Crack à Paris : nouveau bras de fer entre la Ville de Paris et la préfecture de police

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Les consommateurs de crack du nord-est parisien ne seront pas déplacés vers une friche ferroviaire de Bercy-Charenton comme l’avait annoncé la préfecture de police en début de semaine. Ce projet a soulevé un tollé auprès des élus, riverains et les différentes mairies concernées. La préfecture en rejette la responsabilité sur la Ville.

"Le Préfet de police prend acte de la virulente opposition de la maire de Paris à tout projet de déplacement des usagers du crack", écrit la préfecture de police dans un communiqué, reprochant à la mairie de Paris "d'empêcher l'évacuation des toxicomanes dans le 12e Arr."

Les toxicomanes resteront donc square Forceval, porte de la Villette dans le 19e arr. à proximité des villes de Pantin et Aubervilliers et selon les mots du préfet de police Didier Lallemant, les habitants de l'est parisien "doivent désormais s'attendre à une occupation longue." 

Une décision saluée par le maire (LR) de Charenton-le-Pont, Hervé Gicquel, vivement opposé à la venue des toxicomanes. Mais aussi par la mairie de Paris. "On se réjouit de cette décision, devenue inéluctable compte tenu de l'incongruité" du projet, a réagi, le premier adjoint (PS) de la maire Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, dénonçant toutefois une "grosse manipulation" de la part de la préfecture de police.

C'est un "coup politicien pour renvoyer la balle dans notre camp en proposant le pire", a également déclaré l'adjointe (EELV) à la Santé Anne Souyris.

Ce jeudi, Anne Hidalgo avait accusé la préfecture de police de "déplacer le problème" et de ne pas chercher de solutions pérennes pour les toxicomanes. Elle avait aussi annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme.

Un triste feuilleton

C’est un feuilleton qui n’est pas nouveau et qui échappe aux premiers intéressés, les 150 à 200 fumeurs de crack et les riverains de l’est parisien.

Côté toxicomanes, la précarité s'accroît. Fin septembre, le préfet les avait déjà fait déplacer des Jardins d'Eole (XVIIIe). Ils y avaient été regroupés en mai afin de soulager le quartier voisin de Stalingrad (XIXe). Il y a 4 mois, ils ont été regroupés vers le square Forceval porte de La Villette, à la lisière de la Seine-Saint-Denis.

En début de semaine, la préfecture de police, a ordonné la destruction d'une quarantaine d'abris en dur où vivotent ces accros au crack, la police soupçonnant des faits de prostitution.

Qui en paye les conséquences ? Les riverains.

Stéphanie Benoist, porte-parole Anti-crack 93

"Encore ce vendredi matin, des abris de fortune ont été détruits pour empêcher les toxicomanes de rester dans ce bidonville aux portes de Paris" explique Stéphanie Benoist, porte-parole de 93 Anti-crack. "Cela alimente les tensions et les violences sur le terrain car ces personnes-là, se sont créées un minimum de confort pour pouvoir affronter les conditions climatiques de l’hiver. Les personnes qui restent ici vivent dans des conditions atroces et inhumaines." Elle poursuit : "et qui en paye les conséquences ? Les riverains." 

Des riverains à bout...

Côté riverains, la colère est là. Dans un tweet, le collectif Sainte-Marguerite accuse la Ville et la préfecture de se renvoyer la balle.

"Je ne suis pas tellement surprise, je ne m’attendais pas à ce que le déplacement dans le 12 e Arr. se fasse, même si j'avais un petit espoir. Je me doutais que dans le 12e arrondissement, un bloc d'opposition allait se mettre en place rapidement. Cela n’a pas loupé. Nous, on ne nous a pas prévenus par communiqué, que l’on allait recevoir des toxicomanes. Le mépris pour le 93 est flagrant, on aimerait être traités comme les gens des autres arrondissements", conclut Stéphanie Benoist.

...et des élus en colère

Pour Bertrand Kern, le maire socialiste de Pantin, ce projet (Ndlr d'évacuation vers le 12 e Arr.) s’il permettait un retour au calme dans les quartiers de Pantin, d’Aubervilliers et du 19e arrondissement de Paris, n’aurait en fait rien réglé. Une nouvelle fois, le gouvernement et le préfet de Police de Paris déplaçaient le problème sans le résoudre". Il accuse également le gouvernement de ne pas prendre en charge sanitairement les toxicomanes et rappelle que "l’article 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles stipule que 'toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence'."

On prend ce département pour une poubelle

Karine Franclet, maire UDI d'Aubervilliers

Colère et incompréhension également pour la maire UDI d'Aubervilliers, Karine Franclet. "On demande l’avis des élus locaux et quand la maire de Paris dit non, le préfet fait marche arrière. Cela prouve bien que les habitants de la Seine-Saint-Denis ne sont pas considérés et encore une fois, on prend ce département pour une poubelle."

Elle aussi assure néanmoins que le déplacement des toxicomanes n’aurait pas réglé le problème, "car il faut soigner et trouver des solutions pour ces personnes et cela est une compétence régalienne. D’un point de vue humain, cette situation est complètement inacceptable."

Une réunion est prévue mardi 1er février entre les différents acteurs du plan Crack, notamment l'Etat et la mairie de Paris. "L'objectif, mardi, est de se mettre à la table des discussions" pour "trouver urgemment une solution" pour le square Forceval, a appelé Emmanuel Grégoire, le premier adjoint d'Anne Hidalgo.