Après les Jeux Olympiques de Paris 2024, pourrons-nous un jour nous baigner dans la Seine ?

Dans un tweet publié le 7 juin dernier, Pierre Rabadan, maire adjoint de Paris chargé de la Seine affirme que fleuve est en capacité d’accueillir des épreuves sportives. Il s’appuie sur des analyses qui vont dans le sens d’une propreté de plus en plus irréprochable. Bientôt la porte ouverte à la baignade ?

"Les premiers résultats de la qualité de l’eau de la Seine de la saison estivale 2023 sont arrivés", s'enthousiasme l'adjoint (Parti socialiste) à la maire de Paris chargé du sport, des Jeux Olympiques et Paralympiques et de la Seine. Dans ce post Twitter rédigé le 7 juin dernier, Pierre Rabadan évoque une "qualité excellente pour les Test Évents de cet été, les épreuves historiques dans la Seine des JOP puis pour le grand public en 2025 !"

Un autre indicateur plaide dans le sens des affirmations de l’élu. Le syndicat d’assainissement des eaux en Île-de-France (Siaap) rappelle que les concentrations en bactéries dans la Marne, à Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne), "ont été divisées par un facteur 10 par rapport à l’été 2022". Selon le Siaap, cette concentration était de "3000 pour 100 ml d’eau mesurée" cet été-là, quand elle n’est plus que de "200 à 400 pour 100 ml d’eau mesurée" aujourd’hui. Une donnée importante, car il existe des liens forts entre la Marne et la Seine. Si la première est polluée, ce sera aussi le cas de la seconde.

À un peu plus d'un an de ces Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, on fait l'état des lieux sur cette potentielle future baignade dans la Seine.

Paris, prête pour les JO ?

L’enjeu est de taille car fin août, des Test Event auront lieu dans la Seine. Une sorte de teasing pour montrer que la Seine est propre et que Paris est prêt à accueillir les JO. Les athlètes et paratriathlètes devront notamment nager 1,5km dans le fleuve, au cours de ces épreuves. Une course qui implique une propreté irréprochable. Pour cela, la réglementation en vigueur fixe des seuils de présence de deux bactéries d’origine fécale, Escherichia coli (E. coli) et les entérocoques, pour juger si l’eau est propice à la baignade. Ces règles sont basées sur une directive européenne.

D’après Pierre Rabadan, maire adjoint notamment en charge de la Seine, les données vont plutôt dans le bon sens, à quelques mois de ces épreuves. L'élu parisien s'appuie sur des "prélèvements quotidiens réalisés chaque été". Ils sont effectués sur deux sites à Paris : au Pont-Marie (près de l'Île-Saint-Louis) et au pont Alexandre-III (Invalides). D'après le maire adjoint, les quatre stations de prélèvement situées sur ces deux sites affichent des résultats "excellents" pour la bactérie Escherichia coli (responsable de gastro-entérites et de diarrhées). Un seul prélèvement avait fait exception. Cette fois-là, les résultats étaient alors qualifiés de "suffisants", pour cette même bactérie.

Outre ces prélèvements favorables, l’adjoint à la maire de Paris met en avant des "travaux de raccordement aux ports des eaux usées des plus de 200 péniches". Le bassin de stockage des eaux pluviales d’Austerlitz doit aussi être opérationnel début 2024. Sa capacité d’environ 50 000m3 permettra d’accueillir les rejets polluants, en cas de fortes pluies. Pierre Rabadan n’élude pas non plus la possibilité de compter sur le coup de pouce d’un autre allié de circonstance : le soleil. D’après l’élu, le "très beau temps" pourrait avoir un possible impact car "le soleil est un bon destructeur de bactéries".

Baignades grand public : objectif 2025 ?

Si nul n’imagine que Paris puisse annuler les épreuves dans la Seine en 2024, autoriser le grand public à y faire trempette est une autre problématique. Incontournable de la vie parisienne au 13e siècle, le bain dans la Seine est interdit depuis 1923. Même chose dans la Marne, depuis 1970. En cause, des bactéries présentes en nombre trop important, en particulier celles qui provoquent gastros et diarrhées (Escherichia coli et entérocoques).

