Dr Benjamin Davido : "nous ne sommes pas la main de Dieu"

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Écrit par Elie Saïkali
Des soignants s'occupant d'un patient en réanimation. Photo d'illustration. Photo Lara Balais / AFP
Des soignants s'occupant d'un patient en réanimation. Photo d'illustration. Photo Lara Balais / AFP

Infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (92), le Dr Davido est l’un des signataires d’une tribune alertant sur la réalité dans les établissements de santé franciliens.

Ce matin, dans les colonnes du JDD, 41 médecins réanimateurs et urgentistes de l’AP-HP ont publié une tribune dans laquelle ils alertent sur la réalité dans les établissements de santé de la région. Ils ont notamment averti que des "tris" allaient devoir être effectuées "parmi les patients Covid et non-Covid". "Nous sommes à l’heure actuelle dans une situation de médecine de catastrophe où il y aura une discordance flagrante entre les besoins et les ressources disponibles", expliquent les soignants, ajoutant ne jamais avoir connu une telle situation "même pendant les pires attentats subis ces dernières années".

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"Pendant la première vague, on disait que nous étions des héros. Mais nous sommes des humains. Nous ne sommes pas la main de Dieu. Nous ne pouvons pas choisir qui va vivre et qui ne vivra pas", expliquait ce dimanche soir dans le 19/20 de France 3 Paris Île-de-France le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (92). Il est l’un des signataires de la tribune. Compte tenu de l’augmentation du nombre de patients hospitalisés en réanimation, "le risque aujourd’hui, c’est d’arriver à une qualité des soins qui soit dégradée". "La problématique, surtout en Île-de-France, c’est la saturation des services de réanimation à plus de 120% (…) nous avons les malades Covid, mais aussi les autres malades, ce qui est radicalement différent de l’année dernière", insiste Benjamin Davido, rappelant que les transferts de malade sont très compliqués à mettre en œuvre.

"On a dépassé le pic"

Actuellement, plus de 1400 personnes sont hospitalisées dans les services de réanimation franciliens. "On a dépassé le pic de l’année dernière en Île-de-France à la même période", précise le Dr Davido. "L’objectif de la tribune c’est de ne pas se retrouver dans la situation où on dit à un malade qui arrive aux urgences avec un infarctus du myocarde qu’il n’y a plus de place en soin intensif de cardiologie parce qu’on est complet à cause des patients Covid", explique-t-il.

"On a dix fois plus de chances de se contaminer en intérieur qu’à l’extérieur"

Benjamin Davido, Infectiologue

"La réalité, c’est que ce virus se transmet entre les individus et il faut essayer au mieux de limiter les interactions pour éviter de nouvelles contaminations", dit Benjamin Davido se disant "inquiet" des rassemblements qui ont lieu avec l’arrivée du beau temps à Paris sur les quais de Seine ou encore au Jardin du Luxembourg ce dimanche après-midi. "Lorsqu’il y a des rassemblements, on augmente le risque de se contaminer l’un l’autre (…) on a dix fois plus de chances de se contaminer en intérieur qu’à l’extérieur", explique le médecin, rappelant par ailleurs que "la contamination s’opère très souvent avec les proches. Dans 50% des cas, nous sommes asymptomatiques et pas masqués quand on est chez soi avec des amis".

Avec le pari d’une saisonnalité de la Covid-19 – entraînant une diminution des contaminations et permettant une vaccination plus importante de la population – "la réalité c’est qu’il faudrait deux à trois mois pour obtenir un effet sensible sur les hospitalisations en réanimation", estime le Dr Davido.

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