Crack à Paris : colère et inquiétudes des riverains de la porte de la Villette

Après la porte de la Chapelle, la place Stalingrad, les jardins d'Eole et la rue Riquet dans le XIXe arr., les consommateurs de crack ont été évacués porte de la Villette. Les riverains s'inquiètent de ce nouveau point de fixation. Ils appellent les pouvoirs publics à trouver des solutions "dignes".

"La misère est rejetée loin de Paris, loin des parisiens les plus aisés. Pourquoi le XVI e arrondissement n’en hériterait pas ? Ou le XVe ?" s’insurge Kataline, une habitante du quartier des Quatres-Chemins à cheval sur les communes de Pantin et Aubervilliers en Seine-Saint-Denis au micro de France 3 Paris-Île-de-France. 

A la demande de Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, les consommateurs de crack ont été évacués par bus hier des rues Riquet et Aubervilliers, dans le XIXe arrondissement de Paris et déposés 2 km plus loin, porte de la Villette. Ils se sont installés dans un square, qui longe le périphérique. Un espace vert fréquenté par les riverains de la porte de la Villette. Un tunnel qui relie Paris au quartier des Quatres-Chemins a lui été muré en urgence pour empêcher les toxicomanes de l’emprunter et de se rendre en Seine-Saint-Denis.

La porte de la Villette, nouveau point de fixation des consommateurs de crack

En 2009, les consommateurs de cette drogue, le chlorhydrate de cocaïne, avaient été évacués de la porte de la Chapelle, "la colline du crack", pour se retrouver place Stalingrad à Paris, puis dans les jardins d'Eole avant d'y être expulsés en juin dernier. Ils s'étaient ensuite regroupés en bordure nord du parc, au coin des rues Riquet et d'Aubervilliers.

Au lendemain de ce énième "déplacement" des consommateurs de crack, les habitants du secteur, tout comme leur prédecesseurs, ne décolèrent pas.  Des collectifs de riverains des Quatres-Chemins se sont réunis en urgence ce samedi.

"Le quartier est défavorisé. C’est une nouvelle difficulté qui lui est imposée sans aucune communication avec qui que ce soit. Tout cela est extrêmement mal vécu, certains s’inquiètent concernant la sécurité, d’autres sont en colère. Fondamentalement ce sont toujours les quartiers pauvres assez peu structurés et mobilisés sur qui l’on reporte les difficultés", dénonce Yves Dantec, membre du collectif Sainte-Marguerite.

Un tunnel et un square condamnés

Autre motif de mécontentement, l'impossibilité désormais d'emprunter le tunnel et de profiter du square de la Porte de la Villette. "A titre personnel, j'empruntais le tunnel tous les jours à vélo. Il n'est certes pas très engageant mais c’est une voie assez naturelle pour passer de la banlieue à Paris", explique Yves Dantec.

"Le square malgré sa situation au milieu de l'échangeur du périphérique était utilisé par certaines familles pauvres du quartier, les espaces verts étant peu nombreux à Aubervilliers ou Pantin. Aujourd'hui plus personne n'ira", ajoute-il.

Les associations mobilisées interpellent les pouvoirs publics : "Arrêtez de déplacer les problèmes systématiquement. A Aubervilliers et Pantin, nous n’avons aucune capacité à absorber ses nouveaux problèmes. Ce n’est facile pour personne mais cela l’est encore moins pour nous, dans un environnement qui n'est pas très sécuritaire et qui est très dégradé", affirme le représentant du collectif, ajoutant : "il faut absolument trouver des endroits dignes pour que ces personnes puissent suivre des traitements appropriés". 

Hier, le maire PS de Pantin, Bertrand Kern, s'est ému de l'arrivée des toxicomanes près de sa commune. Dans un communiqué, il a mis en avant la "méconnaissance totale" de M. Darmanin concernant la "géographie parisienne". "L’endroit choisi sur lequel les toxicomanes vont être installés est à proximité directe du quartier des Quatres-Chemins de Pantin et d’Aubervilliers, l’un des quartiers les plus pauvres de France", affirme le maire de Pantin. "Par cette décision, le ministre de l’Intérieur piétine les élus locaux et s’essuie les pieds sur la Seine-Saint-Denis", a-t-il dénoncé.

Emmanuel Grégoire, le premier adjoint à la mairie de Paris souhaite trouver "une solution pérenne" à ce problème, qui affecte le nord-est de Paris depuis des décennies. "Nous demandons une réunion urgente des pouvoirs publics compétents (PP, mairie de Paris, préfecture de région, Agence régionale de santé, NDLR) pour faire en sorte que le déplacement de la scène ne reconstitue pas une "colline du crack" ailleurs", a-t-il expliqué.

Riverains et associations appellent à manifester mercredi 29 septembre contre ce énième point de fixation des consommateurs de crack dans l'est parisien.

 

 

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