À Boulogne, une élue coupée en conseil municipal alors qu'elle évoque les comportements sexistes

Alors que les élus présentent un rapport sur les égalités femmes/hommes, Pauline Rapilly-Ferniot, élue EELV, interpelle les élus sur les comportements sexistes au sein de l'équipe municipale. Elle se fait alors interrompre par le maire qui lui coupe son micro.

Pauline Rapilly-Ferniot lors de son intervention au conseil municipal de Boulogne le 11 février 2021.
Pauline Rapilly-Ferniot lors de son intervention au conseil municipal de Boulogne le 11 février 2021. © Capture d'écran Instagram / Pauline Rapilly-Ferniot

Le maire (LR) de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ne voulait pas entendre la critique ce jeudi 11 février lors du conseil municipal. Mais la scène, partagée sur les réseaux sociaux et vue désormais des centaines de milliers de fois, aura été bien plus bruyante que la seule enceinte de la mairie.

On y voit une élue EELV, Pauline Rapilly-Ferniot, interpeller l'équipe municipale (sans les nommer) à propos de comportements sexistes : "j'ai déjà pu apprécier de nombreuses remarques assez déplacées" et de citer un premier exemple. Le maire, Pierre-Christophe Baguet, la coupe alors et la somme de cesser de "faire des attaques personnelles" et finit par lui couper son micro.

"C'était un conseil municipal ordinaire, cela se passe souvent comme cela. Le maire s'adresse à nous de façon sexiste et condescendante avec les femmes, et de manière autoritaire et dure avec les hommes à partir du moment où ils sont dans l'opposition", raconte l'élue âgée de 25 ans et élue aux dernières municipales.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Pauline Rapilly Ferniot (@paulinerapillyferniot)

Provoquer une prise de conscience

Selon son récit, le thème n'a pas été abordé au hasard. C'était le jour de la présentation d'un rapport sur les égalités femmes/hommes. "Je voulais pointer le manque d'ambition de ce rapport et je me suis dit que c'était l'occasion de leur dire qu'ils sont loin d'être exemplaires et que leur comportement à eux mériterait d'être questionné. À aucun moment il n'était question de faire une liste, et surtout, de citer tel ou tel adjoint. Ce n'est pas un problème personnel, c'est une prise de conscience collective que je voulais provoquer", poursuit-elle.

Parmi les comportements sur lesquels elle voulait alerter, une entrevue entre Pauline Rapilly-Ferniot et un adjoint du maire à propos d'un projet sur l'écologie portée par des étudiantes de la commune. Ce dernier est entouré de plusieurs de ses pairs. "Les autres adjoints me font répéter : 'des étudianTES ? Elles seront les bienvenues !' En rigolant à leur blague. Cela m'a posé vraiment problème. Qu'est-ce que je fais avec ce genre de comportements ? Est-ce que je les envoie malgré tout lorsqu'elles ont besoin de porter un projet ou d'interagir avec leurs élus ?", raconte-t-elle.

"Elle avait sa liste pour attaquer les adjoints"

"Tout ça était cousu de fil blanc", réagit quand à lui le maire de Boulogne-Billancourt, M. Baguet, à propos de cette séance. "Pourquoi a-elle a retiré son masque lors du conseil municipal ? C'était bien pour qu'on la reconnaisse alors qu'elle était filmée par un de ses collègues". Sur sa décision de couper le micro, il le justifie de par son rôle de maire. "Je suis là pour faire respecter la police au sein de l'assemblée. Lorsqu'il qu'il y a des attaques ad hominem, je fais deux mises en garde puis je lui coupe son micro".

Selon lui, Pauline Rapilly-Ferniot l'attaque régulièrement. "Trois jours avant, elle avait déposé un vœu qu'elle voulait que l'on étudie et qui ciblait une adjointe femme. Le jour du conseil, j'ai dû lui expliquer que ce n'était pas possible. C'est un coup monté", proteste l'édile qui ajoute : "Que l'on s'attaque à moi, ce n'est pas un problème. Mais qu'elle attaque des élus, ce n'est pas acceptable. C'est quelqu'un qui est totalement dans les attaques personnelles, il faut avoir cela en tête".

Quant aux comportements sexistes de la part de certains adjoints, le maire reconnait qu’ils ont pu exister. "Il y a un adjoint qui a dérapé le jour de la photo. Cet adjoint, quand je l'ai su, je l'ai recadré en privé. Je lui ai dit que ce n'était pas malinMais Madame Pauline Rapilly-Ferniot a contesté cela, elle fait de la politique, elle se bat en ce moment pour être tête de liste dans les Hauts-de-Seine". Et de conclure : "Si j'étais misogyne, sexiste, est-ce que vous pensez que je serai encore élu et aussi bien ? Je suis un humaniste connu et reconnu".

Depuis la publication de cette vidéo, Pauline Rapilly-Ferniot indique avoir reçu des centaines de messages de femmes qui subissent ces comportements, élues ou dans leur quotidien. "J'espère que la médiatisation va générer une prise de conscience", Elle va ainsi proposer au prochain conseil municipal de mars une journée de formation sur le sexisme et les moyens de lutter contre.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
société politique