BD : de beaux pavés à glisser au pied du sapin de Noël

Vous cherchez des bulles pour passer les fêtes ? Voici une sélection de bandes dessinées connues, reconnues - ou un peu moins - pour passer en 21 ! Des beaux-livres, des albums à garder ou à offrir, des pavés de Paris, d'ici ou d'ailleurs ...

Le pavé de Paris d'Emmanuel Guibert - Ed. Dupuis
Le pavé de Paris d'Emmanuel Guibert - Ed. Dupuis © Didier Morel - France 3 Paris IDF

L'année 20 de la BD, celle officielle pour célébrer le neuvième art à sa juste mesure, a en fait été bien malmenée et peut-être aussi très mal menée. Il n'empêche que la production est toujours aussi abondante et le choix bien difficile. Alors derrière les très bons blockbusters, comme le tome 5 de L'arabe du futur de Riad Sattouf aux éditions Allary, ou bien Lucky Luke, un cow boys dans le coton d'Achdé & Jul aux éditions Lucky comics, il y a la place pour une foultitudes d'albums à découvrir et à offrir. Coup d'œil dans le rétroviseur de l'année qui s'achève.

"Un dessinateur des rues, c'est quelqu'un qui s'arrête, qui se pose, qui prend son temps. Peu de gens font ça dans Paris. Qui s'arrête ? Les vieux pour reprendre leur souffle. Les clochards qui n'ont nulle part où aller. Du coup, on parle avec les vieux et les clochards. Une façon de traverser Paris serait de passer d'un bras de vieillard à un autre." Ainsi démarre le récit de ce très beau livre pas comme les autres : Le Pavé de Paris imaginé par Emmanuel Guibert. Une promenade dessinée dans la capitale, une balade ethnographique avec des croquis de Parisiens à travers les rues, une déambulation crayonnée de lieux simplement beaux, parfois célèbres ou souvent considérés comme insignifiants, tout simplement parce qu'on ne prend plus le temps de poser notre regard dessus. Entre dessins et pérégrinations, une rencontre est racontée. A chacun de picorer ; voici ma préférée :

"Une petite fille m'arrête sur le trottoir.

Elle - Monsieur, vous savez c'est quoi, la date de l'Amérique  ?

Moi - Comment comment ?

Elle - La date que Christophe Colomb il a découvert l'Amérique ?

Moi - Quatorze cent quatre-vingt-douze.

Elle - Comment ça s'écrit ?

Moi - Un, quatre, neuf, deux.

Elle - Merci monsieur.

Elle rejoint en trois bonds une porte cochère, tapote un clavier, pousse la porte et disparaît. 1492, c'était son code. Rarement été aussi heureux de connaître par cœur un date d'histoire."

Emmanuel Guibert

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2020 est son année. Le parisien Emmanuel Guibert a été couronné par le Grand Prix du 47e Festival d'Angoulême en janvier. Une exposition, Biographies dessinées, lui est consacrée à l’Académie des Beaux-arts de Paris cet automne. En  janvier 21, présidera le festival d’Angoulême. On pourra y découvrir une exposition/rétrospective en forme d'hommage. Ce pavé est aussi l'occasion de nous rappeler ce qui a fait sa renommée avec le même sens du détail juste : ses biographies dessinées : La guerre d'Alan, le Photographe

Le mot de l'éditeur : Emmanuel Guibert est un graphomane. Depuis le début des années 1990, il remplit des carnets qui façonnent ce regard plein de perspicacité et d'humanité qu'il pose sur le monde, en observant, en réfléchissant et en ramenant le dessin dans le fil de ses pensées et de sa conversation. De la gouache au crayon, l'artiste prend ce qu'il a à portée de main pour attraper ses choses vues, avec toute la virtuosité et la richesse de sa palette graphique. En piochant dans ses carnets, il proposait déjà en 2004 aux Éditions Ouest France "Le Pavé de Paris", une balade dans les rues de la capitale à travers une galerie de plus de 400 instantanés accompagnés de commentaires et de souvenirs.

"Vous devriez essayer. Face à un chef d'œuvre de la peinture ou devant une statuette qui ne la ramène pas mais vous remue, laisser tomber l'audio guide ou le téléphone portable… sortez simplement de votre poche le petit carnet de rien du tout… Et faites un dessin…"

Emmanuel Guibert

A noter : un autre album d'instantanés piochés dans ses carnets vient de paraître également : Légendes - dessiner dans les musées et autres lieux de cultes - éd. Dupuis. Du musée Gustave Moreau à l'église Saint-Sulpice à Paris en passant parmi les musées à renommées mondiales comme le Rijksmuseum à Amsterdam ou la Tate Gallery à Londres.