Pour réduire ces taux de bactéries, près d’1,4 milliards d’euros de travaux sont en cours aux abords de la Seine et de la Marne en Ile de France, avec les JO en ligne de mire, ou plutôt en épée de Damoclès : modernisation des systèmes d’assainissement des eaux usées, branchements de la totalité des riverains des fleuves au tout-à-l’égout, création de retenues d’eaux pluviales, par exemple.

Jusqu’à présent, l’eau de beaucoup de toilettes – avec les bactéries et virus qui s’y promènent joyeusement – se déversait dans nos fleuves. Grâce à la modernisation du système d’assainissement francilien, la situation s’est beaucoup améliorée. "Ces 20 dernières années, les concentrations en bactéries fécales dans les rivières Seine et Marne ont été divisées par 2 en amont de Paris (Val de Marne, Seine Saint Denis) et par 10 à l’aval de Paris (Yvelines)", se réjouit François-Marie Didier, président du SIAAP (Service public de l’assainissement francilien).

Le hic, c’est le mauvais temps. En période de forte pluie, les stations d’épuration débordent et le trop-plein d’eaux non traitées s’évacue dans les fleuves. La qualité de l’eau baisse alors momentanément. Au lieu d’interdire la baignade après de fortes pluies, les autorités préfèrent l’interdire toute l’année, au grand désespoir de certains.

Le combat pour l'ouverture de sites de baignade

Le maire (Les Républicains) de Saint-Maur-des-Fossés, Sylvain Berrios, se bat depuis des années avec le Syndicat Marne Vive qu’il préside, pour que le principal affluent de la Seine soit rouvert à la baignade. "Chaque année, en moyenne, nous correspondons aux critères d’eau propre 37 jours durant l’été. Je ne comprends pas pourquoi la Préfecture d’Ile-de-France persiste à nous interdire la baignade. C’est une obsession administrative".

D’après une directive européenne, retranscrite en droit français, on ne peut se baigner dans une rivière si la qualité de son eau n’est pas saine 90% du temps 4 années de suite. Comme lui, de nombreux élus des bords de Marne demandent une dérogation pour délivrer des arrêtés autorisant la baignade quand la qualité des eaux le permet. "Comme en ce moment !", insiste l’élu.

Les bons chiffres vantés par Paris ne nous étonnent pas puisque la Marne - qui alimente la Seine - est tout aussi propre et donc baignable depuis début juin.

Sylvain Berrios, président du Syndicat Marne Vive

à France 3 Paris-Île-de-France

Dans cette commune, les premiers résultats effectués début juin au futur site de baignade dit "du Beach" sont encourageants selon l'élu. "Escherichia coli : 1047 pour 100 ml d'eau mesurée et les entérocoques intestinaux à 76 pour 100 ml d'eau mesurée", selon la commune. Rappelons que les limites européennes sont fixées à 1000 pour 100 ml d'échantillon d'eau pour Escherichia coli et 400 pour 100 ml d'échantillon d'eau pour les entérocoques.

La commune, qui organise chaque année le Big Jump – un plongeon organisé dans toute l’Europe pour montrer que les habitants veulent se baigner à nouveau dans leurs rivières - a candidaté en 2016 pour ouvrir un site de baignade estivale après les Jeux Olympiques. Dans la Métropole du Grand Paris, 16 villes riveraines de la Seine et de la Marne ont ainsi candidaté pour profiter de l’héritage des Jeux Olympiques.

Autre commune mobilisée pour ouvrir dès que possible des sites de baignade : Rueil-Malmaison. Deux points de baignade seront finalement retenus, dans la ville. La commune dirigée par Patrick Ollier (Les Républicains), ambitionne de se préparer au plus vite, dès que la Seine sera déclarée ouverte à la baignade. "C'est un dossier qui prend du temps. Il y a une problématique géographique : il est plus difficile de rendre l'eau accessible à la baignade en aval de Paris, plutôt qu'en amont. Il y a néanmoins un volontarisme pour mener ce projet, avec 3 ans de travail et des réunions entre élus pour faire converger les idées de baignade", explique-t-on du côté de la ville.

"Il y a aussi une partie propreté : la qualité de l'eau s'améliore, et une partie logistique, pour organiser les points de baignade. Il y a une organisation par anticipation pour mettre en place des équipements pour permettre de se baigner, quand la qualité de l'eau sera jugée propre à la baignade. Rueil étudie cette ouverture des points de baignade au plus tôt pour 2024 et au plus tard pour 2025", ajoute la commune.