TEMOIGNAGE. Le personnel d'un Ehpad du Tarn durement éprouvé après la mort de 23 résidents à la veille de Noël

A l’EHPAD Louise Anceau d’Albi dans le Tarn, 23 résidents sont décédés du coronavirus en une semaine juste avant Noël. Un traumatisme pour les familles mais aussi pour les personnels et la direction. Eprouvés et marqués à vie par cet épisode de crise sanitaire hors-norme.

Le directeur de l'EHPAD Louise Anceau d'Albi, Vincent Ronca avec  Audrey et Lucie, deux aides-soignantes.
Le directeur de l'EHPAD Louise Anceau d'Albi, Vincent Ronca avec Audrey et Lucie, deux aides-soignantes. © TFV

Vincent Ronca, le directeur de l’EHPAD (Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) Louise Anceau d’Albi, avait pris ses fonctions en novembre 2020, un mois avant ce dramatique épisode. Il témoigne de la violence avec laquelle le virus est entré dans l’établissement et comment il a dû affronter avec ses équipes l’épidémie et le décès fulgurant de 23 résidents ; soit un résident sur 4 avec 68 personnes âgées et 25 salariés contaminés. Un drame qui est encore dans tous les esprits au sein de l’établissement.

23 résidents décédés, un traumatisme pour l’ensemble du personnel

Depuis mars 2020, l’ensemble du personnel vivait sous tension en raison de l’épidémie de coronavirus et des mesures de protection mises en place pour y faire face. Malgré toutes les précautions, le virus est entré fin décembre 2020 dans l’établissement emportant avec lui 23 résidents. Une situation de crise sanitaire inédite pour le directeur de l’établissement, Vincent Ronca. 

"Lorsque le virus a fini par entrer dans l’établissement on avait des équipes fatiguées. Quelques soient les difficultés on a tout fait pour rester auprès de nos résidents avec un effectif réduit puisque certains de nos salariés étaient touchés par la Covid", explique le directeur Vincent Ronca.

Cela m’a beaucoup touché, de voir la souffrance des salariés d’une part et celle des familles d’autre part qui se retrouvaient démunis de surcroît en période de fêtes. Mon rôle a été de rassurer les résidents, les familles, les salariés tout en prenant des décisions pour garder une activité dans l’établissement, cela a été très éprouvant. On comprend la souffrance des familles qui n’étaient pas auprès de leurs parents comme ils l'auraient voulu mais nous on était là, on a essayé de faire au mieux.

Audrey et Lucie sont aides-soignantes au sein de l’établissement. Même si elles restent sur le pont, vigilantes et proches des résidents, elles ont vécu un réel traumatisme.

 "On avait l’impression d’être à la guerre", raconte Audrey.

C’était très difficile mais nous sommes restés soudés nous n’avions pas le droit de lâcher nos résidents. Le plus dur pour moi a été de mettre les résidents dans des sacs blancs.

Lucie exprime un sentiment de frustration face aux décès des résidents :

C'est quelque chose qui nous a marqué et que l’on aura toujours en tête. On a accompagné certains résidents jusqu’au bout en les mettant dans leur cercueil alors que ce n’est pas dans nos pratiques, on s’est substitué aux familles, cela a été très éprouvant.

Sympathiser avec un résident et le voir partir quelques jours après cela a été très difficile à vivre, rajoute Vincent Ronca

 En tant que directeur on cherche un équilibre, préserver la santé de chaque acteur de la collectivité et l’éthique que l’on peut accorder aux familles et résidents dans ces circonstances. Aujourd’hui nous n'avons pas de réponse parfaite dans aucun cas. C’est désolant de ne pas accorder aux familles leurs présences aux côtés de leur proche, nous l’avons fait chaque fois que cela était possible en prenant les précautions d’hygiène mais parfois le décès des personnes a été fulgurant et nous n’avons pas eu le temps de prévenir les familles.

Devoir de mémoire et cellule psychologique

Lors de l’épidémie de coronavirus avant les fêtes de fin d’année, le personnel manquant n’a pas été remplacé, "nous avons sollicité les aides à l’extérieur mais tout le monde était pris de court donc on a fait avec les moyens du bord. Après la crise en janvier, nous avons eu de nombreux soutiens, une cellule psychologique s’est déplacée dans notre EHPAD pour aider les salariés fortement choqués par ce qu’ils avaient vécu", décrit le directeur.

Un traumatisme d’autant plus difficile à vivre que les décès ont été fulgurants, la propagation du virus a pris de court l’ensemble de la structure. "L’équipe sort de cette épreuve soudée mais très éprouvée par la perte de ces résidents dont ils étaient proches".

 Ça été très important d’organiser début janvier un moment de recueillement pour les salariés. Des salariés qui ont accompagné des résidents pendant plusieurs années dont ils étaient très proches physiquement et moralement. Nous avons effectué une séance de diaporama qui a remémoré les instants de vie des 23 résidents qui nous ont quitté, se souvenir d’eux c'était important car le personnel n’a pas eu le temps de se recueillir.

Des blessures et des leçons de vie

"Le plus dur c’est tous les jours", explique Vincent Ronca. "Cela a été difficile d’affronter la crise, 23 décès en peu de temps et c’est difficile aujourd’hui de considérer que cette crise est dans le passé, on y pense toujours".

Quand on passe dans les étages et que l’on voit des portes de chambres fermées, ce n'est pas facile à vivre encore aujourd’hui.

Vincent reste admiratif de son personnel, toujours mobilisé malgré la fatigue et les épreuves, "des salariés dévoués, j’ai été surpris de ce qu’ils ont pu faire sur le plan humain, toujours très attentifs aux besoins des résidents".

Le directeur est bien conscient du risque de contamination qui pèse toujours sur son établissement. Un drame dont il a tiré les premières leçons :

Le virus est très contagieux, ça peut aller très vite, il ne faut jamais baisser la garde même en prenant toutes les précautions. On attend avec impatience la vaccination qui aura bientôt lieu, cela nous donnera une certaine garantie de santé pour chaque résident.

Témoignages recueillis par Hélène Jacques et Matthieu Chouvellon

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