Logements insalubres : "Le business des marchands de sommeil est en plein essor"

Selon Mediapart, un septuagénaire qui vivait dans "un box de parking insalubre", dont serait propriétaire le député LR du Val-de-Marne Michel Herbillon, est "décédé dans le plus grand dénuement". Alors que l’élu dénonce un "article infamant", l’association Droit au logement alerte sur l’essor des "logements indignes".

Il est "décédé dans le plus grand dénuement à l’âge de 76 ans". Selon une enquête de Mediapart publiée dimanche, "Monsieur Raymond", un jardinier foudroyé par une crise cardiaque et retrouvé mort sur un trottoir de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) en avril 2022, a vécu "pendant des années" dans "un box de parking insalubre et sans fenêtres" dont serait propriétaire le député LR du Val-de-Marne Michel Herbillon.

D’après le média d'investigation, le "garage" loué par le jardinier se situait au sous-sol d’une résidence : "Dans ce box d’une dizaine de mètres carrés, sans fenêtres, le septuagénaire dormait sur un lit de fortune (deux petits matelas mis bout à bout sur une planche), avec un rideau et un petit radiateur d’appoint. Des bouteilles de jus de fruits, des boîtes de petits pois, un paquet de purée et des briques de lait étaient stockés sur plusieurs étagères. La cave était sale, il y avait même des excréments dans un coin."

Mediapart précise que le gardien de la résidence a confirmé avoir mis en relation "Monsieur Raymond" et le propriétaire du box. Le média précise dans son enquête avoir contacté Michel Herbillon "à de multiples reprises", mais que ce dernier "n’a donné suite à aucune" des sollicitations, malgré de "nombreuses relances".

Le député dénonce "une infamie"

Contacté par France 3 Paris Île-de-France, l’équipe du député dénonce "un article infamant et mensonger". Dans un communiqué, l'élu pointe du doigt "une véritable calomnie" et "un article à charge de Mediapart qui met gravement en cause mon honneur". "On m’accuse d’être un marchand de sommeil, d’exploiter la misère humaine et d’avoir en toute connaissance de cause logé une personne âgée dans un box. C’est une infamie", écrit Michel Herbillon, évoquant des "allégations mensongères".

"En 2005, mes parents qui habitaient un appartement à Châtenay-Malabry depuis des décennies ont souhaité disposer d’un box rattaché à leur appartement pour y garer leur voiture. Cette même année, je suis devenu propriétaire de ce box situé en sous-sol dans la résidence voisine de la leur, parmi un ensemble d’une cinquantaine de garages. Cette acquisition, dont je n’avais nul besoin, a été réalisée en contrepartie d’une donation de mes parents car ils souhaitaient que ce soit fait ainsi", raconte le député.

"Il va de soi que je ne me suis jamais occupé de ce box qui était naturellement rattaché à l’appartement de mes parents. Je ne connaissais pas son emplacement exact et je n’ai d’ailleurs jamais disposé des clés qui ont toujours été détenues par mes parents. A la suite du décès de mon père en 2016, ma mère, alors âgée de 90 ans, a laissé ce box vacant. C’est par la suite, sur sollicitation du gardien de la résidence, qu’elle a accepté de mettre à disposition le box" au jardinier, "qui recherchait un local pour y entreposer son matériel et ses outils", poursuit l'élu.

"En septembre 2020, ma mère, après plusieurs hospitalisations de longue durée, est rentrée en EHPAD. C’est au moment où ma mère décide de vendre l’appartement et le box que j’apprends cette mise à disposition. A aucun moment, ni ma mère, ni moi n’avons eu connaissance que" le jardinier "utilisait ce local autrement que pour y entreposer son matériel", ajoute Michel Herbillon. "A partir de septembre 2021, l’agence immobilière à qui j’ai donné mandat pour la vente, m’a dit avoir fait visiter ce box sans me faire d’observations particulières sur l’usage de celui-ci. Ce n’est que par l’intermédiaire d’une seconde agence immobilière (à qui j’ai donné ensuite mandat en juillet 2022) que j’ai appris le décès" du jardinier, assure-t-il.

"C’est avec sidération et une grande tristesse que j’ai découvert à ce moment-là qu’il dormait dans ce box", affirme le député, qui dit s'être alors "étonné qu’à aucun moment personne n’ait alerté ou n’ait été alertée sur la situation" du jardinier. "Loin de l’instrumentalisation scandaleuse qu’en fait Mediapart, la réalité est hélas une bien plus triste histoire, celle d’un homme seul dont la dignité lui a fait taire sa détresse", écrit l'élu, qui assure que le jardinier n’a jamais "évoqué ses difficultés personnelles auprès de ma mère, ce que je regrette profondément car j’aurais pu lui venir en aide".

"Le vrai problème, c’est la crise du logement qui s’aggrave"

Jean-Baptise Eyraud, porte-parole du Droit au logement (DAL), ne souhaite pas faire de commentaires à propos de l’enquête de Mediapart, en l’attente de plus d’informations. "C’est une histoire très triste malheureusement, nous avons souvent été amenés à aider à reloger des occupants de logements insalubres", explique-t-il. Le porte-parole évoque par exemple le cas actuel d’"un couple qui vit dans un sous-sol dans le 7e arrondissement de Paris, dans un bel immeuble bourgeois, en payant près de 500 euros par mois pour moins de 9m2".

"Pourquoi des gens se logent-ils dans des box et des placards à balai ? Le vrai problème, c’est la crise du logement qui s’aggrave, avec un manque de logements sociaux et des loyers trop chers. Et ce alors qu’on n’a jamais compté autant de logements libres en France, ce qui alimente la pénurie. Beaucoup de gens acceptent ce genre de conditions parce qu’ils n’ont rien d’autre. Le business des marchands de sommeil est en plein essor. On nous signale par exemple des lits superposés loués à la semaine dans des chambres. Même un lit de 2m2, c’est mieux que la rue", poursuit Jean-Baptise Eyraud.

Le porte-parole du DAL, qui appelle à "réguler les loyers ainsi que le marché de l’immobilier, et proposer plus de logements sociaux", évoque aussi la proposition de loi sur les "îlots insalubres". "L’idée est de faciliter les expropriations, de mettre à jour les procédures. Il faudrait également améliorer les conditions de relogement des occupants de logements insalubres, parce que les propriétaires trouvent souvent des parades. Et quand on durcit la loi, les marchands de sommeil sont plus durs avec les habitants, qu’ils expulsent illégalement, avec des plaintes qui ne sont pas suivies d’effets", note-t-il.

Jean-Baptise Eyraud pointe enfin du doigt le "décret du 29 juillet 2023", qui "autorise la location de logements avec jusqu'à 1,80 mètres sous plafond", de "logements enterrés en sous-sol" avec certaines conditions et de "logements-couloirs de moins de 2 mètres de large". Soit "un appel du pied aux marchands de sommeil", avec "des normes de salubrité tirées vers le bas", selon le porte-parole du DAL.