Un vin bleu présenté comme naturel contient-il en réalité un colorant chimique ?

Présentation du vin bleu "Le Vindigo"/ société Sétoise / © Maxppp/ Vincent Andorra
Présentation du vin bleu "Le Vindigo"/ société Sétoise / © Maxppp/ Vincent Andorra

Des étudiants en chimie analytique de l’université Paul Sabatier à Toulouse ont étudié deux vins bleus "Imajyne" et "Vindigo". Un colorant E133 a été trouvé. L'un des producteurs de vin dément.

 

Par Corinne Carrière

Des étudiants toulousains de l'université Paul Sabatier ont étudié deux vin bleus présentés comme naturels. Ils y ont découvert un colorant E133. L'un est produit en Corse, l'autre en Espagne. Le producteur corse dément tout ajout de colorant.
 

Un bleu naturel ?

Apparus récemment sur le marché français, ces vins nouvelle tendance sont présentés comme naturel grâce à un procédé de vinification très particulier reposant sur un "savoir-faire" traditionnel. La couleur proviendrait des anthocyanes apportées par la macération de peau de raisin rouge. Mais selon les études scientifiques, les anthocyanes sont de couleur rouge quand elles sont présentes dans le vin qui est un milieu acide et ne peuvent être bleues qu'en milieu basique. 
Les anthocyanes sont des pigments de couleurs mauve ou rouge situés dans la pellicule des raisins et qui se retrouvent dans les moûts.
 

Un colorant utilisé dans le curaçao

Dans un artcile publié dans Eur.Food Res Technol, des étudiants en master 2 de chimie analytique de Toulouse montrent que la couleur bleue n'est autre qu'un colorant bleu alimentaire nommée le E133, un colorant utilisé dans le curaçao.
Selon l’étude, cette molécule de synthèse ne peut provenir naturellement du procédé de vinification. Il ne s’agit donc pas d’un vin naturel.
 

Vindigo : le vin bleu andalou suscite des doutes 

Le Vindigo est un Chardonnay produit dans le Sud de l’Espagne. Il a été commercialisé en France l'an dernier par une entreprise sétoise située dans l’Hérault.
Sur le site internet de vente en ligne, le produit est nommé "Vin Bleu Vindigo, 100% Chardonnay".

On joue sur les mots, c'est du marketing pur et dur


selon Fabrice Collin, enseignant chercheur à l’université Toulouse III de Paul Sabatier et qui a encadré l'étude. Sur le site, le produit est défini comme tel : " Vindigo doit sa couleur bleue originale et rayonnante à un pigment naturel trouvé dans la peau du raisin, appelé l'anthocyane". A aucun moment la présence du colorant E 133 n'est signalée. 
 

ImajYne : le vin bleu véritable ?

ImajYne est un vin bleu produit en Corse. Dans leurs analyses, les étudiants toulousains ont détecté dans ce vin comme dans le vin andalou "Vindigo" la présence d'un colorant : le fameux E133, appelé aussi Bleu Brillant.
Or, sur leur site internet, les producteurs le présentent comme étant un vin d'une "couleur bleue naturelle inouïe". Les principes de vinification y sont aussi développés "vinifications à base de minéraux et végétaux naturels antioxydants de la terre et de la mer….inspiré d’une vinification des temps romains ".

Pour Fabrice Collin,

les descriptifs de vinification énoncés par les producteurs sont très flous. Le colorant bleu alimentaire n’est pas inscrit sur les bouteilles des vins ImajYne et Vindigo.  


Interrogé par nos confrères de France 3 Corse ViaStella, les producteurs du vin corse affirment qu'il n'y pas de colorant E133 dans "ImajYne" rapport à l'appui. 

A nouveau contacté par nos soins ce mercredi 3 juillet, l'enseignant chercheur Fabrice Collin de l'université Paul Sabatier confirme les résultats de son étude.
 

Vin ou boisson à base de vin ?

Les scientifiques de l’Institut national de recherche agronomique interviewés par Sciences et Avenir, émettent des doutes sur le procédé défendu par certains producteurs. Obtenir du vin bleu sans devoir ajouter d’autres produits reste suspect.

"Un certain nombre de pratiques sont autorisées, mais pour les produits dérivés du vin". Pour l'organisation internationale de la vigne et du vin, sont autorisés uniquement certains additifs et auxiliaires technologiques pour des usages bien précis.
Les additifs qui modifient la couleur du vin sont soumis à une législation très stricte. Le code international des pratiques œnologiques stipule que toute boisson contenant un autre colorant que du caramel ou autre colorant rouge et jaune ne peuvent être vendu en tant que vin mais seulement en tant que "boisson à base de vin"

Texte décrivant les travaux réalisés dans l'article publié par les étudiants en Master 2 de Chimie Analytique et Instrumentation de l'université Toulous III - Paul Sabatier
Publication European Food Research and Technology, 2019, DOI: 10.1007/s00217-019-03295-z
C. Galaup, L. Auriel, J. Dubs, C. Dehoux, V. Gilard, R. Poteau, E. Retailleau, G. Biasini, F. Collin

Dans l’article publié très récemment dans European Food Research and Technology, nous avons utilisé plusieurs techniques d’analyse chimique pour caractériser la molécule responsable de la couleur bleue de deux vins « naturels » commercialisés sur le marché français. La spectroscopie UV-visible a tout d’abord permis d’obtenir l’empreinte spectrale caractéristique de la molécule responsable de la couleur bleue. La nature chimique de cette molécule a été élucidée par une autre technique, la spectrométrie de masse à haute résolution, qui permet de mesurer avec précision la masse de la molécule et ainsi de remonter à sa structure. Nous avons identifié sans ambiguïté la présence de Bleu Brillant FCF (colorant alimentaire E133) dans les deux vins analysés. La chromatographie liquide a enfin été utilisée pour déterminer la quantité de ce colorant présente dans chacun des vins. Même si les quantités trouvées, entre 5 et 10 mg/L, restent très inférieures aux doses journalières admissibles, la présence de ce colorant n’est pas spécifiée sur l’étiquette.
 

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