Le maire de Colombes condamné pour avoir comparé la police à celle de Vichy

Le maire EELV de Colombes (Hauts-de-Seine) Patrick Chaimovitch a été condamné ce mardi à une amende de 3 000 euros par le tribunal de Nanterre pour avoir comparé le "zèle" des policiers et gendarmes qui "traquent les migrants" à celui de "leurs ancêtres" ayant "mis en œuvre la rafle du Vel d'Hiv".
Patrick Chaimovitch le 28 juin 2020 lors de sa victoire aux municipales à Colombes.
Patrick Chaimovitch le 28 juin 2020 lors de sa victoire aux municipales à Colombes. © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Lors d'une cérémonie de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv à Colombes le 19 juillet 2020, l'élu de 64 ans avait déclaré : "Les policiers français, les gendarmes français qui ont obéi aux ordres de leurs supérieurs en mettant en oeuvre la rafle du Vel d'Hiv et d'autres rafles après et ailleurs sont les ancêtres de ceux qui aujourd'hui, avec le même zèle, traquent les migrants, les sans-papiers".

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait dénoncé des "propos scandaleux et insupportables" et porté plainte pour injure publique envers la police et la gendarmerie nationales.

À l'audience en mai, le ministère public avait requis une amende de 3 000 euros contre l'élu, estimant qu'avec ces propos, "on traite les policiers français, en comparant leur corps sous Pétain et leur corps actuel, de fils de collabos". Il était poursuivi pour "injure publique envers un corps constitué, un fonctionnaire, un dépositaire de l'autorité ou un citoyen chargé d'un service public par parole, écrit, image ou moyen de communication par voie électronique".

"Comprendre que la phrase soit ambiguë"

"Quand on est dans un discours, il faut résumer. J'ai eu tendance à ramasser un certain nombre de propos", avait indiqué Patrick Chaimovitch à la barre, ajoutant "comprendre que la phrase soit ambiguë et ait pu être mal perçue".

"Je n'ai jamais généralisé, c'est l'interprétation qui en a été faite après", avait argumenté l'édile en expliquant avoir voulu viser "les comportements individuels de certains policiers". Ce discours du 19 juillet était teinté par l'émotion, a par ailleurs expliqué Patrick Chaimovitch, racontant que ses "grands-parents maternels ont été déportés et exterminés à Auschwitz".

13 000 juifs arrêtés les 16 et 17 juillet 1942

Patrick Chaimovitch avait déjà exprimé ses regrets dans un communiqué, tout en rappelant son "soutien aux policiers et aux gendarmes qui exercent la lourde responsabilité républicaine de sécurité dans des conditions extrêmement difficiles". "Il n’y a pour moi aucune comparaison possible entre police et gendarmerie d’un État démocratique d’une part, et police et gendarmerie de l’État pétainiste, d’autre part", avait souligné l’édile.

"Le passé doit nous inciter à défendre l’État de droit et à être vigilant contre tous les bafouements des droits humains", avait ajouté le maire. Il évoquait alors une "polémique agitée par l’extrême-droite sur les réseaux sociaux", ainsi qu’une mauvaise compréhension de ses propos.

Les 16 et 17 juillet 1942, quelque 13 000 juifs ont été arrêtés à leur domicile par des policiers et gendarmes français avant d'être rassemblés au Vélodrome d'Hiver pour être envoyés en camp de concentration, d'où beaucoup ne sont jamais revenus.

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac avait été le premier président à reconnaître la responsabilité de la France dans les déportations de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

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