Confinement : ils bravent les interdits pour quitter Paris

Maisons secondaires à rejoindre, week-end chez des amis, besoin d’évasion… nombreux sont ceux qui ont choisi de partir bien au-delà des 10 km autorisés et malgré l’interdiction de déplacements interrégionaux. Chacun a trouvé son astuce pour éviter les contrôles.

Des Parisiens quittant la capitale le 19 mars 2021 Gare Montparnasse.
Des Parisiens quittant la capitale le 19 mars 2021 Gare Montparnasse. © Ludovic MARIN / AFP

"Qu’est-ce qui peut m’arriver au pire ? Prendre une amende ? Après cette année, je veux bien prendre le risque…" La valise posée à côté de la porte de son trois pièces dans le VIe arrondissement de Paris, Sylvie* sait qu’elle quittera la capitale demain en milieu de matinée. "Je vais chez des amis en province pendant quelques jours. Nous sommes tous vaccinés. Il est temps de recommencer à vivre".

Depuis plus d’un an, cette ancienne professionnelle de santé n’a quasiment jamais quitté son appartement. "Je me suis autoconfinée au moment de la première vague, avant le 17 mars. J’ai renoncé à toutes mes activités. J’ai évité au maximum tous les contacts. J’ai respectée toutes les règles.  Maintenant je suis vaccinée, je veux ressortir".

Demain en montant dans le train, Gare Montparnasse, cette femme de 72 ans, aura dans son sac une attestation de déplacement – "même si je ne sais pas quelle case cocher" - et une feuille prouvant qu’elle a été vaccinée. "Pourvu que cela suffise", espère-t-elle.

Anticiper le départ

Alors que les vacances de printemps démarrent ce soir, le ministère de l’Intérieur a annoncé un nouveau renforcement des contrôles dans les gares et sur les routes franciliennes. Pour éviter tout contrôle des forces de l’ordre,  Julien et Amélie sont partis quelques heures après le discours d’Emmanuel Macron.

"Dès qu’on a su qu’on allait repasser en mode télétravail/école à la maison on s'est empressé de louer une maison en Bretagne avec les enfants". Ce couple a joué la carte de l'anticipation pour éviter de passer encore trois semaines avec leurs enfants de 6, 9 et 12 ans dans un appartement de 80 m² à Levallois-Perret. "Le confinement l’année dernière a été très dure. Entre le travail et les enfants, j’ai failli faire un burn-out", confie Amélie, chef de projet. 

"Cette fois il était hors de question de rester à 5 dans un appartement à devoir gérer les devoirs et le travail. Même pendant quatre jours c’était impensable". Le couple a loué une maison avec un jardin et une bonne connexion wifi en catastrophe. "Je comprends qu’il faille arrêter la propagation du virus mais avoir une population active en dépression ce n’est pas une solution viable", estime Julien, juriste à La Défense.

D’autres voulaient que je leur envoie une attestation indiquant que je les hébergeais chez moi en cas de contrôle.

Isabelle, gérante d’une maison d’hôtes

 

Comme Julien et Amélie, de nombreux franciliens ont quitté la capitale avant le week-end pascale. Isabelle, est gérante d’une maison d’hôtes dans le Val-d’Oise. Son carnet de réservations s’est rempli en à peine quelques heures. Des parisiens, principalement, souhaitant s’évader mais dont certains avaient des demandes insolites. "Un couple m’a demandé s’ils pouvaient manger à part car ils avaient peur d’attraper le Covid. Ca m'a surpris car ils avaient quand même fait le choix de venir dans un endroit avec d'autres personnes. D’autres voulaient que je leur envoie une attestation indiquant que je les hébergeais chez moi en cas de contrôle", raconte-t-elle encore amusée.

Un motif de déplacement peut en cacher un autre

Claire est praticienne en soin. Depuis quinze ans elle vit et travaille entre Paris et Bellême en Normandie. "J’ai une carte professionnelle qui me permet de me déplacer. J’ai des clients à deux endroits, je ne peux pas renoncer à mon travail". Si officiellement elle voyage pour poursuivre son activité, depuis plusieurs mois elle a entrepris des travaux de rénovation dans sa maison. Ainsi sous la case "motif professionnel" se dissimulent d’autres raisons, plus personnelles pour effectuer ses allers et retours.

Je vais de chez moi à chez moi. Je suis toute seule dans ma voiture et je travaille des deux côtés.   

Claire, praticienne en soin

 

Claire avoue ne pas avoir "mauvaise conscience (…) Je ne pars pas en week-end, je ne pars pas au vert. Je pars pour travailler et pour suivre les travaux de ma maison. Ce n’est pas la même démarche. Je vais de chez moi à chez moi. Je suis toute seule dans ma voiture et je travaille des deux côtés, en respectant les règles sanitaires qui s’imposent. Donc il y a une bonne raison à mon déplacement".  

Pour elle, il y a une différence entre se rendre dans sa maison secondaire et partir "en voyage avec ses enfants, dans une région inconnue". Une analyse qui ne lui "donne pas l’impression d’enfreindre la loi".

Mais malgré tout ça, Claire concède avoir des astuces : "je ne pars jamais le vendredi pour revenir le dimanche. Je pars généralement le jeudi, pour revenir le lundi. J’opte pour la nationale plutôt que l’autoroute. Je me déplace à des moments où cela s’apparente à un déplacement pour le travail et pas pour le week-end. Depuis novembre dernier je n’ai jamais été contrôlée".

 

*tous les prénoms ont été modifiés.  

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