Pour feuilleter : Le pavé de Paris d'Emmanuel Guibert - éd. Dupuis

"- Si votre maison brûle, qu'emportez-vous ? Le feu" - Jean Cocteau

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Dans ce très bel album en noir et blanc, richement dessiné, Laureline Mattiussi & François Rivière livrent un portrait sans concession de celui qu'ils surnomment l'enfant terrible ou le mondain infernal de la création du siècle dernier. Si comme moi vous avez découvert Cocteau à travers ses films, admiré ses dessins à la ligne claire, et si ça vous a plu, alors avec ce roman graphique, vous saurez comment il mourut et comment il vécut. Tout commence en 1902 au lycée du petit Condorcet à Paris avec sa rencontre avec Dargelos, son premier désir d'amitié masculine. Tout l'album se construit ensuite autour d'une sorte de tribunal où est mis en accusation celui qui sut comment traverser les miroirs.

"Jean Cocteau. On vous accuse d'être un touche-à-tout, un dilettante mondain, un séducteur opportuniste, un poète superficiel et fantaisiste."

extrait de Cocteau, l'enfant terrible

Rien n'est moins vrai, mais son contraire aussi, tant son œuvre, comme sa vie, ne suit aucune logique - lui qui a été tour à tour poète, dramaturge, écrivain, réalisateur, dessinateur. Cette biographie dessinée réussit le tour de force de donner du sens à la trajectoire artistique de l'auteur de La belle et la bête à l'immortel qui se retira dans sa maison de Milly-la-forêt (91) où il a choisi d'être enterré avec cette simple épitaphe : "Je reste avec vous."

Le mot de l'éditeur : L’itinéraire d’un artiste inclassable - Écrivain, cinéaste, poète ou encore dessinateur, Jean Cocteau (1889-1963) semble avoir eu mille vies. Retour en détail sur la trajectoire d’un enfant terrible… Laureline Mattiussi et François Rivière mêlent éléments biographiques et évocations oniriques de Jean Cocteau et de son œuvre aux multiples dimensions. Cocteau est un esthète d’une rare intensité, bouleversé par les avant-gardes de son époque : Richard Strauss, Picasso ou encore le jeune Raymond Radiguet, que Cocteau porte à bout de bras. Les amours, les excès, les bons mots et l’œuvre protéiforme de Cocteau se retrouvent dans cette biographie en noir et blanc au trait puissant et évocateur.

Pour feuilleter : Cocteau, l'enfant terrible de Laureline Mattiussi & François Rivière - éd. Casterman

Ce premier tome est une ode à l'enfance de François, un gamin amoureux des animaux de toute sorte, à son instituteur Monsieur Boniface (le premier métier de Zidrou, le scénariste), un homme qui aime transmettre avec le sourire et surtout une formidable relecture du Marsupilami de Franquin.

Loin des joyeux "Houba, Houba !" auxquels elle nous a habitués dans Les aventures de Spirou et Fantasio, la bête est ici dépeinte de façon très réaliste, comme traquée et possiblement très dangereuse comme son regard l'indique sur la couverture. L'action se déroule dans la Belgique pluvieuse d''après guerre quand les cicatrices, reprochées comme honteuses, sont bien loin d'être pardonnées. François est en effet né de l'amour de sa mère pour un occupant allemand.

Trois vidéos pour découvrir le travail sur ce bel objet livre : 

Considéré par la critique comme "un véritable choc graphique et un des événements marquants de cet automne BD", c'est la bande dessinée à offrir à tout âge sans hésiter. Car même si ce récit est noir et peu faire peur à tout instant, les dessins de Frank Pé, l'auteur de la série écolo avant l'heure Broussaille, illuminent ce monde de l'enfance.

Samedi 12 et dimanche 13 décembre, à partir de 14h00, Frank Pé sera parmi nous à l'occasion de la sortie de son nouvel...

Publiée par La Librairie Ephémère sur Mercredi 9 décembre 2020

Une vingtaine de dessins originaux de Frank Pé sont présentés dans à la librairie Ephémère de Coulommiers (77). A cette occasion, un journaliste du pays Briard a eu la chance d'être invité à souper et de pouvoir visiter son atelier en Belgique. "Au-dessus de la table du salon, des oiseaux en papier sont accrochés au luminaire. Sur le bras du canapé, un crocodile en peluche. Sur les étagères, une vache en porcelaine et partout, des sculptures en bronze, des lions, des gorilles, des éléphants, etc. Une vraie jungle miniature."

