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Comment Hidalgo a réussi à s'imposer parmi les socialistes parisiens ?

© Jacques Demarthon (AFP)
© Jacques Demarthon (AFP)

Retour sur le parcours parisien d'Anne Hidalgo, pas si rectiligne qu'il en a l'air.

Par Daic Audouit

 
Anne Hidalgo a donc annoncé officiellement sa candidature à la mairie de Paris. Tout sauf une surprise. Première adjointe de Bertrand Delanoë depuis 2001, elle a eu le temps de s'y préparer. Un passage de témoin en douceur. Presqu'une évidence. Et pourtant, elle n'avait pas forcément toutes les cartes en mains. Parisienne d'adoption après une enfance et une jeunesse lyonnaises, militante socialiste sur le tard en 1993 alors qu'elle est déjà agée de 34 ans et enfin perdante de chaque élection sur son nom dans le XV ème arrondissement. Malgré ses handicaps, elle a grillé nombre de prétendants à la succession de Bertrand Delanoë. Comment y est-elle parvenue ? Retour sur le parcours parisien d'Anne Hidalgo.

2001-2008: le temps de l'apprentissage

Hiver 2001. Campagne des municipales à Paris. Personne ne connaît cette femme toujours vêtue d'une parka verte qui distribue des tracts sur les marchés du XV ème arrondissement. Anne Hidalgo, ancienne inspectrice du travail, qui travaille au cabinet de Martine Aubry au ministère de l'Emploi, n'est connue que des sphères du pouvoir socialiste. Mais Bertrand Delanoë veut changer d'ère. Elle fait partie des nouveaux visages, sur lesquels le futur maire de Paris veut s'appuyer, les caciques du PS parisien ne lui étant pas favorables. La loi sur la parité se met en place. Après son élection, il en a fait sa première adjointe avec en charge le bureau des temps. Sa mission: adapter les horaires d'ouverture de l'administration au rythme des parisien-nes. Une fonction plutôt symbolique. Elle est une femme à ses côtés. Elle n'est pas encore au coeur du système.

Comment la confiance s'est nouée avec Bertrand Delanoë ? "Le moment fondamental, c'est quand Bertrand a été victime d'une agression en 2001 et a failli perdre la vie", témoigne Sandrine Mazetier, adjointe à l'époque. "Dès le lendemain, elle a su rassembler les élus de l'executif, un peu secoués. Elle a su ensuite assurer la continuité de la ville quand il était en convalescence. C'est sans doute là que le lien s'est formé", poursuit la vice-présidente de l'assemblée nationale.

Parrallèlement à la mairie de Paris, elle accroit son poids politique. Delanoë l'impose comme tête de liste de la capitale aux régionales de 2004 en Ile de France. Et au PS, elle devient secrétaire nationale en charge de la culture.

2008-2012: le temps de l'épanouissement

2 ème mandat de Betrand Delanoë. Anne Hidalgo est désormais une figure connue dans les médias. Elle a déjà publié une autobiographie retraçant son parcours d'enfant d'immigrés espagnols ayant fui le franquisme, son arrivée à Paris, ses premiers pas comme inspectrice du travail et ses débuts à l'Hôtel de Ville. Elle reste première adjointe, mais elle obtient une nouvelle délégation: l'urbanisme. Elle a la main sur les grands chantiers de la capitale.

Pas très dur de comprendre que Bertrand Delanoë alors veut en faire sa dauphine, puisqu'il ne se représentera pas. Elle est "sa préférence" comme il l'explique souvent aux journalistes. "Lors de son premier mandat, Anne Hidalgo était une doublure du maire, en cas de necessité. Elle ne suivait aucun dossier à fond. A l'urbanisme, elle a travaillé, elle a une meilleure connaissance des dossiers parisiens. Elle s'est professionnalisée", résume Jean-François Legaret, maire UMP du 1er arrondissement.

2012-2014: le temps de l'émancipation

La scène est connue. Elle se déroule lors d'un bureau national du PS en novembre 2011. Martine Aubry impose l'investiture de Cécile Duflot aux législatives à Paris. Anne Hidalgo y voit l'arrivée d'une rivale à gauche et se sent trahie par son amie, qui a été son témoin de mariage. Elle la traite de menteuse.  C'est une première rupture avec un mentor. La deuxième se fera par necessité avec Bertrand Delanoë. Afin de ne pas apparaître comme une simple héritière, elle va devoir affirmer son autonomie. "Anne a encore ses preuves à faire en tant que potentiel maire. Elle a fait ses pas dans l'ombre de Delanoë. Son principal challenge,ce n'est pas l'UMP ou les écologistes, c'est de ne pas apparaître comme un clone de Delanoë", juge Denis Baupin, élu EELV de la capitale.

Or, Anne Hidalgo n' a jamais gagné d'élections locales dans le XV ème arrondissement. Certes dans cet arrondissement ancré à droite, elle a réduit l'écart au fur et à mesure des années. Mais, pour certains barons PS de l'est parisien, cela n'est pas suffisant, et ils la regardent avec encore un peu de condescendance. Elle ne tient pas forcément la fédé socialiste de Paris, même si celle s'est renouvellée par rapport à l'époque où son eventuel concurrent Jean-Marie Le Guen la présidait.

Son autonomie et aussi sa personnalité. "Anne n'a pas le même tempérament que Delanoë. Elle sait aussi être directive (autoritaire ndlr) mais pas forcément dans les mêmes circonstances ni de la même façon", explique Sandrine Mazetier.
"C'est quelqu'un d'assez contrasté. En privé, elle n'est pas désagréable, même si elle laisse peu paraître ses émotions. Mais dès qu'elle prend la parole en public, elle est très stéréotypée. A tout prendre, elle est moins sectaire que Delanoë, mais elle est aussi braquée que lui", surenchérit Jean-François Legaret.








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