Le cinéma La Clef continue de projeter des films sur les murs du Quartier latin, en plein confinement

Chaque vendredi soir, La Clef projette un classique sur le mur de l'immeuble voisin. L’occasion de continuer à lutter pour sauver la salle, dernier cinéma associatif parisien, malgré le confinement.

Le soir du vendredi 24 avril, une trentaine de voisins étaient présents dans la rue devant le cinéma pour soutenir l’initiative, en bravant le confinement.
Le soir du vendredi 24 avril, une trentaine de voisins étaient présents dans la rue devant le cinéma pour soutenir l’initiative, en bravant le confinement. © MM / France 3 PIDF
"Cinéma confiné, cinéma condamné ?", "Projection en plein air tous les vendredis à 21h au-dessus du cinéma"… Comme l’indiquent les banderoles et les affiches déployées aux abords de la salle, le cinéma La Clef continue de projeter des films malgré le confinement. A un détail près : les spectateurs ne regardent pas le long-métrage depuis un fauteuil rouge, mais depuis leur balcon. Située au 34, rue Daubenton dans le 5e arrondissement de la capitale, la salle parisienne diffusait ainsi ce vendredi L'Homme qui n'a pas d'étoile de King Vidor, un western avec Kirk Douglas sorti en 1955.

"C’est somptueux, raconte Marie, une habitante du Quartier latin, depuis son balcon. En plus c’est une équipe qui lutte pour le cinéma La Clef soit sauver, et c’est absolument magnifique de partager ça avec tout le monde. Et moi, je suis aux premières loges. Je trouve ça poétique et généreux, et comme c’est écrit en bas, la lutte est contagieuse."

On essaye de montrer à tout le monde qu’on gère comme on peut

Dernier cinéma associatif parisien, la salle – dont le bâtiment appartient au comité d'entreprise de la Caisse d'épargne d'Île-de-France – est à vendre. En conflit avec les propriétaires, une association, Home Cinéma, occupe les lieux depuis septembre dernier. "On essaye de montrer à tout le monde qu’on gère comme on peut, bénévolement, explique son président, Derek Woolfenden. Et on voudrait que nous, ou une autre asso, fasse pareil mais légalement. Evidemment on dépend du propriétaire, pour qu’il accepte de le vendre toujours à son prix, mais pour une association dédiée à la projection des films dits "fragilisés"."
Derek Woolfenden, président de l’association Home Cinéma.
Derek Woolfenden, président de l’association Home Cinéma. © MM / France 3 PIDF
L’association revendique une action illégale. Vendredi soir, une trentaine de voisins étaient présents dans la rue pour soutenir l’initiative, en bravant le confinement. "C’était le cinéma de ma fac, et voir ce cinéma qui a tellement de mal à continuer à exister, le faire dans une forme de résistance… Oui, ça me touche", confie un jeune homme.

L’association Home Cinéma, qui a été condamnée à 4 000 euros d’amende et 350 euros d’astreinte par jour à partir du 8 mai, a fait appel. Elle compte entre autres sur la médiation de la Ville de Paris, qui soutient son combat. Pour ce qui est des projections du vendredi soir, le cinéma avait déjà programmé La Nuit du Chasseur (1955) de Charles Laughton, avec Robert Mitchum, et L'An 01 (1973) de Jacques Doillon.
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