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UDI : Pourquoi Chantal Jouanno rejoint Jean-Louis Borloo ?

Dimanche 21 octobre, Chantal Jouanno a rejoint le nouveau parti de Jean-Louis Borloo. La sénatrice de Paris quitte l'UMP. 

© AFP
Il y a un an, Chantal Jouanno rentrait au Sénat, candidate de la liste officielle de l'UMP sur Paris. En même temps que Pierre Charon, élu lui sur une liste dissidente et accusé d'être un diviseur. Aujourd'hui que Chantal Jouanno rejoint Jean-Louis Borloo, le sénateur de Paris tient sa revanche. "C'est savoureux. L'UMP perd un siège au Sénat. Merci Madame Jouanno. C'est l'arroseur arrosé", s'amuse Pierre Charon. "Nous avions raison avec 18 mois d'avance", proclame Géraldine Poirault-Gauvin n°2 sur la liste sénatoriale de Charon.

L'UMP condamne

Dans un communiqué, Philippe Goujon, président de la fédération UMP de Paris condamne la décision de la sénatrice de Paris. "Sur le plan moral, il appartient à Chantal Jouanno de tirer toutes les conséquences de sa décision, s'agissant des mandats de sénateur et de conseiller régional (d'Ile de France ndlr) qui lui ont été confiés", écrit-il. En clair qu'elle démissionne de ses mandats. 

Pour Chantal Jouanno, il n'en est pas question. "Je tiens mon mandat des électeurs qui m'ont fait confiance", rétorque-t-elle. Pour des sénatoriales au suffrage indirect via des grands électeurs, l'argument se discute un peu.

"Chantal Jouanno vient de faire l'erreur de sa vie on ne gagne rien a trahir ceux qui lui ont tout donné", juge une militante UMP de Paris sur sa page Facebook. Mais les partisans de Jean-François Copé dans la capitale comme Pierre Charon ou Rachida Dati ne sont pas mécontents de ce revirement. Ils peuvent mettre la pression sur Philippe Goujon, qui avait soutenu et imposé Chantal Jouanno aux sénatoriales, clamer son manque d'autorité, eux qui sont en guerre contre l'appareil parisien depuis plusieurs années.

Le ralliement de Chantal Jouanno à Jean-Louis Borloo a-t-il à voir avec les affaires parisiennes ?

Non pour un membre de l'UDI qui confie une discussion avec l'interessée au printemps dernier. "Si vous faites un truc après la présidentielle, parlez m'en! Moi je suis sarkozyste mais je ne me reconnais pas dans l'UMP", aurait dit Chantal Jouanno. 

"J'ai fait un choix affectif. C'est le choix de rejoindre un homme très créatif. C'est aussi le choix de la liberté de parler et de la liberté de penser", déclare-t-elle à la tribune de l'assemblée constituante de l'UDI. "Je n'aime pas la position de dissidente de l'intérieur", explique-t-elle un peu plus tard à un groupe de journaliste. C'est une telle position que lui avait reproché son camp en fin de campagne présidentielle alors qu'elle s'inquiétait du tournant droitier du discours. 

Pour la campagne interne de la présidence de l'UMP, elle soutenait François Fillon même si elle reconnaît "s'en être détâchée progressivement". Présente lors de la réunion des soutiens parisiens de l'ancien premier ministre, elle n'hésitait pas alors à déclarer qu'elle pouvait être candidate à la mairie de Paris y compris contre François Fillon, n'ayant pas les mêmes idées sur les questions de société

Le ralliement de Chantal Jouanno à Jean-Louis Borloo a-t-il à voir avec les municipales de 2014 à Paris?

Officiellement, le président de l'UDI consacre toute son énergie à la création de son parti. Mais officieusement, il tâte le terrain pour être candidat à Paris. "Si le leader de notre parti venait sur Paris, nous serions très satisfait mais la décision lui appartient", explique Yves Pozzo di Borgo, sénateur et président de l'UDI dans la capitale.

Une candidature appelée aussi de leurs voeux par les copéistes de la capitale comme Claude Goasguen. "Borloo est le meilleur candidat. Son profil sociologique peut rassembler une majorité de parisiens, ce qu'aucun de candidats de l'UMP ne peut faire", juge le maire du XVI ème arrondissement. C'est aussi une position tactique. Dégouter un peu plus François Fillon, très hésitant, de se porter candidat. "C'est Borloo qui fera les investitures. Les fillonistes de Paris prendront le train en marche. Mais eux, ils seront à l'arrière", explique un élu parisien.

Chantal Jouanno fait-elle le même calcul? Rêve-t-elle d'un ticket avec Jean Louis Borloo ? "Ce n'est pas un calcul politique de ma part. C'est prématuré de parler des municipales. On n'en a pas discuté. Rien n'est fermé, mais rien n'est ouvert non plus", déclare la nouvelle vice-présidente de l'UDI.

Initialement, Chantal Jouanno devait s'implanter dans le 12 ème arrondissement, l'arrondissement à reconquérir pour la droite parisienne. Mais, elle y est conteste localement par Valérie Montandon qui vient d'être promue n°3 du groupe UMP au conseil de Paris. Charles Begbeider, candidat aux législatives est également dans le 12 ème. Sa position était donc fragilisée si François Fillon ne se présentait plus à Paris. Avec Borloo candidat, ce serait une autre affaire, et même s'il ne l'était pas.

"Avec Jouanno, on a une bonne solution de rechange", explique un élu UDI pour qui "la candidature de Borloo à Paris est un piège pour le planter pour la présidentielle de 2017".



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