ancien maire a pris du recul par rapport au PS. Il n'a pas participé à l'investiture du candidat qui sera donc François Bouyssié. Il est persuadé que le contexte a changé et que les dernières élections étaient vraiment particulières.

Décidément, le bassin minier endormi de Carmaux pourrait réserver encore quelques coups de grisou.

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