Après six semaines de grève, des institutrices toujours mobilisées et des parents démunis à Clichy

Depuis six semaines, à la maternelle Jacques Prévert de Clichy dans les Hauts-de-Seine, les élèves de deux classes n'ont pas eu école. Les professeurs en grève ne peuvent être remplacés et les élèves n’ont pas été répartis dans les autres classes. Les parents redoutent que cette situation « inédite » perdure après les vacances et tentent avec la mairie de trouver des solutions.

« Entre les vacances d’hiver et les vacances de printemps les enfants ont eu classe sept fois. » Au téléphone, Mélissa Vincent-Didiot, mère d’un petit garçon de 4 ans et demi, scolarisé à l’école Jacques Prévert de Clichy se désole de ce constat. « La maîtresse est gréviste et cela s’inscrit dans un mouvement reconductible. »

La continuité pédagogique n’est pas assurée. Les enfants des deux classes concernées n’ont pas pu être répartis dans les trois autres. Deux enseignants ont en effet cessé le travail depuis maintenant six semaines.

« Je suis arrivée à un point où je ne peux pas aller en classe comme si de rien n’était. Je me dis que c’est maintenant qu’il faut se mobiliser pour ne pas laisser les choses empirer »

Une enseignante en grève

Contactée, l’une d’entre elle, confirme, elle est entrée dans le mouvement dès janvier mais a entamé une grève plus dure à partir du 20 mars. Elle le reconnaît : « Pour nous c’est compliqué comme situation, on a une part de culpabilité, ce n’est pas tous les jours facile. On entend la colère et l’inquiétude des parents. Mais je suis arrivée à un point où je ne peux pas aller en classe comme si de rien n’était. Je me dis que c’est maintenant qu’il faut se mobiliser pour ne pas laisser les choses empirer. La grève implique des sacrifices nécessaires. » 

Elle a donc rejoint l’AG interprofessionnelle 92 qui fédère des enseignants, des postiers, des intérimaires, des retraités et des étudiants de l’université de Nanterre. « Pour ne pas me sentir isolée » dit-elle. « Des tournées dans les établissements sont organisées pour aller à la rencontre d’autres professeurs, des journées « école morte » sont mises en place, parfois avec le soutien des parents d’élèves. » Dans les communes voisines comme Gennevilliers et Nanterre, le corps enseignant reste très mobilisé. La réforme des retraites a été l’élément déclencheur. Le 49.3, la validation de la loi par le conseil d’Etat, rien ne semble entamer la détermination des grévistes ni de cette enseignante. L’autre raison de la colère, ce sont les fermetures de classes.

Un service minimum d'accueil assuré par la mairie

Dans cette école Jacques Prévert, il n’y a pas de représentants des associations de parents d’élèves. Malgré tout, ils tentent de rester soudés et de trouver des solutions. La mairie a bien mis en place un dispositif de service minimum d’accueil. La municipalité a dû recruter deux animateurs présents du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30. « Les enfants sont accueillis par des animateurs, ce ne sont pas les mêmes qu’au centre aéré. Les élèves ne sont pas dans leur classe, mais dans une salle dédiée. Il y a des activités, ils sont surveillés mais un peu livrés à eux-mêmes », décrit Mélissa. Elle a préféré retirer son fils de l’école une semaine avant les vacances pour l’envoyer chez ses grands-parents. Mais le retard accumulé commence à se faire sentir sur son fils, comme sur ses camarades de classe, « son comportement a changé, son vocabulaire aussi. » Elle ajoute : «Tous les enfants n’ont pas le même accompagnement chez eux. Il y a un facteur pédagogique et un facteur psychologique. Ils n’ont plus de maîtresse depuis 6 semaines, ils sont perturbés. » Et selon la mère de famille « pour les parents à ce niveau, c’est plus difficile de suppléer la maîtresse. »

L'institutrice le confirme : « Le retard accumulé, c’est sûr, il y en aura. Cette année j’ai la chance d’avoir 22 élèves, j’ai pu mettre des choses en place et prendre de l’avance. Je ne sais pas si je bénéficierai des mêmes conditions l’année prochaine. »

« Il y a dans cette situation deux droits qui se confondent : le droit à manifester et le droit à l’éducation. »

Mélissa Vincent-Didiot, parent d'élève de l'école maternelle Jacques Prévert

Pas de colère dans la voix de Mélissa, cette maman apprécie le travail de l’institutrice et concède « Il y a dans cette situation deux droits qui se confondent : le droit à manifester et le droit à l’éducation. »

Si certains parents d’élèves sont très remontés contre ce mouvement de grève, d’autres comprennent malgré les répercussions sur leurs enfants. Mélissa ne critique pas l’engagement du professeur : « Son combat est légitime : elle proteste à la fois contre la réforme des retraites, et contre la dégradation des conditions d’enseignement avec la baisse des moyens qui pourrait se traduire par une augmentation des effectifs dans chaque classe. »

Pendant les vacances, les parents et la mairie à la recherche de solution

Les parents redoutent maintenant le retour des vacances car ils ne veulent pas se retrouver dans la même situation " Nous avons sollicité l’inspectrice de l’académie en fin de semaine : elle affirme qu’à ce stade, il n’y a pas de préavis pour la rentrée. »

Pourtant selon nos informations des assemblées générales se tiennent encore régulièrement. Mélissa souhaite proposer une solution à la maîtresse : ne faire grève que quelques jours par semaine pour pouvoir retrouver les élèves.

Une réunion entre les parents et la mairie est également prévue le 3 mai pour tenter d’envisager la suite. « On veut surtout soutenir les familles », confie Véronique Cabasset, l’adjointe au maire de Clichy en charge de l’éducation. « Oui il y a un droit de grève, mais il y a aussi une obligation d'instruction », ajoute-t-elle. Elle s'inquiète notamment pour des enfants qui sont aujourd'hui déscolarisés.

Mais tout dépend de l’AG interprofessionnelle 92, un rassemblement devant le ministère du Travail est déjà prévu le 28 avril prochain avant la manifestation du 1er mai.