Ces maires franciliens qui refusent de parrainer un candidat à l'élection présidentielle

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Écrit par Marc Taubert et Emmanuelle Hunzinger

Pour les candidats à l'élection présidentielle, la course aux 500 parrainages indispensables pour se présenter, est officiellement ouverte et durera jusqu'au 4 mars. Les 1268 maires de la région sont amenés à donner leur signature. Mais certains s'y refusent

Pour Yvan Lubraneski, maire sans étiquette des Molières dans l'Essonne, pas question de donner son parrainage à un candidat, d'autant qu'il n'appartient pas à un parti politique. Il reçoit pourtant de nombreuses sollicitations, près d'une dizaine de mails par jour, ainsi que des appels et courriers.

"En 2017, j'ai parrainé Alexandre Jardin (écrivain et cinéaste, ndlr), il revendiquait un témoignage du décalage sidéral entre la façon dont ont fait fonctionner la démocratie dans le territoire et au niveau national. C'était une façon de botter en touche", poursuit-il.

Pour lui, ce n'est pas aux élus de choisir qui peut se présenter. Comme de nombreux observateurs et acteurs de la politique française, Yvan Lubraneski décrit la France comme étant une monarchie républicaine. "Le Président, au lieu de présider, gouverne; le gouvernement maîtrise le parlement et surtout, l'Assemblée nationale", dénonce-t-il. 

"La démocratie, ce n'est pas qu'une élection"

Derrière ce refus, M. Lubraneski critique un système où les territoires ne sont pas consultés. Il s'oppose ainsi à l'élection du président au suffrage universel direct et prône un retour aux sources : la constitution telle qu'elle a été rédigée en 1958.  

"L'une des raisons, c'est le dévoiement de la constitution de la Ve République qui était finement écrite en tenant compte des errements de la IIIe et IVe République. Il faut repenser notre constitution et injecter de la démocratie représentative quand il en faut, mais aussi directe et délibérative. La démocratie, ce n'est pas qu'une élection, c'est tout un tas de chose autour", indique-t-il.

Une méthode qu'il tente d'appliquer dans sa commune de 1900 habitants où, comme il le rappelle, il a été élu avec 100% des voix.

"Il faut un parrainage citoyen"

Philippe Laurent, le maire UDI de Sceaux (92) et deuxième vice-président de l'Association des maires de France ne donnera pas son parrainage.

"J’y suis opposé depuis toujours. Je ne vois pas ce que les maires viennent faire là-dedans", s'exclame-t-il. "Cela peut également me mettre en porte-à-faux avec mes concitoyens mais aussi avec ma majorité municipale. Tous les élus de ma majorité ne votent pas forcément pour le même Président de la République et donc j’ai une règle qui est très claire, on ne parle de l’élection présidentielle en conseil municipal", affirme-t-il.

Il critique la transparence du parrainage des maires imposée par la loi. En effet, depuis 2016, le Conseil constitutionnel rend public le nom du candidat parrainé par les maires ou les parlementaires, conseillers départementaux ou régionaux.

Lui aussi, se dit favorable à une révision de la constitution sur ce point là. "Je suis opposé à l’élection du Président de la République au suffrage universel. Je pense qu’il faut aller vers un régime beaucoup plus parlementaire. Mais comme le Président de la République est élu au suffrage universel, pourquoi ne pas mettre en place un système de parrainage par tous les citoyens ?", déclare-t-il.

500 signatures, 42000 élus, 34 000 maires en France

Comme lors de chaque présidentielle, la pression pour le parrainage se porte sur près de 42.000 élus parlementaires, départementaux et régionaux, dont 34.000 maires, qui disposent des signatures en France.

Mais beaucoup d'entre eux, non encartés politiquement, sont embarrassés par un parrainage que le Conseil constitutionnel rendra public dès qu'il lui parviendra. 

Les maires des grandes villes pour la plupart affichent publiquement leur étiquette politique et accordent leur signature au candidat de leur camp, mais il n'en va pas de même pour les quelque 10.000 maires ruraux, pas encartés pour la plupart, qui sont l'objet de toutes les convoitises. Et pour ces élus, le dilemme est là : accorder leur parrainage à un candidat pour garantir la diversité démocratique au premier tour, ou s'abstenir pour ne pas donner l'impression à leurs administrés de prendre position ? 

Plusieurs pistes ont été évoquées pour réformer le système des parrainages : un collège d'élus, les signatures de tous les citoyens ou encore un parrainage républicain.