"J’aime beaucoup m’entourer d’animaux. C’est comme si j’avais un pied dans la préhistoire ou dans l’histoire de la terre, dans l’histoire de la vie. Quand on la connaît un peu, on peut aller vers ces racines-là. C’est une source d’émerveillement sans cesse renouvelée." - Frank Pé

Le mot de l'éditeur : Capturé en pleine Palombie par des Indiens Chahutas et vendu à des trafiquants d'animaux exotiques, un marsupilami débarque dans les années 50 au port d'Anvers. Réussissant à s'enfuir, il arrive dans la banlieue de Bruxelles et est recueilli par François, un jeune garçon fan d'animaux dont le quotidien est loin d'être facile. Le début d'une aventure passionnante, parfois sombre mais toujours porteuse d'espoir, et d'une belle amitié.

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Les auteurs rendent un superbe hommage à l'animal fabuleux créé par Franquin dans la série « Spirou et Fantasio » tout en dénonçant la maltraitance et le trafic d'animaux exotiques. Une magnifique aventure dont le cœur est l'amitié extraordinaire qui peut unir un enfant à un animal.

Pour feuilleter : La bête de Zidrou & Frank Pé - éd. Dupuis

Depuis Quéquette blues (éd. Dargaud), son premier album qui l'a révélé au grand public grâce à son prix à Angoulême en 1985, Baru n'a pas son pareil pour conter ses souvenirs de jeunesse. Après le quotidien d'adolescents dans cette première trilogie, il a poursuivi cette veine autobiographique avec l'enfance d'immigrés dans les cités ouvrières de Lorraine dans les années 1950 : Les années Spoutnik en 4 tomes (éd. Casterman). Aujourd'hui davantage encore ce sont ces racines italiennes qu'il nous dévoile. 

"Je parle des Italiens, d'abord parce qu'ils sont ce que je connais le mieux, et ensuite parce qu'ils sont devenus, au fil du temps, le parangon de l'intégration à la française, dans le déni total du prix qu'ils ont payé pour cela. Et il a été très lourd."

Baru

La construction est une juxtaposition de séquences très différentes et sans chronologie, comme autant de pièces d'une mémoire morcelée. Le propos peut alors paraître décousu ou le récit fragmentaire, mais ne vous y trompez pas, car il s'agit bien là d'un chant d'amour transalpin, un "canto uno" qui en appelle d'autres (3 volumes prévus). Dans ce premier tome, vous découvrirez notamment à travers ses souvenirs de famille d'ouvriers, mêlés à une fiction réaliste, la véritable histoire du célèbre chant de révolte, devenu un symbole des luttes des deux cotés de la frontière. De Rome à Paris, Bella Ciao accompagne les manifs et chaque entrée en résistance. Hervé Barulea, son vrai nom, est l'un des dessinateurs le plus récompensé à Angoulême, quatre fois déjà, dont le Grand Prix pour l'ensemble de son œuvre. Après 7 ans de silence, ce nouvel album était d'autant plus attendu.

"Je parle des Italiens, d'abord parce qu'ils sont ce que je connais le mieux, et ensuite parce qu'ils sont devenus, au fil du temps, le parangon de l'intégration à la française, dans le déni total du prix qu'ils ont payé pour cela. Et il a été très lourd."

Baru

Le mot de l'éditeur : En s’appropriant le titre de ce chant pour en faire celui de son récit, en mêlant saga familiale et fiction, réalité factuelle et historique, tragédie et comédie, Baru nous raconte une histoire populaire de l’immigration italienne. Bella ciao, c’est pour lui une tentative de répondre à la question brûlante de notre temps : celle du prix que doit payer un étranger pour cesser de l’être, et devenir transparent dans la société française. L’étranger, ici, est italien. Mais peut-on douter de l’universalité de la question ? Teodoro Martini, le narrateur, reconstruit son histoire familiale, au gré des fluctuations de sa mémoire, en convoquant le souvenir de la trentaine de personnes qui se trouvaient, quarante ans plus tôt, au repas de sa communion. Le récit se développe comme la mémoire de Teodoro, tout en discontinuité chronologique. Il y est question d’un massacre à Aigues-Mortes en 1893, de la résistance aux nazis, du retour au pays, de Mussolini, de Claudio Villa, des Chaussettes noires, et de Maurice Thorez… Des soupes populaires et de la mort des hauts-fourneaux… En tout, du prix à payer pour devenir transparent. Avec Quéquette Blues, publié dans les années 80, et les Années Spoutnik, publié au tournant du siècle, Bella ciao peut être vu comme le dernier volet d’une trilogie, pensée comme la colonne vertébrale de l’univers narratif de Baru.

