Coronavirus : les hôtels de la région parisienne face aux nombreuses annulations de touristes chinois

Les hôtels de Paris et d’Île-de-France commencent à pâtir des nombreuses annulations, en raison de l'épidémie de coronavirus. La région parisienne représente la destination européenne la plus visitée par les touristes chinois.
Un groupe de touristes chinois avec des masques respiratoires de protection contre les virus dans le quartier des grands magasins, le 29 janvier.
Un groupe de touristes chinois avec des masques respiratoires de protection contre les virus dans le quartier des grands magasins, le 29 janvier. © IP3 PRESS/MAXPPP
Alors que la mairie de Paris a demandé à la ministre de la Santé que les personnes récemment revenues de Chine soient soumises aux mêmes procédures d’isolement que les rapatriés, le nouveau coronavirus commence à avoir des conséquences économiques. Le président du Groupement national des chaînes hôtelières (GNC), Jean-Virgile Crance, a en effet pointé du doigt mardi les nombreuses annulations de la clientèle chinoise, en particulier celle voyageant en groupes. Chaque année, plus de 2 millions de Chinois visitent la France, alors que Paris et sa région restent la destination européenne la plus visitée par les touristes de l'Empire du Milieu – ces derniers étant d’ailleurs les plus dépensiers de tous les visiteurs, devant les Américains. L’année dernière, en janvier, 59 448 arrivées hôtelières avaient été enregistrées pour l'ensemble de la région parisienne. Ce chiffre avait grimpé à 66 063 en février, puis s'était établi à 65 372 en mars, selon le Comité régional du tourisme. Mais depuis le début de l'année 2020, les chaînes hôtelières d'Île-de-France ont vu chuter leur fréquentation sur les deux types de clientèle chinoise : celle voyageant en individuel pour des séjours haut de gamme, mais aussi les groupes, "qui ont un budget transport et hébergement serré, pour pouvoir dépenser dans les boutiques de luxe", comme l’explique le président du GNC.

Des taux d'annulations en forte hausse et des réservations en baisse

Ainsi en janvier et février, sur la clientèle en groupes, "plutôt économique" - qui ne représente qu'un quart des arrivées de touristes chinois, selon le Comité du tourisme d'Île-de-France - "le taux d'annulations atteint 80 % en janvier et près de 100 % en février", d’après Jean-Virgile Crance, par ailleurs directeur des relations institutionnelles chez Louvre Hotels Group, propriété du conglomérat chinois Jin Jiang. Du côté de la clientèle individuelle, "à fort pouvoir d'achat", qui fréquente des hôtels haut de gamme de la capitale, le taux d'annulation a augmenté de 20 %, et les réservations ont chuté de 25 %, selon le professionnel, qui nuance en précisant que "cela ne représente que 1 à 1,5 % du chiffre d'affaires global de nos chaînes".

Mais pour certains établissements, "cela peut représenter jusqu'à un tiers du chiffre d'affaires parce qu'ils ont développé de façon importante une activité avec cette clientèle", toujours d’après le responsable du syndicat hôtelier. "On a un arrêt total des arrivées en France car tous les touristes chinois qui avaient un voyage à forfait, soit la plupart d'entre eux, ne peuvent plus quitter leur pays, explique Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme. Et il y a des chances que la situation perdure jusqu'en juillet, ce qui se traduirait par au moins un million de visiteurs chinois en moins en France" sur les quelque 2,2 millions accueillis en 2018. Cet expert juge que l'impact financier "pourrait s'élever à plus d'un milliard d'euros en moins de recettes directes", alors que les Chinois ont dépensé quelque 4 milliards d'euros en France.

"90 % de ces touristes vont à Paris et en Île-de-France, et 10% sur le reste du territoire"

Jean-Virgile Crance, lui, relativise toutefois les flux de touristes concernés : janvier et février constituent d’après lui "une période de basse saison, sur cette activité et sur cette clientèle", pour laquelle les touristes chinois représentent "4 % des nuitées internationales hors Europe". "Et c'est très localisé : 90 % de ces touristes vont à Paris et en Île-de-France, et 10% sur le reste du territoire, la région Paca, Lyon et Dijon", précise-t-il. En outre, les touristes chinois aujourd'hui en France ne représentent que 2,2 % du total des arrivées. Depuis le début de l'épidémie, le GNC a effectué un travail de pédagogie auprès des équipes des chaînes hôtelières adhérentes, leur indiquant la conduite à tenir en cas de suspicion d'un cas de coronavirus, précisée dans une brochure éditée par le ministère de la Santé. En outre, le GNC préconise à ses membres "d'assouplir les conditions commerciales vis-à-vis de ces clients" en ne leur facturant pas de frais pour l'annulation ou le report de leur voyage, et ce "jusqu'à la fin du mois de février". Un engagement pris par ses deux premiers adhérents, le groupe Accor et Louvre Hotels Group.

Pour ce qui est du coronavirus, six personnes sont à ce stade contaminées en France. Une seule d’entre elles, un Chinois de 80 ans, est toujours en réanimation à Paris.
 
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