Toulouse : polémique entre la préfecture et les syndicats de police après le meurtre d'un homme dans un bar de nuit à Arnaud Bernard

Un homme d'une 30aine d'années tué par arme à feu samedi matin dans le quartier Arnaud Bernard au Reggae Pub au sein de la communauté antillaise de Toulouse et l'agression à coups de couteau d'un autre homme provoquent la polémique entre la préfecture et les syndicats de police.

© Christine Ravier/France 3 Midi-Pyrénées
Un homme d'une trentaine d'années, originaire des Abymes en Guadeloupe, a été abattu samedi matin d'au moins trois balles vers 6 heures 30 à Toulouse, rue des Trois-Piliers, dans le quartier Arnaud Bernard dans l'établissement de nuit Le Reggae Pub.

Un différend entre deux hommes d'origine antillaise, à propos d'une jeune femme, aurait éclaté, selon les enquêteurs qui privilégient la piste passionnelle. L'un des deux protagonistes aurait alors sorti une arme de poing et aurait tiré devant plusieurs témoins une première fois sur son rival avant que ce dernier se réfugie derrière le bar où il aurait de nouveau essuyé plusieurs coups de feu. Le meurtrier présumé, lui aussi d'origine antillaise, a aussitôt pris la fuite. Il n'avait toutefois pas été formellement identifié samedi en fin d'après-midi.

Les pompiers de Toulouse, rapidement sur place, ne sont pas parvenus à réanimer la victime, qui est morte sur place.

Dans le même créneau horaire, deux rues plus loin, un groupe de plusieurs consommateurs du bar Le Reggae Pub, s'en est pris à un autre individu, lui aussi d'origine antillaise, et qui était présent peu de temps auparavant dans la discothèque. Les agresseurs, qui n'auraient pas été identifiés, l'ont grièvement blessé à coup de couteau. La victime a été transporté à l'hôpital où son état de santé n'a pas permis son audition.

Le Service Régional de la Police Judiciaire a été saisi des deux affaires qui paraissent être liées.

Depuis moins de 3 semaines, c'est la troisième fois qu'un homme est tué par arme à feu à Toulouse. Le 14 juin, Miloud Kherroubi, surnommé "le parrain d'Arnaud Bernard" et figure du raï avait été exécuté dans un bar du faubourg Bonnefoy par un commando d'hommes cagoulés. Le 21 juin, dans le quartier Bellefontaine, un homme de 32 ans, russe d'origine tchétchène, avait été tué par balle et un autre blessé par des individus qui avaient pris la fuite en scooter.


POLEMIQUE PREFECTURE/SYNDICATS DE POLICE SUR LA SECURITE A TOULOUSE

Le meurtre de samedi matin dans l'établissement de nuit Le Reggae Pub n'a pas tardé à provoquer une polémique entre syndicats de police d'une part et préfecture et parquet d'autre part.

Dans un communiqué publié dès samedi matin, le syndicat policier "Unité SGP" "déplore que Toulouse devienne au fil des mois une ville où à l'évidence circulent les armes à feu, où des règlements de comptes et des vengeances se concrétisent par des exécutions en pleine rue, une ville avec des guerres de territoires menées sur un enjeu financier considérable lié à une économie souterraine lucrative".

"La police nationale est en grande difficulté à Toulouse tant pour anticiper que pour réagir face à ce déferlement de violence", ajoute le secrétaire régional d'Unité SGP Didier Martinez. "Certes, la métropole toulousaine est loin derrière Marseille, cependant dans la cité phocéenne dès les premières années lorsqu'était constaté le phénomène des assassinats de rue, à chaque visite ministérielle était annoncé un abondement d'effectifs" tandis que "Toulouse ne cesse de perdre des personnels", ajoute le syndicat, qui estime que "150 policiers font défaut" dans la ville rose.

Même son de cloche pour le syndicat de police Alliance. Son délégué régional Luc Escoda indique que "depuis 2012, ce sont près de 120 postes de fonctionnaires de police qui ont disparu tous corps confondus sur la ville de Toulouse, alors qu'on avait déjà un déficit de 300 fonctionnaires par rapport à une ville comme Bordeaux". "On ne peut que constater l'augmentation des actes de violence par armes à feu", déplore Luc Escoda, "qu'ils soient liés ou pas au grand banditisme". "Et aujourd'hui", conclut-t-il, si la direction de la police de Toulouse peut se targuer de bons résultats en matière de lutte contre la délinquance, c'est surtout lié à l'état d'urgence, aux restrictions sur les congés des fonctionnaires et au nombre incalculable d'heures suplémentaires. Avec les risques psycho-sociaux et la fatigue que cela engendre dans les services".

Le préfet et le procureur de la République ont réagi en début d'après-midi. Ils indiquent dans un communiqué commun que le meurtre du Reggae Pub "semble faire suite à une affaire d’ordre privé et ne s’apparenterait pas un règlement de compte relevant du grand banditisme".

"Toulouse, 4ème ville de France, connaît une évolution de la délinquance maîtrisée", estiment le préfet et le procureur. "Depuis le début de l’année 2016, les atteintes à l’intégrité physique subissent une diminution de 2, 62 % et les atteintes aux biens sont en baisse de plus de 4 %. Ces résultats ont été obtenus par l’engagement permanent des services de police dont l’action a été renforcée par la présence de forces mobiles (compagnies républicaines de sécurité ou escadrons de gendarmerie mobile) dans les zones de sécurité prioritaire et également en centre-ville", précisent-t-ils.

Le préfet de la Haute-Garonne et le procureur de la République de Toulouse rappellent que depuis le début de l'année 2016 a été mis en place "un plan de lutte contre les armes à feu. De nombreuses actions significatives sont conduites afin de rechercher les armes illégalement détenues. Une opération menée le 29 juin dans le quartier de la Reynerie a permis d’interpeller 2 individus et de saisir 3 armes".

Par ailleurs, poursuit le communiqué commun, "l’accroissement du nombre de policiers municipaux et le programme de développement de la vidéo protection porté par le maire de Toulouse permet d’augmenter la sécurité".

En vidéo, le reportage de Christine Ravier et d'Eric Foissac :
durée de la vidéo: 01 min 50
polémique sur la sécurité à Toulouse après un nouvel homicide par arme à feu


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