Une équipe française parvient à greffer des trachées artificielles sur douze patients

Les équipes de l'hôpital Avicenne (Bobigny) et Lariboisière (Paris) ont effectué une série d'opérations en 2009 et 2017, remplaçant des portions de l'appareil respiratoire par des voies reconstituées à partir d'aortes. Ces succès constituent une première mondiale. 

Le Pr. Emmanuel Martinod, chef du service de chirurgie thoracique et vasculaire de l'hôpital Avicenne de Bobigny, à l'origine de l'étude.
Le Pr. Emmanuel Martinod, chef du service de chirurgie thoracique et vasculaire de l'hôpital Avicenne de Bobigny, à l'origine de l'étude. © CHRISTOPHE SIMON / AFP
L'étude a été menée pendant sept ans. Ses résultats ont finalement été présentés dimanche au congrès de l’American Thoracic Society à San Diego et ont fait l'objet d'une publication dans la revue médicale JAMA. La technique élaborée par l'équipe du Pr Emmanuel Martinod, chef du service de chirurgie thoracique et vasculaire de l’hôpital Avicenne, à Bobigny, a permis de greffer avec succès une trachée artificielle à des patients qui souffraient de lésions avancées.

"Personne ne croyait vraiment à tout ça"


Les voies respiratoires ont été reconstituées à partir d'aortes prélevées sur des donneurs décédés puis conservées à - 80°C. Elles ont ensuite été implantées chez les patients, avec un "stent" destiné à rigidifier le conduit, à la place de la trachée préalablement retirée. "Dans un premier temps on a vu une régénération d'épithélium, qui est la couche la plus superficielle" du tissu, détaille Emmanuel Martinod. "Et ensuite, ça, ç'a été la plus grosse surprise : (...) l'aorte s'est transformée en trachée", se mettant d'elle-même à assurer les fonctions respiratoires. "Ce n'est pas de la magie" mais "personne ne croyait vraiment à tout ça", ajoute-t-il.


L'opération est "indiquée chez des patients étant en impasse thérapeutique ou souffrant de lésions tumorales proximales broncho-pulmonaires", signale l'AP-HP, dont dépend l'hôpital Avicenne. Vingt personnes ont été sélectionnées dans l'étude, dont sept ont finalement bénéficié d'un traitement classique. Sur les treize autres, cinq se sont vu reconstruire une trachée, sept des bronches
souches (les plus proches de la trachée), et le dernier une carène trachéale (bifurcation entre bronches gauche et droite).

"Aucune complication grave"


"La mortalité à 90 jours a été de 5 %, résume l'AP-HP.  Il n’y a eu aucune complication grave liée au greffon ou au stent. Ce dernier a pu être enlevé chez la majorité des malades en moyenne à 18,2 mois. Avec un suivi maximal de sept ans et un mois, la grande majorité des patients respire aujourd’hui à l’aide du greffon qui s’est transformé. Les résultats sont donc encourageants pour la majorité d’entre eux."



Éric Volery a été greffé en 2011. Atteint d'une sténose trachéale, un rétrécissement de la trachée qui l'étouffait, il vivait avec une trachéotomie, une incision au bas du cou qui lui permettait de respirer. "J'étais en arrêt-maladie. Je pouvais parler seulement en mettant le doigt sur la trachée", donc en apnée, a-t-il déclaré à l'AFP. Le quarantenaire a vu sa nouvelle trachée se régénérer d'elle-même pendant quatre ans et a finalement pu se faire enlever le stent. Aujourd'hui, il déclare être en parfaite santé et apprécier par exemple de "courir 45 ou 50 minutes".


"Aujourd'hui la communauté scientifique pense qu'au lieu d'utiliser un bioréacteur externe [dispositif qui recrée des conditions biologiques], de faire tout en dehors du corps humain, il faut utiliser ce magnifique corps, qui est capable de réparer lui-même", conclut le Pr Martinod.
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