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Pour feuilleter : Bella Ciao (Uno) de Baru - éd. Futuropolis

Indéniablement, il y a du Hugo Pratt chez Patrick Prugne. Pas celui de la période Maltese, mais bien l'esprit de l'auteur de la série Fort Wheeling que l'on retrouve ensuite chez son héritier Manara, quand ils s'aventurent ensemble le temps d'Un été indien

Avec ce cinquième tome en terre indienne, Patrick Prugne poursuit en tant qu'auteur complet sa saga commencée avec Frenchman (2011), suivi ensuite de Pawnee (2013) et Iroquois (2016). Cette année paraît donc Tomahawk qui nous plonge à nouveau dans cet univers de guerre de territoires entre autochtones, Anglais et Français, et se focalise sur l’esprit de vengeance du milicien Jean Malavoy qui s’est mis en tête de retrouver un grizzly tueur. Une nouvelle fois, ce dessinateur adepte talentueux de l'aquarelle, continue de renouveler le genre du récit historique américain. Tout sonne juste dans cet album, on sent que l'auteur prend appui sur une solide documentation bien sûr historique, mais aussi pour représenter les animaux présents dans les colonies du Nouveau Monde, thème central de son œuvre.

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Le mot de l'éditeur : L’histoire d’une vengeance mettant en scène un homme et un grizzly, avec en toile de fond un tournant de l’Histoire Nord-Américaine. En 1756, la France se trouve au cœur d’un conflit majeur qui embrase toute l’Europe et qui l’oppose à la Prusse et à l’Angleterre, son ennemi héréditaire. C’est la guerre de sept ans. Pour les colonies françaises du Nouveau Monde, cette guerre a commencé dès 1754. Les sujets du roi George portent sans relâche l’escarmouche contre les forts français dressés sur leur frontière de l’Ouest. La bataille de Fort Carillon eut lieu au sud du lac Champlain, entre ce dernier et le lac George. Ces deux lacs séparaient la colonie britannique de New York de la colonie française du Canada (Nouvelle-France). L’histoire de Tomahawk débute un mois avant cette bataille et s’achève au moment de l’attaque. Nous suivons Jean Malavoy, jeune milicien, dans un combat contre un gigantesque grizzly...

A noter : Les planches originales sont à découvrir dans la galerie de son éditeur Daniel Maghen à Paris 1er - 36 rue du Louvre

Pour feuilleter : Tomahawk de Patrick Prugne - éd. Daniel Maghen

« Encore merci à Lance Weller pour nous avoir laissés nous amuser avec ses jouets. » Antoine Ozanam, le scénariste, et Jo Bandini, le dessinateur parisien, sont comme deux gamins qui retrouvent le plaisir d’enfance de jouer aux cow-boys. On les imagine bien échanger ainsi : "On dirait qu’on prendrait Wilderness de l’écrivain américain Lance Weller, un premier roman multiprimé, surtout très remarqué pour sa force. On dirait que l’on donnerait forme et visage à son personnage principal, ce vieil homme hirsute vivant seul avec son chien, entre l'océan, la montagne et les forêts pluvieuses." Mais cette histoire n'est pas qu'un jeu dans de splendides paysages au nord de la côte pacifique de l’ouest des Etats-Unis. car en réalité le héros est vétéran sudiste, déchiré entre les soubresauts de ces rares souvenirs heureux et ceux terribles de la guerre de Sécession et de la ségrégation raciale à l'égard des anciens esclaves qui en déoule.

Bien évidemment les deux compères n'ont pas fait que s'amuser avec de jolis joujoux ! Ils ont mis en valeur toute la réflexion morale qui soutend le roman. Comme le racontait Télérama en 2013, "Wilderness, du nom d'une célèbre bataille qui se déroula en 1864 et vit cent cinquante mille hom­mes s'affronter dans une forêt dévastée, est un roman prodigieux sur la violence indélébile, sur les horreurs qui hantent les hommes longtemps après, et sur un rêve américain qui s'est bâti sur le sang, celui des « Yankees » et des Confédérés, tous terrassés par la peur et souvent sceptiques sur le sens des carnages." Et c’est là tout le pari réussi d’Ozanam et Bandini le leur libre adaptation : un roman graphique, sauvage et beau, empli de cette pâte humaine propre aux grandes œuvres.

