Couture, réparation de vélos… Un nouveau "territoire zéro chômeur" à Paris avec "des services de proximité utiles"

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Le quartier Rosa Parks, dans le XIXe arrondissement, a récemment été habilité à accueillir un "territoire zéro chômeur de longue durée". Services créés, financement, objectifs d’emplois… Comment va fonctionner l’expérimentation ?

"Il ne s’agit pas de coincer les gens dans des sous-emplois… Pour maintenir les personnes éloignées du chômage, il faut se sentir bien au travail, sinon ça ne marche pas", souligne Emmanuel Altmayer, vice-président de l’association nationale Territoires Zéro Chômeurs Longue Durée (TZCLD) et membre d’ATD Quart Monde. Depuis début février, le quartier Rosa Parks intègre l'expérimentation "territoire zéro chômeur".

Imaginé par ATD Quart Monde, un mouvement qui lutte contre la précarité, le projet a été créé par le vote d'une loi en février 2016. D’abord lancée dans 10 lieux en France, l’expérimentation a fait l’objet d’une seconde loi adoptée en 2021, votée pour permettre d’intégrer de nouveaux territoires. D’où l’habilitation récente du quartier situé au nord de la capitale : le maire du XIXe arrondissement François Dagnaud (PS), appuyé par l'association Projets-19, préparait une candidature depuis 2018.

Dans le quartier Rosa Parks, qui compte 9 500 habitants, 750 personnes sont au chômage de longue durée selon la mairie. "C’est un quartier avec beaucoup de logements sociaux mais aussi pas mal d’activités et de magasins, explique Emmanuel Altmayer. Parmi les 750 personnes éligibles, on cible 450 personnes qui pourraient être volontaires."

L’idée du "territoire zéro chômeur" repose sur la création de plusieurs entreprises à but d’emploi (EBE) au cours de l’expérimentation : des entreprises qui embauchent des chômeurs de longue durée en CDI, au SMIC et à temps choisi, sur la base du volontariat. Dans le XIXe, l’EBE "Émile et Rosa" devrait "atteindre son rythme de croisière" en mars, confirme la mairie. L’entreprise, qui rassemble pour commencer une quinzaine de salariés, doit notamment développer des services aux entreprises ("petits travaux, logistique, administratif"), des services aux habitants ("couture, réparation vélo, menuiserie") mais aussi une épicerie solidaire.

"Pour cette entreprise, l'objectif est de 75 emplois en trois ans, détaille Emmanuel Altmayer. Et globalement, l’objectif pour le territoire est d'employer 200 habitants du quartier ces prochaines années dans le cadre de l’expérimentation."

"On veut créer des emplois décents, qui s'appuient sur les compétences des personnes"

Le vice-président de l’association TZCLD souligne l’importance donnée à "la qualité de l’emploi" : "On veut créer des emplois décents, qui s'appuient sur les compétences des personnes et qui répondent aux besoins locaux. Il faut s’adapter aux savoir-faire et aux envies des gens. On redonne de la dignité aux personnes et une capacité à consommer, avec des services de proximité utiles qui ne sont pas forcément jugés rentables pour l’économie de marché. Le projet se base sur trois principes fondamentaux : personne n’est inemployable, toute personne qui veut travailler peut apporter une valeur ajoutée à la collectivité ; le travail ne manque pas ; et, enfin, ce n’est pas l’argent qui manque non plus."

Emmanuel Altmayer souligne les coûts et les manques à gagner importants engendrés par la privation d’emploi sur une longue durée, et met en avant une "réaffectation des dépenses passives". "Des coûts estimés à au moins 43 milliards d’euros annuels, soit au moins 18 000 euros par an et par personne durablement privée d’emploi", peut-on lire sur le site d’ATD Quart Monde. Dans les "territoires zéro chômeur", les entreprises à but d’emploi (EBE) sont ainsi subventionnées en partie par l’État et les conseils départementaux. "Ces contributions associées au chiffre d’affaires dégagé par l’entreprise vont permettre d’équilibrer ses finances", explique le vice-président de l’association TZCLD.

Dans le XIIIe arrondissement, l’expérience a porté ses fruits

Emmanuel Altmayer, vice-président de l’association nationale Territoires Zéro Chômeurs Longue Durée (TZCLD) et membre d’ATD Quart Monde

Le quartier Rosa Parks n’est pas le premier concerné par l’expérimentation à Paris. Un premier "territoire zéro chômeur" a déjà été lancé en 2016 dans le XIIIème arrondissement. "L’expérience a porté ses fruits, affirme Emmanuel Altmayer. C’est un plus petit territoire, avec 3 500 habitants sur deux quartiers, et environ 200 chômeurs longue durée recensés. Ils ont créé à peu près 90 emplois stables à ce jour."

"Globalement, pour ce qui est de la première phase, tous les territoires s’y retrouvent et veulent continuer, poursuit-il. 15 EBE ont été créées, plus de 1000 personnes ont été recrutées, avec à la clé des centaines de services très différents. Mais tout n’est pas facile, on travaille pour éviter que des dérives concurrentielles ne se mettent en place. Les difficultés qu’on rencontre sont essentiellement liées au pilotage et au management de ces entreprises. "

Dans le cadre de la nouvelle phase en cours, 160 territoires préparent un dossier d’habilitation, indique Emmanuel Altmayer. Neuf territoires - dont le quartier Rosa Parks fait partie - ont déjà été habilités. Trois territoires situés dans les XVIIe, XVIIIe et XXe arrondissements travaillent par ailleurs sur leurs candidatures, selon la mairie de Paris.

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