Dessin de la couverture de Wilderness d'après le roman de Lance Weller
Dessin de la couverture de Wilderness d'après le roman de Lance Weller © Ozanam et Bandini - Ed. Soleil

Tout commence par une porte bleue, du bois flotté apporté par la marée comme une ouverture vers les terres apaisées de la mémoire de cet homme. Ensuite c’est une chemise jaune qui devient une sorte de fil conducteur narratif et puis c’est son chien roux, le déclencheur de sa fureur quand il lui est volé. Le passé de sa vie familiale, celui de la guerre qui balaie tout en 1864 et le présent de l’action en 1899 se mélangent au sein de chaque planche alternant différents styles graphiques : noir et blanc, dégradé de gris et couleurs aux noirs profonds et case en contre-jour de toute beauté.
Rien de brouillon dans tout cela car chacun de ces éléments permet de guider le lecteur dans le labyrinthe de ce récit sans qu’il ne soit jamais vraiment perdu. Trois moments de la vie d’un homme au seuil de la fin de sa vie à découvrir sans hésitation.

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Le mot de l'éditeur : 1899. Abel Truman, vétéran sudiste de la guerre civile américaine, vit entre l'océan, la montagne et les forêts pluviales. Dans un dernier soubresaut avant de mourir, il décide de reprendre la route avec son chien. Un ultime voyage vers le souvenir des rares jours heureux qui s'assombrit quand Abel rencontre deux agresseurs qui le laissent pour mort. Dans les décors du nord de la côte ouest des Etats-Unis, la violence, qu'Abel avait enfouie au plus profond de lui depuis la fin de la guerre de Sécession, remonte et vient frapper de nouveau.

Pour feuilleter : Wilderness d’Ozanam et Bandini - Ed. Soleil

Le titre claque et interpelle : Dans mon village, on mangeait des chats. Tout autant que la couverture avec ce regard sombre d’un adolescent sur la découpe en ombre d’un boucher, hachoir brandi bien haut.

Couverture de l'album Dans mon village, on mangeait des chats
Couverture de l'album Dans mon village, on mangeait des chats © Philippe Pelaez & Porcel - Ed. Grand Angle

Selon le scénariste Philippe Pelaez « l’enfance décide de notre futur, elle oriente notre vie d’adulte. » L’histoire ici est celle de l’itinéraire d’un enfant bien peu gâté par la vie, de sa rencontre fondatrice avec le boucher maire du village qui utilise les chats comme ingrédients principal de ses pâtés réputés dans toute la région. De cette rencontre première né naït le destin d’un jeune voyou. 

Principe rare en Bd, le personnage principal nous parle directement.

"J’aime ce mode narratif, car il interpelle le lecteur et le plonge encore plus dans l’histoire : quelque part, il y participe, puisque le narrateur homodiégetique (qui est le héros de son récit) l’interpelle constamment. ... Au cinéma, nombreux sont les réalisateurs qui l’utilisent : Scorsese et Tatantino. L’immersion est beaucoup plus forte."

Philippe Pelaez

L’identification du lecteur avec ce protagoniste en acquiert plus de puissance. C’est ce qui fait que l’on suit avec attention ce jeune destin criminel qui s’appuie également sur une réalité historique : les ISES, Institut Spécialisé d’éducation Surveillée. Créés au début des années 50, ces centres étaient censés adapter leurs méthodes éducatives au comportement de chaque enfant pour aider à leurs apprentissages en opposition aux maisons de correction et autres centres de délinquance juvénile fermés considérés comme autant de carrefours de mauvaises rencontres. Un débat toujours aussi actuel. 

Le mot de l'éditeur : Le parcours initiatique d’un jeune garçon dans le crime organisé.
Les gens viennent de loin pour acheter les pâtés du père Charon, boucher et maire de son village du Sud-Ouest. Une recette dont il garderait jalousement le secret, s’il n’y avait pas le petit Jacques Pujol. Fils d’un père violent et d’une mère qui vend son corps à l’homme qui passe, Jacques n’est lié qu’à sa petite sœur Lily qu’il aime éperdument. Mais une nuit, les deux enfants éventent le secret du boucher... Jacques, devenu meurtrier pour sa survie, raconte sans concession son parcours atypique qui va l’amener à diriger un véritable empire criminel.

À Angoulême, on mangeait aussi des chats (?) Rappel : le succulent polar rural de Philippe Pelaez et Francis Porcel est...

Publiée par Grand Angle sur Mercredi 18 novembre 2020

L'album a été choisi dans la sélection du Prix des Lycées 2021 du Festival d'Angoulême.

Pour feuilleter : Dans mon village, on mangeait des chats de Philippe Pelaez & Porcel - Ed. Grand Angle

Jusqu'à présent dans la famille des Ogres-Dieux, ce sont les mâles qui tenaient le haut de l'affiche. Avec cet ultime album, le scénariste Hubert et le dessinateur Bertrand Gatignol dressent le portrait de la Première-Née, la première enfant géante d'une lignée qui ne cesse de croître en taille et en nombre. Elle est l'ancêtre de tous les autres personnages masculins que l'on a découvert dans les tomes précédents.

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C'est son histoire singulière qui nous est contée, celle d'une femme forte et intelligente qui, pour contrer l'interdit qui lui est fait de sortir du gynécée, fait venir des quatre coins des royaumes environnants tous les livres qu'elle pourra dévorer. Un auteur allemand, Stefan Bollmann, affirme que Les femmes qui lisent sont dangereuses

"C’est une trouvaille qui est le fait d’un homme: Stefan Bollmann, historien de l’art allemand. Il a compris en regardant des tableaux qui appartenaient au XIXe siècle que les femmes qui lisaient pouvaient apparaître comme dangereuses dès lors qu’elles s’emparaient d’un savoir. Il a commencé une encyclopédie visuelle autour des tableaux représentant des femmes qui lisaient."

Laure Adler dans un entretien avec le journal Le Temps

Des femmes qui lisent, il en est question tout au long de ce superbe album de fantasy médiévale. Le parisien Hubert, l'auteur de Miss Pas touche (Dargaud) et Beauté (Dupuis), nous a récemment ébloui avec un récit au féminin "où la sexualité est à nouveau interrogée à travers le prisme du rapport de domination" : Peau d'homme, Grand Prix de la Critique ACBD 2020. Avec Première-née, c'est une nouvelle héroïne qu'il met en scène. Suite à son décès au début de l'année, le site de référence Actua BD analysait ainsi son oeuvre : "La monstruosité, la laideur - intérieure, fantasmée, sociale… face à l’innocence et à la beauté - est une des thématiques majeures de son travail."

Dans ce dernier opus de la saga des Ogres-Dieux, mélange gothique de BD et de contes illustrés, la lecture est une activité considérée au mieux comme inutile par les mâles et surtout par le premier d'entre eux, le fondateur de la dynastie et père de Brégante, dite la Première-Née. Ce roi chérit sa fille, mais il la maintient confinée dans le gynécée du château. Seuls ses fils ont le droit de sortir, de combattre et pour le plus fort d'entre eux, d'espérer régner un jour à sa place. Seule échappatoire vers l'extérieur pour la Première-Née : la lecture. Mais le savoir ne protège pas toujours de la force brutale. Cet album est aussi un terrible rappel de cette réalité : la violence conjugale - un thème encore plus d'actualité en ces périodes éprouvantes de confinement, qui s'affiche sur les murs de Paris comme dans de nombreuses autres villes.

Le mot de l'éditeur : Première-née, le récit d’une vie de combats aux ambitions insatisfaites, celle de la fille aînée du Fondateur, qui se tissa autour de la notion de transmission. Bragante, dite Première-née, âgée et affaiblie, décide de révéler à sa petite-fille la vérité sur son histoire. Elle voua une passion aux livres, et ressentit très tôt l'angoisse de donner la vie. Son statut d’aînée la chargera de l’éducation des derniers-nés, mais ne la protégera pas du plus vaillant à qui son père, le roi, l’a promise. D’aînée, elle deviendra reine, sombrant dans l’aveuglement.

Comme le tome 2 en son temps, ce nouvel opus fait partie de la sélection des meilleures Bandes Dessinées de l'année sélectionnées pour le festival d'Angoulême 21.

Pour feuilleter : Première-Née - Les Ogres-Dieux (t4) d'Hubert & Bertrand Gatignol - Ed. Soleil

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